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Histoires de territoires normands

Histoires de territoires normands

19 April 2023 | PAR Laetitia Larralde

Cet été, les Normands, les « hommes venus du Nord », redébarquent à Rouen. Un voyage migratoire entre art, histoire et photographie.

Pour cette saison estivale, les musées de la métropole rouennaise nous invitent à nous pencher sur la question des déplacements de populations, volontaires ou non. D’un côté, le musée de la Corderie Vallois, associé au musée Eugène Boudin de Honfleur et à l’Hôtel Dubocage de Bléville du Havre, présenteront à partir du 10 mai un état des lieux des connaissances scientifiques, historiques et culturelles sur l’implication normande dans la traite atlantique et l’esclavage. De l’autre, le musée des Beaux-Arts et le musée Beauvoisine de Rouen s’intéressent aux invasions scandinaves du IXème au XIIème siècle en Normandie, et dans toute l’Europe.

Tandis que les migrations actuelles, liées à la guerre ou au changement climatique, secouent le débat public et engendrent peurs et questionnements, il est important de se tourner vers les situations similaires du passé. Ainsi, nous pouvons observer à Rouen à quel point ces invasions normandes médiévales ont constitué l’identité contemporaine d’un territoire et d’une population par un processus d’assimilation et de mélange des cultures.

Le musée des Beaux-Arts accueille également un contrepoint contemporain aux expositions historiques en présentant le travail de trois jeunes photographes norvégiens. Terje Abudsal, Ole Marius Joergensen et Marie Sjøvold interrogent leur relation au territoire avec trois approches photographiques et sensibles différentes mais complémentaires. Intimité de la cellule familiale, récit fictionnel ou démarche documentaire, les trois photographes dressent par leur pratique artistique un portrait contemporain de la Norvège loin des clichés enneigés.

Terje Abudsal mélange dans sa série Slash & Burn les démarches documentaires et artistiques. Il est parti à la rencontre d’une communauté rurale vivant à la frontière de la Norvège et de la Finlande restée relativement isolée depuis le XVIème siècle, et rend compte de leurs rituels proches du chamanisme. Afin d’introduire cette magie dans ses clichés, il retravaille directement son négatif en le brûlant et en colorisant numériquement le tirage. On peut ainsi admirer une boule de feu traversant une forêt enneigée affichée sur un pan de mur entier, associée à un enregistrement d’incantations chamaniques, qui nous plonge dans une ambiance surnaturelle.

Marie Sjøvold reste sur le territoire intime de sa famille et par ses images autobiographiques aborde les thèmes du souvenir, de la maternité et de l’enfance. Elle joue sur notre perception en modifiant les échelles ou le sens de lecture de ses images à la lumière rappelant les peintres flamands, sans oublier d’y introduire une pointe d’humour. La photographe s’intéresse également à la matérialité de la photographie avec une recherche, qui poursuit celle qu’elle a initiée en céramique, autour du pliage et des froissements de la surface. Sa sculpture photographique donne une impression à la fois de rigidité et de fragilité qui vient souligner l’image de bouquets funéraires porteurs d’émotions.

Enfin, c’est en arpentant le pays que le personnage d’Ole Marius Joergensen, un vieux représentant de commerce, définit les limites de son territoire. Le photographe rend un hommage au passé avec cette série aux accents nostalgiques nettement inspirés des peintres américains tel Edward Hopper. Sa formation cinématographique se fait sentir dans la reconstitution précise des scènes, des lumières et des ambiances, ainsi que dans la narration que les images mises bout à bout reconstituent.

Pour terminer la visite du musée des Beaux-Arts, n’oubliez pas d’admirer le triptyque de Raoul Dufy, resté caché pendant plus de quinze ans derrière Le Martyre de sainte Agnès de Joseph-Désiré Court. Intitulé Le Cours de la Seine, la toile dépeint le trajet de la Seine du Havre à Paris, en passant bien sûr par Rouen. Le tableau, dont la restauration commencera in situ dans quelques mois, est la parfaite représentation de la candidature de Rouen et de son territoire, candidats au titre de Capitale européenne de la culture 2028.

Trois récits de Norvège – Lumières nordiques
Du 14 avril au 13 août 2023
Musée des Beaux-Arts de Rouen

Normands. Migrants, conquérants, innovateurs
Du 14 avril au 13 août 2023
Musée des Beaux-Arts de Rouen / Musée Beauvoisine

Visuels: 1-Terje Abusdal, « Slash & Burn » # 15, 2017 – Courtesy Terje Abusdal / 2- Marie Sjøvold, “Cadillac 1954”, They crept into their fathers sleep, 2016 – Courtesy Marie Sjøvold / 3- Marie Sjøvold, “Bubblegum” #01, Pust, 2006 – Courtesy Marie Sjøvold / 4- Ole Marius Joergensen, “The old House”, Vignettes of a Salesman, 2016 – 2018 – Courtesy Galerie Goutal, Aix-en-Provence / 5-Ole Marius Joergensen, “Yesterday was a good Day”, Vignettes of a Salesman, 2016 – 2018 – Courtesy Galerie Goutal, Aix-en-Provence / 6- Terje Abusdal, « Slash & Burn », # 14, 2017 – Courtesy Terje Abusdal

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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