Théâtre
« Peer Gynt » : une mise en scène moderne et réussie de David Bobée

« Peer Gynt » : une mise en scène moderne et réussie de David Bobée

25 juin 2021 | PAR Mahaut Adam

Le directeur du centre dramatique national de Rouen, David Bobée met en scène, en 2018, une réécriture poétique, moderne et éclatante du chef-d’œuvre norvégien du célèbre Henrik Ibsen. Il redonne vie à un Peer Gynt qui étonne, résonne et fait pleurer. Son Peer Gynt est de retour sur nos scènes, et c’est un vrai plaisir.

Un Peer Gynt en pleine crise existentielle

Henrik Ibsen (1828 – 1906) est un auteur atemporel. Son Peer Gynt est un anti-héros qui ment et qui déçoit les êtres qui lui sont chers. Entre Peter Pan et Pinocchio, ce personnage incarne la fougue insatiable de la jeunesse, l’étonnante nature humaine qui cherche sans cesse à se fuir pour se trouver. Peer Gynt nous parle, il résonne en nous, trop humain peut-être. 

Incarné dans cette mise en scène par le voluptueux et charmeur Radouan Leflahi, c’est un personnage entier, énergique et attirant. Il rampe, il saute, il crie, la scène est toute entière à lui. Il cherche son moi à travers tous les personnages qu’il interprète, le bouc, le prince, le prophète et perd de son identité à chaque histoire qu’il raconte. C’est avec plaisir que l’on découvre un acteur fougueux et téméraire. Radouan Leflahi n’a que 28 ans et pourtant, il donne vie à l’un des personnages les plus ambiguë et intense du théâtre norvégien.

Une adaptation moderne

Le texte d’Ibsen, moderne dans ses réflexions et ses mots, le devient encore plus sous la plume de David Bobée. Une question résonne dans le silence final de la salle : « être soi-même » ou « se suffire à soi-même » ? Être homme ou troll ? Se chercher ou se contenter ?

L’écosophe Dominique Sellier y voit une réécriture des trois formes de désespoir selon Kierkegaard : être désespéré de ne pas être conscient d’avoir un soi, ne pas vouloir être soi-même et vouloir être un soi. Incarné par le personnage de Peer Gynt, ce thème philosophique du moi semble trouver ici une réponse : nous sommes dans ce que les autres espèrent et aiment de nous. Destiné à finir dans une petite cuillère, Peer Gynt n’est qu’un criant miroir de notre incapacité à saisir notre identité et notre peur inconditionnelle de finir noyé dans la masse.

Une mise en scène poétique et efficace

La lumière portée sur la fumée donne du relief à la scène, le musicien, Butch McKoy, donne forme à l’espace. Les acteurs (Clémence Ardoin, Jérôme Bidaux, Pierre Cartonnet, Amira Chebli, Catherine Dewitt, Radouan Leflahi, Grégori Miège, Thierry Mettetal, Marius Moguiba, Lou Valentini) qui passent de costumes en costumes, portent le rythme de la pièce.

Dans la seconde partie, une carte du monde surplombe la scène, témoin de l’universalité du texte. David Bobée signifie la Norvège par le décor ;  les montages douces, la mer, les fjords, sont autant de monuments de la fête foraine qui embellissent la surface du tableau scénique. Les couleurs, les voix, tout participe à cette explosion de sens. Et c’est un régal. Nous n’avons jamais autant apprécié retourner au théâtre.

Du 22 au 25 juin à la Villette. Retrouvez le programme juste-ici.

 

Visuel : ©Arnaud Bertereau / Le Grand T, Nantes

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