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Exposition « Cirque et saltimbanques » : Rouen se pare de rouge

Exposition « Cirque et saltimbanques » : Rouen se pare de rouge

22 décembre 2021 | PAR Clémence Duhazé

La Réunion des Musées Métropolitains (RMM) organise une exposition exceptionnelle sur le thème du cirque, nommée « Cirque et saltimbanques ». Elle rentre dans le cadre unique du Temps des Collections, une initiative lancée en 2012 au musée des Beaux-Arts de Rouen et ayant pour but de révéler des collections publiques ou privées aux visiteurs. Cette saison, c’est la merveilleuse collection privée de Jeanne-Yvonne et Gérard Borg qui est mise en avant parmi d’autres œuvres remarquables.

Quelle ville autre que Rouen aurait pu accueillir cette exposition singulière sur le cirque ? C’est en effet là qu’Antonio Franconi, écuyer italien, construit en 1797 le premier manège stable de France ; aux origines du cirque moderne. Ce dernier est en fait fondé par Philip Astley, qui se produit à Rouen entre 1785 et 1786. La ville n’a cessé d’accueillir saltimbanques et cirques depuis le XVIIIe siècle : une empreinte importante qui explique la fascination des habitants pour ces représentations. A l’époque, l’engouement pour le cirque est évident, exacerbé par l’exotisme inhérent à la découverte des animaux sauvages souvent exposés. L’exposition Cirque et saltimbanques permet aujourd’hui une immersion totale dans cet univers qui a tant captivé à travers les âges. Elle se déroule en plusieurs volets prenant place dans quatre des onze musées de la Réunion des Musées Métropolitains de Rouen : le Musée des Beaux-Arts (Aux Arts et au cirque), la Fabrique des savoirs (Buffalo, un saltimbanque venu de l’Ouest), le Musée industriel de la Corderie Vallois (En habits de lumière) et le Pôle Beauvoisine (Cirque et Japon : Estampes des périodes Edo et Meiji).

Une scénographie immersive

C’est par une entrée de chapiteau que l’on accède à la première salle, d’un rouge profond, omniprésent tout au long de l’exposition localisée au Musée des Beaux-Arts. Les œuvres présentées sont très différentes. Tout d’abord les affiches : parfois immenses, et pour certaines ayant annoncées les spectacles de Barnum & Bailey’s, la plus grande entreprise de cirque de l’histoire américaine du début du XXe siècle. Ce sont les premiers beaux objets que Jeanne-Yvonne et Gérard Borg ont pu s’offrir il y a déjà plusieurs années. Mais ce n’est pas tout : jouets en bois, tableaux, statues de bronze ou gravures… Tous les objets s’agencent parfaitement dans les salles ayant chacune un thème différent : l’œil ne peut jamais s’ennuyer. 

Ce contraste dans les œuvres présentées montre également l’attraction des cirques pour un public d’artistes très différents. Aux XVIIIe et XIXe siècles, le cirque devient un endroit idéal pour étudier le mouvement et la torsion des corps en-dehors des studios. Les artistes se sentent aussi probablement proches de ces communautés circassiennes, parfois rejetées et considérées en marge du monde et de la société. Le témoignage historique va plus loin, certaines œuvres exprimant les questionnements inhérents à la discipline du cirque et des arts de la rue. Les Saltimbanques, tableau de Gustave Doré, et prêt du musée d’art Robert-Quilliot de Clermont-Ferrand, dénonce notamment la dangerosité de ces spectacles pratiqués parfois par des enfants. Influence pour des artistes plus modernes, il est aussi connu que Jean Cocteau ou encore Picasso fréquentaient le cirque Medrano et s’en sont inspirés pour leurs peintures. La salle consacrée à l’art moderne rend compte de cette fascination, aussi par le biais de prêts du Centre Pompidou et du musée Zadkine. 

Nous avons aussi eu la chance de visiter le Musée Beauvoisine, où se tient une exposition unique sur le cirque japonais, découvert à travers une collection d’estampes appartenant également à Jeanne-Yvonne et Gérard Borg. Là aussi, la scénographie est parfaitement pensée. Le jeu des couleurs marque la différence entre l’avènement du cirque traditionnel japonais et l’importation du cirque occidental sur le territoire nippon. Le musée accueillant aussi des collections d’animaux naturalisés, une vitrine présente ceux que l’on retrouve durant les spectacles circassiens japonais et nourrit l’imagination des plus jeunes. 

Une collection d’exception

Le collection des Borg est spectaculaire. « Sa chambre était déjà remplie » évoque Jeanne-Yvonne à propos de son mari quand elle l’a rencontré à dix-sept ans. Une passion qui a démarré très tôt, fruit de rencontres les ayant immergés de plus en plus dans le monde du cirque. Après toutes ces années, des objets fabuleux ont peu à peu rejoint leur collection. Les affiches en sont en effet les premier témoins. L’impression de celles-ci consistait en une lithographie en couleurs, véritable prouesse technique pour l’époque. La technique renvoie instantanément à celle des estampes japonaises ; pour lesquelles il faut une planche de bois gravée par couleur, rendant l’ouvrage colossal ! Pour autant, les estampes étaient considérées comme des « flyers » annonçant les spectacles à venir, ce qui est d’autant plus impressionnant. La collection nippone de Jeanne-Yvonne et Gérard Borg fonctionne comme un véritable témoignage historique des périodes japonaises Edo et Meiji. On y voit l’origine du cirque traditionnel nippon : majoritairement de l’antipodisme. Hayatake Torakichi était un spécialiste emblématique de ces exercices acrobatiques impressionnants. Il a même été invité aux Etats-Unis pour se produire le temps d’une tournée. 

A l’inverse, le cirque européen s’exporte au Japon autour de 1864, lors de la période Meiji. Il introduit notamment les spectacles de chevaux, très novateurs pour le public nippon. La place du cheval est en effet central dans le cirque occidental traditionnel. Une salle entière y est dédiée au Musée des Beaux-Arts, mettant en avant des œuvres sublimes. La voltige et les exercices de dressage ont permis la démocratisation de l’art équestre, autrefois réservé majoritairement aux aristocrates. La collection devient un ensemble d’archives précieuses rendant compte des changements influencés par le cirque au sein des sociétés du XVIIIe et XIXe siècles. La venue des animaux exotiques en est un autre exemple, bien qu’aujourd’hui fortement controversée et à raison. Eléphants ou fauves : la logistique pour transporter l’ensemble de ces animaux d’un endroit à un autre était impressionnante. La salle consacrée aux photographies d’Eward Kelty sur le cirque américain de l’entre-deux-guerres au Musée des Beaux-Arts permet de toucher du doigt la démesure de ces entreprises. Devenus presque des villages complets, ces cirques immenses traversaient le continent à l’aide de trains interminables.

L’extraordinaire collection de Jeanne-Yvonne et Gérard Borg mériterait que l’on s’y attarde encore longtemps… Entre l’abondance et la rareté de l’art présenté, la Réunion des Musées Métropolitains accueille une exposition riche qui peut séduire tout public. Sylvain Amic, directeur de la RMM, a à cœur de proposer un art pluriel chaque saison dans le cadre du Temps des Collections, affirmant que « il n’y a pas de hiérarchie dans l’art« . Le croisement des collections et d’œuvres parfois contrastées est au centre de leur investissement, dans le but de rendre l’art accessible à tous.  

Visuel : Edmond Heuzé (1883 – 1967) – Ecuyère au cirque Medrano (Suzanne Valadon), vers 1920, huile sur bois, Collection J.Y. et G. Borg. Photo © Yohann Deslandes

Cirque et Saltimbanques : Aux arts et au cirque, Musée des Beaux-Arts de Rouen

Cirque et Japon : Estampes des périodes Edo et Meiji, Muséum d’Histoire naturelle, Pôle Beauvoisine

Jusqu’au 17 mai 2022. Entrées gratuites pour les visites libres.

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Clémence Duhazé

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