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Gérard Borg : « Collectionner c’est choisir, choisir c’est aimer, et la finalité, c’est de montrer »

Gérard Borg : « Collectionner c’est choisir, choisir c’est aimer, et la finalité, c’est de montrer »

26 janvier 2022 | PAR Aminata Fofana

Cette saison,  la remarquable collection d’Yvonne et Gérard Borg est mise en avant lors d’une exposition autour du cirque. Retrouvez Cirque et saltimbanques dans 4 musées de Rouen, notamment le musée des Beaux-Arts de Rouen, jusqu’au 17 avril 2022.  

Quand et comment a débuté votre passion pour les objets liés au cirque ?

Cela a commencé lorsque j’étais enfant : je conservais tout ce qui se rattachait à l’univers du cirque quand j’allais voir des spectacles avec ma famille. Je gardais essentiellement des programmes, puis à l’âge de 19 ans j’ai commencé à acheter des affiches de cirque 1900.
Les premières affiches que j’ai achetées, c’était à l’hôtel Drouot qui avait migré à la Gare d’Orsay. Elles provenaient majoritairement du cirque Barnum 1902. L’une de ces affiches est exposée en ce moment à Rouen.

Est-ce qu’à ce moment-là vous saviez que l’on pouvait « collectionner » dans cette discipline ?

Non, je n’étais pas au courant, j’étais simplement attiré par l’art de l’affiche. Les périodes de l’Art nouveau et de l’Art déco m’ont vraiment enthousiasmé, les affiches, c’était mineur. Au fur et à mesure, j’ai continué à suivre en grande partie le cirque Barnum de la tournée en 1902 et un jour, je suis tombé sur une immense affiche représentant Michel Barnum, chez un libraire de la rue Bonaparte à Paris. Il souhaitait s’en débarrasser car elle encombrait son magasin, donc je l’ai récupérée pour une somme minime, il me l’a presque donnée.

Aujourd’hui, à combien s’élèvent les pièces de votre collection ?

C’est très difficile à dire car il y a plusieurs départements, la collection est partie dans plusieurs sens. Il y a d’abord l’art de l’affiche, ensuite la peinture, les costumes et les estampes.

Comment avez-vous acquis toutes vos pièces ?

Les costumes ont été acquis de manière un peu différente des autres. Je soignais avec mon épouse les artistes de cirque qui avaient des problèmes de santé et qui venaient à Rouen pour se faire opérer par exemple. Ils restaient ensuite en convalescence chez nous, de là naissaient de grandes amitiés. Les artistes nous donnaient des costumes, je pense par exemple à un duo de filles qui s’appelait Alexis Sister. Elles ont tourné avec le cirque Pinder puis le cirque Knie, et ont fini leur carrière avec le cirque Lido à Paris. Elles en ont été les vedettes pendant 4 ans.
De là sont nées des amitiés, c’était une vraie aventure humaine. Ma femme et moi avons beaucoup voyagé à la découverte des cirques du monde et des musées. Nous avons été reçus par les écoles de cirque d’URSS du temps du rideau de fer et en Allemagne de l’Est, par exemple. À l’époque, nous avons également ouvert les musées privés issus des départs de familles comme la famille Guidicelli en 1925 qui est liée à la famille Rancy de Rouen. Aujourd’hui, la plupart des costumes que nous exposons sont ceux de nos amis désormais  disparus.

Pour les estampes, mon épouse et moi sommes passionnées pour les époques Edo et Meiji au Japon. C’était une période magnifique et cela se reflète bien au musée Beauvoisine, où en ce moment une partie de notre collection est exposée.

Quelle est votre pièce coup de cœur ?

C’est aussi très difficile à dire, je pense d’abord à une pièce que nous avons acquise il y a 3 ou 4 ans en vue de l’exposition au musée des Beaux-Arts de Rouen. C’est un très beau tableau de Max Jacob.
Pour les affiches, je pense à une Américaine d’un cirque qui s’appelle Serven brother. Elle représente un paquebot qui ramène un cirque d’une tournée en Australie en 1897, on y voit le débarquement des éléphants, des wagons, etc. À l’heure actuelle, elle est en restauration à Chicago. Et puis, il y a une certaine mondialisation de cette collection. Le département « Buffalo Bill » est important pour moi car le personnage m’a subjugué. Il est exposé au musée d’Elbeuf à la Fabrique des savoirs.

Vous avez suivi l’évolution du cirque au fil des années, quels temps forts retenez-vous ?

La belle période, c’était les années 1970, 80 et 90 où le cirque était vraiment un événement. Par exemple, aux États-Unis où l’on connaissait Gunther Gebel-Williams qui présentait au Cirque d’hiver de Paris 25 éléphants faisant leurs exercices uniquement à la voix de leur dresseur, sans fouet. Maintenant cela n’existe plus, et le cirque est en pleine mutation.

Comment le cirque a-t-il évolué, notamment sur la question de la protection des animaux, et pensez-vous qu’il occupe la même place qu’autrefois ?

La réponse à votre question vient des personnes qui viennent voir les expositions, ils sont tous contents et satisfaits. Il y a un enthousiasme que nous n’imaginions pas avec les conservateurs du musée. Le cirque a toujours une place importante, mais  il est vrai que l’époque a changé. On ne peut plus présenter d’animaux et avoir des éléphants ou des fauves qui sont transportés en camion de ville en ville. Après une longue observation, je pense que les animaux n’étaient pas malheureux au cirque. Ceux qui faisaient des numéros n’étaient pas des animaux sauvages, ils vivaient déjà en captivité. Il faut également noter que c’est une évolution normale, la société évolue donc le cirque doit évoluer en même temps, l’une des grandes tendances étant d’aller vers un cirque purement acrobatique comme le Cirque du Soleil.

Mais le chapiteau est toujours aussi plein et les gens font des standing ovations à la fin de chaque performance. Et certains cirques ont des débuts de tournée extraordinaires. Le public a besoin du cirque, c’est un spectacle culturel à part entière et c’est également ce que l’on a voulu dire à travers nos expositions à Rouen. Alors que c’est la première fois que le cirque entre dans les musées de cette façon, Cirque et Saltimbanques joint le cirque à l’art. C’est vraiment un partenariat gagnant car le cirque, comme l’art, permet merveilleusement d’oublier le quotidien. C’est un moment qui vous transporte et vous fait rêver. C’est d’ailleurs le sujet de la première affiche du Cirque Barnum qui s’intitule le « rêve de l’enfant » et qui montre un enfant qui revoit en rêve tout les numéros qu’il a vus sous son chapiteau.

Quel est l’impact d’exposer dans les musées de Rouen et dans un musée emblématique comme le musée des Beaux-Arts de Rouen ?

Tout d’abord, c’est une immense joie, le plus important dans une collection, c’est de la montrer au plus grand nombre. Si quelqu’un collectionne uniquement pour lui, il n’a pas vraiment compris le sens de cet acte.  Pour moi, collectionner c’est choisir, choisir c’est aimer et la finalité, c’est de montrer. Donc, exposer dans ces 4 musées, c’est atteindre ce but et cela nous ravit, mon épouse et moi. C’est un événement rare et de grande qualité et  c’était un vrai challenge également : nous avons travaillé dur avec les conservateurs et les équipes ; chacun a participé à sa façon. Cette aventure humaine a redoublé notre plaisir. Et cela ne s’arrête pas là : les estampes partiront ensuite en Floride pour être vus par un public américain alors que les commissaires de là-bas ont été impressionnés par cet art qu’ils ne connaissaient pas. Nous nous sommes ainsi rendus compte qu’en tant que collectionneurs, nous ouvrons des voies nouvelles. Ce qu’on demande actuellement c’est d’être transporter, de voyager. Quelque part, les collectionneurs sont seulement des passeurs d’étoiles.

visuel : affiche de l’exposition Cirque & Saltimbanques

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Aminata Fofana

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