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« Félix Fénéon. Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse » : un nouveau chapitre s’ouvre au Musée de l’Orangerie !

« Félix Fénéon. Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse » : un nouveau chapitre s’ouvre au Musée de l’Orangerie !

16 octobre 2019 | PAR Chloé Coppalle

Du 16 octobre au 27 janvier 2020 au musée de l’Orangerie, « Félix Fénéon. Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse » propose de découvrir une figure peu connue du grand public : Félix Fénéon. Critique d’art et collectionneur français du début du XXème siècle, il marquera la scène artistique pour une vision féministe, décoloniale,  et va beaucoup aidé la jeune scène artistique française à être reconnue par les musées d’état. 

Un sujet complexe : engagement politique et critique d’art 

Pendant un an, trois musées occidentaux se mettent au défi de faire découvrir Félix Fénéon (1861-1944). La première étape de cette actualité commença au Quai Branly avec « Félix Fénéon. Les arts lointains » ,qui s’intéressait à sa collection d’objets venus d’Afrique subsaharienne, et le contexte dans lequel cet ensemble fut constitué. L’événement de l’Orangerie constitue la deuxième étape du parcours, qui se terminera au MoMa de New York au printemps 2020. Pour ce deuxième chapitre d’une actualité franco-américaine consacrée à Fénéon, les commissaires Isabelle Cahn, conservatrice générale des peintures du Musée d’Orsay, et Philippe Peltier, conservateur général honoraire, ont voulu montrer quels ont été les apports de l’engagement de Fénéon dans la scène artistique et littéraire française.

La première salle parle de l’engagement anarchiste de Félix Fénéon, présentant la vision politique du collectionneur. Pour l’occasion, les commissaires ont réunis de nombreuses archives policières d’époques, documents insolites, accompagnés du célèbre Portrait de Félix Fénéon, peint par Paul Signac en 1890. Les œuvres préparatoires du tableau sont également exposées, ce qui est réellement une chance pour le visiteur, ces ébauches faisant parties de collections privées, leur visibilité pour le grand public en est réduite. Fénéon entrevoie dans l’anarchie une recherche d’un monde en paix, en harmonie, et son intérêt pour le néo-impressionnisme proviendrait d’une impression de paisibilité émanant des toiles du mouvement. Le lien entre le collectionneur et l’anarchisme du début du XXème siècle est bien présenté alors que le sujet est complexe. Cependant, la partie consacrée au peintre Seurat, que Fénéon soutenu, est moins précise. Lors de la conférence de presse, Isabelle Cahn explique que toutes les toiles de Seurat présentes dans la scénographie qui ne sont pas annotées par la pastille « Collection Fénéon » font partis de l’accrochage car le collectionneur les a défendu ou exposé. Cette information n’est pas indiquée, or elle donne du sens aux toiles réunies. Sans renseignement, le visiteur se trouve face à des toiles pouvant être juste accrochées pour présenter le travail du peintre, pour permettre au public de voir dans l’ensemble ce que peignait Seurat, mais sans comprendre le choix précis dont ils résultent.

Le reste du parcours est mieux articulé, notamment dans la partie consacrée à ses écrits. En effet, il était assez étonnant pour le visiteur de découvrir que dans la célèbre affiche du Moulin Rouge – La Goulue, réalisée par Toulouse-Lautrec en 1892,  se trouve … la silhouette de Fénéon ! Cet élément improbable résonne avec d’autres découvertes, comme l’espace consacré au mouvement futuriste. En vue de l’exposition qui se tiendra au MoMa, le musée américain a prêté des œuvres, notamment des grands formats, au musée parisien. Non seulement bien contextualisée, cette section présente des œuvres futuristes voyageant peu en France, dont on peut apprécier ici leur monumentalité et leur dynamisme. Leur localisation dans le parcours offre une belle surprise aux visiteurs ! Rien que pour cet accrochage, un détour au Musée de l’Orangerie cet automne s’impose !

Fénéon et les arts venus des pays d’Afrique subsaharienne 

L’exposition au Quai Branly étant consacrée à cette partie de la collection de Félix Fénéon, le musée de l’Orangerie n’a pas insisté sur le sujet. Il expose tout de même un nouvel ensemble de sculptures, permettant aux visiteurs n’ayant pas pu visiter le premier chapitre de profiter de cette collection. En revanche, cette partie manque de contexte. Peut-être aurait-il été intéressant d’évoquer l’état du marché de l’art de cette époque concernant les objets venus d’Afrique. De plus, le cartel utilise le terme « art primitif ». Qu’a désigné ce mot au début du XXème siècle, que désigne-t-il aujourd’hui, quelles œuvres englobent-ils, et quel fut le rôle de ces collections dans l’approche qu’a eu l’histoire de l’art et qu’on peut encore avoir de ces objets ? En effet, l’événement expose des photographies réalisées par le photographe américain Walter Evans pour le catalogue de l’exposition « African Negro Art », qui s’est tenue en 1935. L’exposition se tenait à New York et soulevait la question de l’accrochage des œuvres subsahariennes en Occident. Isabelle Cahn explique que dans le cadre de cet événement new yorkais, une recherche esthétique a été réalisée par les artistes occidentaux, comme ici par Walter Evans : les objets sont tous présentés selon des codes esthétiques précis : l’appareil photographique est face à l’objet placé au centre de l’image, prend une place monumentale dans le cadre, sur un fond neutre. Il est dommage que le musée de l’Orangerie n’évoque pas ces recherches, qui pourrait éclairer les visiteurs quant au contexte dans lequel Fénéon a acquit ces œuvres.

En somme, les prêts et la qualité des œuvres exposées comme le Portrait de Félix Fénéon par Signac, ou les œuvres futuristes offrent un accrochage particulièrement intéressant. Les documents présentés sont fournis, comme les esquisses préparatoires au tableau de Signac, les archives policières, ou ses critiques, et rendent compte de l’époque culturelle dans laquelle à évoluer Fénéon. En tant que visiteur, on sort de l’exposition en ayant globalement compris les engagements du collectionneur et les questions soulevées par son travail. Un nouveau chapitre à ne pas louper pour mieux connaître cette figure emblématique de la critique du début du XXème siècle !

 

Visuel : ©affiche exposition, « Félix Fénéon. Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse », Paris, Musée de l’Orangerie, du 16 octobre au 27 janvier 2020. Service presse/Musée de l’Orangerie
– Alphonse Bertillon, « Fénéon Félix », dans Album des Anarchistes, 1894, tirage argentique albuminé d’après négatif sur verre10,5 × 7 cm, Gilman Collection, Museum Purchase, 2005©New York, The Metropolitan Museum of Art. Service presse/Musée de l’Orangerie
– Paul Signac, Un dimanche, octobre 1888–13 mars 1890, huile sur toile, 150 × 150 cm, collection particulière © PhotoPatrice Schmidt. Service presse/Musée de l’Orangerie
– Pierre Bonnard, La Revue Blanche, 1891 Lithographie en quatre couleurs, 80 x 60 cm, Bibliothèque nationale de France, Paris© Photo Bibliothèque nationale de France.

Service presse/Musée de l’Orangerie

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2 thoughts on “« Félix Fénéon. Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse » : un nouveau chapitre s’ouvre au Musée de l’Orangerie !”

Commentaire(s)

    • Chloé Coppalle

      Bonjour,

      Tout d’abord, merci pour votre remarque pertinente. En effet, Valentin le Déssossé, danseur au Moulin Rouge à la toute fin du XIXème siècle est représenté au côté de la Goulue. La silhouette de Fénéon, quant à elle, a été située par l’exposition derrière la jeune femme, probablement reconnaissable grâce au petit bouc que portait Fénéon.

      Bien cordialement,
      La rédaction

      octobre 16, 2019 at 16 h 51 min

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