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« Etre moderne », la Fondation Louis Vuitton invite le MoMa à Paris

« Etre moderne », la Fondation Louis Vuitton invite le MoMa à Paris

11 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Après avoir réussi le coup d’éclat de réunir la collection Chtchoukine l’an dernier (blockbuster à 1,2 millions d’entrées, lire notre article), la Fondation Louis Vuitton réunit dans son bâtiment dessiné par Franck Gehry 200 oeuvres du MoMa en plein travaux. Elles proviennent des 6 départements du Musée newyorkais en rénovation, s’étalent sur 3 étages et 9 galeries de manière chronologique, sont juste sublimes et ont le bon goût de démontrer combien le MoMa a su « Etre Moderne » et s’efforce, allié à PS1 d’être encore aujourd’hui à l’avant-garde de la création et de sa médiation vers tous les publics. Un coup de maître pour lequel il vaut mieux TRÈS vite réserver ses places [ICI].

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On monte doucement des années 1920 à nos jours dans cette exposition exceptionnelle et très attendue des collections du MoMa à Paris. Au sous-sol, les deux premières salles demeurent les plus impressionnantes avec la démonstration brillante que la vocation du musée a été dès sa création, en 1929, sous la houlette de trois femmes Abby Aldrich Rockefeller, Lillie P. Bliss et Mary Quinn Sullivan, et d’un génie Alfred H. Barr (directeur de 1929 à 1943), une grande machine à repérer les talents de son époque : aux Etats-Unis d’abord avec Edward Hopper, Walt Disney, Lisette Model, Walker Evans et un film époustouflant de 1913 acquis dès le début par un Musée immédiatement passionné de cinéma : Lime Kiln Club Field Day, de T. Hayes Hunter et Edwin Middleton qui met en scène les rapports entre noirs et blancs.

Aux côtés de ces œuvres, alors que la thèse de Alfred Barr portait sur le cubisme et que le Bauhaus avait sa rétrospective dès 1938, l’avant-garde européenne est à l’honneur avec des pièces à couper le souffle de Signac, Cézanne, Picasso mais aussi Calder, Man Ray, De Chirico, Kirchner, un triptyque dément de Max Beckmann, des affiches soviétiques et de la guerre d’Espagne pour les arts graphiques et Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein. Frida Kahlo entre tôt dans les collections, alors que José Clemente Orozco y a une rétrospective dès les années 1940. C’est à peu près à l’époque que le Musée invente une médiation culturelle pour les enfants, avant de s’engager dans certaines causes politiques avancées. Cette majestueuse sélection moderne du sous-sol se termine par une choix d’oeuvres typiquement américaines (le hollandais De Kooning mis à part) : Pollock (avec la première oeuvre acquise par le musée en 1944 (!) « The She-Wolf ») et Rothko.

A l’étage, derrière une fresque signée ad hoc par Sol LeWitt, c’est le minimalisme et l’architecture qui priment : Kelly, Stella, Nauman et Kusama dialoguent avec un dessin de Mies van der Rohe et un bout de la façade du secrétariat de l’ONU, tandis que de l’autre côté le Pop art se tient à carreaux, entre accumulations de soupes Campbell, Elvis et portrait vidéos (Sontag, Duchamp) par Warhol. Seul Jeff Wall brûle dans son caisson lumineux. Puis entre un peu d’Histoire du musée et des maquettes place aux femmes avec le graphisme de Barbara Kruger, Sherry Levine, une fresque distordue géniale de Louise Lawler et une petite salle dédiée aux jeux de rôles de Cindy Sherman. Au sommet, pleins phares sur la création actuelle avec un newsstand très newyorkais de Lele Saveri, des consoles de Space Invader, du numérique « emoticonesque » de Shigetaka Kurita au Voguing 3D bluffant de Jacolby Satterwhite.

Encore une vidéo mythique de Ian Chang, un Motet spacialisé de Janet Cardif et quelques mesures d’hommes et femmes par Roman Ondak et l’on a fait le tour de ce que veut dire « Etre Moderne ». Avant de reprendre son souffle, l’ascenseur et de faire un tour émerveillé de tant de trésors, l’on tombe sur deux vitrines de design et l’on trouve enfin une critique en se rappelant que l’exposition contient au moins un parent pauvre. Bref, c’est beau, c’est intelligemment présenté, ça fait parcourir près d’un siècle et réfléchir à la notion même de modernité immédiatement épinglée comme un papillon par un Musée : l’exposition « le MoMa à Paris » est simplement incontournable.

visuels : vues de l’exposition (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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