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« Pour le Réconfort » : Vincent Macaigne et la caméra-pansement

« Pour le Réconfort » : Vincent Macaigne et la caméra-pansement

11 octobre 2017 | PAR Simon Gerard

Pour le réconfort, qui sortira en salles le 25 octobre, est un film brut et théâtral — un peu comme son réalisateur. Il ne faut pas se fier au peu d’espoir qui se dégage de l’intrigue tchekhovienne du film : Pour le réconfort revêt une forme bien spécifique d’optimisme qui nait hors de la fiction, et fait la part belle à la création artistique. L’incertitude, l’incompréhension, la colère, la haine… Aussi négatifs soient-ils, ces sentiments servent une œuvre aussi rassurante et chaleureuse dans sa forme que dans ses conditions de création.

Désespoir constructif                   

Toute œuvre de Vincent Macaigne est poreuse et instable. Les genres, esthétiques, formes et réflexions mobilisés par l’artiste dans son processus de création s’épanchent les uns dans les autres, conduisant à la production d’objets difficilement classables — mais dont on sent que le contenu pourrait nous exploser au visage d’un moment à un autre. Vincent Macaigne ne sait pas très bien ce qu’il se passe dans le monde. Il ne sait pas quoi faire ; alors il hurle son impuissance, sous toutes les formes possibles. Là réside le paradoxe de son œuvre : elle est surtout généreuse en désespoir.

Le sujet de Pour le réconfort est simple : Pauline et Emmanuel reviennent sur les terres orléanaises de leurs parents décédés afin d’essayer de payer — en vain — les traites d’un domaine familial désormais très convoité. C’est aussi l’occasion pour eux de retrouver des amis d’enfance que tout — histoires, responsabilités, opinions, aspirations — oppose à présent.

À elle seule, la petite poignée d’hommes et de femmes que l’on voit débattre et se débattre à l’écran concentre toutes les contradictions d’une génération, d’une époque — et plus largement d’une nation. Il y a les riches qui ont tout et ceux qui perdent tout ; il y a les pauvres qui n’ont rien et ceux qui commencent à ne plus l’être. Il y a les citoyens du monde — que l’héritage familial a autorisé à tout plaquer pour aller vivre outre-Atlantique — et les individus d’origine modeste qui n’ont jamais quitté leur terre d’origine. Ils se haïssent tous et n’hésitent pas à se le dire ou à se le montrer. Le public reçoit en pleine figure les fragments de ces joutes verbales, alimentées exclusivement par la peur, la colère et la tristesse.

Improductifs à l’échelle des personnages, les débats qui jalonnent le film revêtent pour autant une certaine utilité aux yeux du spectateur, dans la mesure où elle le confronte à cette impossibilité de trancher qui définit notre réel. Qui de Pascal, Pauline, Emmanuel, Laure, Joséphine ou Laurent a raison ? Qui adopte la meilleure — ou la moins mauvaise — attitude ? Le choix de Vincent Macaigne de ne présenter la plupart des dialogues que sous la forme de champs/contre-champs très rapprochés donne au spectateur le sentiment que chacune des répliques lui sont adressées. Puis quelque chose dans la fiction se casse : un sans-abri livre, en pleurs, son désir d’au moins libérer les générations futures de l’horrible monde dans lequel nous pataugeons. La séquence, bouleversante, ouvre une porte sur le réel — seul lieu du film où semble subsister le réconfort tant espéré du titre.

Le remède dans le mal

La richesse de Pour le réconfort tient beaucoup à la fragilité des frontières qui séparent la fiction du réel, les personnages des acteurs, et l’univers imaginé du lieu filmé. Voyons le contexte tchekhovien du film comme un prétexte du tournage : sous cette lumière, Pour le réconfort gagne une couche de sens salvatrice. Derrière le peu d’espoir qui transparaît dans les opinions contradictoires et les émotions radicales délivrées par les personnages, on trouve une bande de comédiens heureux d’être réunis autour d’un vieux caméscope, d’une idée simple et d’un réalisateur un peu borné. Quand Pascal embrasse le front de Pauline en lui chuchotant que « ça va aller », il parle moins à sa sœur dans l’histoire qu’à son amie dans la réalité du tournage. Alors le film se transforme en un étrange documentaire presque optimiste sur les fonctions curatives de l’art. Macaigne réalise l’exploit de délivrer de l’espoir dans l’objet de son film plutôt que dans son sujet.

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Simon Gerard

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