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Exposition Résonance au Frac Normandie Rouen : un jeu de miroirs fascinant

Exposition Résonance au Frac Normandie Rouen : un jeu de miroirs fascinant

17 avril 2018 | PAR Claudia Lebon

Jusqu’au 26 août, le Fonds régional d’art contemporain Normandie Rouen vous invite à découvrir ses dernières acquisitions. L’exposition Résonance rassemble ces œuvres très diffusées de 2013 à 2017, qui reviennent enrichies de leurs dialogues avec les lieux et les créations qu’elles ont côtoyés.

La directrice du FRAC et commissaire de l’exposition, Véronique Souben, insiste sur la dimension scientifique de cette démarche de diffusion. Les différents espaces d’exposition sont autant de « laboratoires visuels » qui apportent à chaque fois une relecture de la collection. Il était donc temps de faire une mise au point sur toutes ces réflexions, un résumé de ces voyages hors les murs pour un nouvel éclairage sur la collection.

Cette résonance prend forme grâce aux expositions extérieures mais aussi par une mise en regard de la collection avec des œuvres plus anciennes de la Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie, dont le Musée des Beaux arts de Rouen, collaborateur de l’évènement. Les œuvres se font ainsi écho dans un dialogue fascinant qui met en lumière la transversalité de l’art dans toutes ses dimensions.

Dès l’entrée, nous sommes invités à élargir nos horizons. Le logo APDV _ « A perte de vue »_ créé par Régis Pinault en 1996 résonne comme une belle métaphore de la vision de l’art qui se veut ouverte, embrassant le poétique, le social et le politique.

Le corps, l’espace architecturé, la nature, la couleur, l’abstraction et les nouvelles formes de récit : la visite est une traversée dans les axes majeurs de la collection du FRAC.

Le corps est abordé à travers le portrait, dessiné par le masque. Un masque de couleur avec la série de Charles Fréger qui photographie les visages et les corps des hommes Asafo du Togo, traditionnellement recouverts de pigments bleu outremer, ou un masque d’infamie, destiné à blesser et à humilier publiquement les fauteurs de trouble au Moyen-âge.

Une série de mises en abîme questionne l’espace de création et d’exposition des œuvres d’art. Avec Hängung Aushub de Thomas Huber le tableau s’expose dans le tableau. La peinture d’Antoine Vollon, où l’artiste est représenté dans son atelier dans la peau d’un singe, nous rappelle que l’art consiste à créer et non à singer les modèles en les imitant.

La nature, ô combien représentée dans cette région, berceau des peintres impressionnistes, est ici abordée sous un angle plus rationnel, scientifique, qui fait émerger une nouvelle forme de poésie. Avec ses crayons rouge et bleu d’architecte, Mark Dion construit un arbre de vanités, le Blood coral, où poussent médaille, miroir, montre, bijoux et autres curiosités. Michalis Pichler propose un inventaire original d’une multitude de détritus et mots doux trouvés dans la nature et référencés de manière très scientifique dans son livre d’artiste, Boys ! Männer !. La série Flower Pictures de Hans-Peter Feldmann fait renaître l’esthétique des cartes postales des années 1950, avec des photographies de fleurs aux couleurs saturées. Une exposition au Jardin des plantes a d’ailleurs révélé que certaines de ces fleurs n’existaient plus aujourd’hui. Berger&Berger se joue volontairement de la volonté d’hypercontrôle de l’homme face à la nature avec une balade photographique dans de magnifiques paysages associés à des descriptions scientifiques, écrites à l’encre thermochrome qui disparaît au-delà de 21° C.

L’étage nous propose différents prismes de couleurs et de lumière pour aborder l’abstraction. Les tons poudrés de Camila Oliveira Fairclough, sur lesquels se dessinent des phrases de yoga, nous caressent d’un voile de paix et de douceur : « Feel as though you have an inner smile ». Inspirée par l’œuvre d’Yves Klein, Anthropométries de l’époque bleue, Isabelle Le Minh nous offre la possibilité d’une lecture picturale des traces laissées par nos doigts sur nos Smartphone et tablettes tactiles. Digitométries, after Yves Klein, sublime ces images digitales abstraites qui apparaissent sur un fond bleuté. Dans l’œuvre de Cécile Bart, Opaque, la lumière tente de s’affirmer en perçant la couche d’ombre opaque qui envahit le tableau. Un jeu de transparence la laisse apparaître avec splendeur.

Les artistes investissent également la richesse d’expression de la page blanche. Dans sa vidéo Dead Sea Drawings, Edith Dekyndt laisse la mer morte dessiner une écriture minérale et végétale sur une feuille de carnet immergée, comme pour tenter de saisir les mystères de ce territoire agité.

Résonance est un jeu de miroirs artistiques passionnant où les œuvres voient leur sens révélé par la présence de créations d’une autre époque ou d’un autre genre, différentes ou étonnamment proches. Vous avez jusqu’au 26 août pour vous rendre au Frac de Rouen et profitez-en pour découvrir la partie 1 de l’exposition au Musée des Beaux-arts de la ville,  jusqu’au 13 mai.

Plus d’informations ici

Visuels © SAIF RMM © Rouen Normandie

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