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Eric Pillot s’expose à l’Académie des Beaux-Arts

Eric Pillot s’expose à l’Académie des Beaux-Arts

27 octobre 2015 | PAR Alice Aigrain

L’Académie des Beaux-Arts présente jusqu’au 22 novembre l’exposition du Lauréat du prix de Photographie 2014 : In situ – Etats-Unis d’Eric Pillot ainsi que les finalistes du prix 2015. Par ses photographies d’animaux dans les zoos de la côte Est des Etats-Unis, le photographe convainc par des choix esthétiques audacieux qui servent le propos qui sous-tend l’exposition, sans jamais devenir qu’une simple illustration de ce dernier.

Des animaux sauvages isolés dans un paysage aussi fictif qu’irréaliste. Une nature exposée à celui qui préfèrera y voir la liberté imaginaire d’une espèce, auquel il fait porter les qualificatifs d’exotique et de primitif. Comment observer, comment exposer l’être vivant dans les zoos aujourd’hui, comment gommer l’enfermement pour laisser l’illusion prendre place et continuer d’émerveiller le visiteur, tout en revendiquant un rôle savant, de conservatoire de la vie terrestre ? Le zoo, son architecture et ses décors laissent entrevoir la culture savante et populaire d’un pays. Si après les zoos d’Europe Eric Pillot s’intéresse à ceux d’Outre-Atlantique, c’est aussi dans le but de vérifier l’affirmation précédente. Le décor peint, tapissent systématiquement le fond de ses photographies. Si l’animal n’y voit qu’un mur de sa cage, l’humain lui fera de ces fresques illusionnistes, le morceau d’habitat naturel vital à l’espèce observée.

De grands ou de moyens formats, les photographies d’Eric Pillot cherchent à provoquer la rencontre entre l’animal et le spectateur de l’exposition. A l’expérience de la visite au zoo, son affluence, ses artifices et ses animations se supplée celle directe et silencieuse que propose la photographie. En choisissant un cadrage resserré sur le décor et l’animal, les limites de la cage semblent disparaître ou du moins être infini. Comme l’enfant qui fait fit de la cage pour ne voir, dans l’animal d’un autre continent, que le sauvage et l’exotisme, Eric Pillot fait ici, par le cadre, revivre à l’observateur devenu adulte, l’omission fondatrice de ses expériences au zoo. Le lieu se fait plus discret, l’architecture se dissipe pour ne laisser que cette rencontre entre l’espèce sauvage, reine dans son habitat naturel, et le spectateur.

A y regarder de plus près pourtant l’illusion s’effrite sous nos yeux. Des portes dissimulées dans le décor peint se laissent entrevoir, et illustre le mensonge qui tout à coup éclate. La liberté est ici feinte, la nature qu’une représentation. Des fissures aux murs, puis un angle de la cage, finalement tout n’est qu’artifice. A la première vision douce, d’une rencontre, se révèle peu à peu le lieu où se trouve l’observé. Celui à qui le spectateur s’était identifié n’est finalement pas un être isolé dans une nature sans limite, mais un être enfermé dans une cage aux limites visibles bien que dissimulées sous la peinture. La photographie porte tout ça et fait, au final, douter de tout. Par un tirage sur un papier au grain omniprésent, avec un bruit recherché et très peu de contraste, l’animal semble se fondre dans le décor peint. Ce qui a aidé à créer un tout cohérent et illusionniste jette l’opprobre sur l’objectivité de la photographie. Et si finalement tout n’était que peinture ? Le décor peint d’un kitch absolu nous a semblé être photographie de l’objet représenté, grâce aux mêmes œillères que celles que l’on mettait petit pour faire de notre visite au zoo, un safari à deux pas de la maison. Désormais l’animal photographié nous semble peint. A y regarder de plus près ne voyez-vous pas le flou de ses contours ? Ce trouble, cette confusion, entre le décor peint photographié et l’animal sous-tend la recherche du photographe qui le met en abîme en choisissant des cadrages où le décor montre des animaux peints. Finalement le titre de l’exposition se pose comme le commentaire ironique du jeu de dupe auquel nous a convié le photographe : alors ces animaux sont-ils In-Situ ?

Les photographies d’Eric Pillot posent toutes ces questions et sondent le zoo avec un regard d’écologiste, d’anthropologue comme d’enfant, dénonçant à la fois l’enfermement comme principe originel du zoo, étudiant ce lieu comme signe d’une culture visuelle, savante et populaire et réactivant le mensonge qui permet aux jeunes de s’émerveiller au zoo.

Visuels:

© Eric Pillot

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Alice Aigrain
Contact : [email protected] www.poumonsvoyageurs.com

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