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Créatures : dragons, mutants et extraterrestres se retrouvent à Calais

Créatures : dragons, mutants et extraterrestres se retrouvent à Calais

19 avril 2022 | PAR Laetitia Larralde

A Calais, le musée des Beaux-Arts accueille une ménagerie peu commune avec les créatures fantastiques de la bande dessinée. Une exposition inédite à la croisée des arts.

Après une exposition sur le street art, le musée des Beaux-Arts de Calais continue son travail d’élargissement de la notion de Beaux-Arts en se penchant sur la bande dessinée. L’arrivée du dragon en 2019 sur le front de mer de Calais, créé par l’équipe de La Machine de Nantes, a tout naturellement donné le thème de l’exposition : les créatures fantastiques. En collaboration avec On a marché sur la bulle, la structure derrière le festival des Rendez-vous de la BD d’Amiens qui travaille à l’année sur la question de la bande dessinée dans les Hauts de France, le musée des Beaux-Arts a imaginé une exposition où les arts se rencontrent.

Si l’on peut croiser des créatures fantastiques dans n’importe quel genre d’histoire, elles se rencontrent le plus souvent dans trois univers : la Fantasy, la Science-Fiction et le Steampunk. L’exposition se concentre donc sur ces trois catégories de bande dessinée et cherche à déterminer le rôle et la symbolique des créatures dans chacune d’elles. Dans la Fantasy, l’imaginaire médiéval est la référence centrale et le dragon l’animal-roi. Les créatures sont réparties en deux catégories antagonistes, figurant le combat entre le bien et le mal souvent au centre des épopées. Dans la SF qui développe des univers alternatifs au nôtre, la nature et la science servent de base pour imaginer des mutants ou des extra-terrestres. Enfin, dans le Steampunk, univers alternatif à l’esthétique victorienne où l’industrie basée sur la vapeur aurait prospéré, les créatures sont des machines animales créées par l’homme.

Dans ces trois univers aux codes bien déterminés, les créatures aident à soulever des problématiques de natures différentes. Le combat entre le bien et le mal de la Fantasy, issu des contes populaires et du christianisme, traite de problèmes de morale et d’éthique, quand les créatures mutantes de la SF servent plutôt à exprimer les peurs et les questionnements de nos sociétés contemporaines. L’exposition commence d’ailleurs par poser le contexte historique de l’apparition de ces créatures dans la culture populaire occidentale, avec quatre sources principales : le Moyen-Age et le christianisme, la mythologie nordique, l’Antiquité gréco-romaine et les légendes d’Extrême-Orient. C’est ainsi que l’on retrouve dans l’exposition des pièces historiques issues des musées et lieux de culture de la région telles que des livres anciens, un chapiteau en pierre gravé, des vases chinois ou encore des coupons de dentelle à motifs de dragons le long du parcours, faisant le lien entre hier et aujourd’hui.

Mais le mélange des genres ne s’arrête pas là, l’art contemporain est aussi de la partie. Il se manifeste par les interventions de l’artiste Claire Fanjul qui a créé des cartographies de mondes fantastiques qui viennent rythmer la visite, et on peut croiser une inquiétante créature d’Annette Messager. De plus, un fil conducteur rappelant le jeu de rôle ou l’escape game vient donner une autre lecture de l’exposition. En effet, la toute première salle est une reconstitution d’un cabinet d’une famille de crypto-zoologues, que l’on peut manipuler et fouiller, et les lettres du père sur la piste de l’un de ces animaux nous poussent à nous joindre à sa quête.

On a marché sur la bulle travaille activement à la valorisation des droits des auteurs de bande dessinée et dans ce cadre a passé des commandes à deux auteurs pour l’exposition : Sébastien Vastra et Jérôme Lereculey. Le premier a réalisé l’affiche et des grandes fresques qui ponctuent le parcours et qui ont été mises en relief, et le second a créé une histoire de quatre pages qui permet de montrer le processus de création d’une bande dessinée, du scénario à la mise en couleur. Ces interventions, qui participent tant au fond qu’à la forme de l’exposition, font à la fois sortir l’image de BD de sa case et montre la quantité de travail nécessaire à la création d’un album.

Par sa volonté de s’ouvrir à tous les modes d’expression artistique et à d’autres types de public, le musée des Beaux-Arts de Calais soulève plusieurs questions. Par exemple, qu’est ce qui définit ce qui entre ou non dans un musée d’art ? Comment remettre en cause la hiérarchie classique des arts et faire de la place à d’autres formes d’expression ? Comment intégrer la bande dessinée dans les collections d’un musée ? Si les artistes puisent leur inspiration à des sources très variées, il n’est que logique de retrouver cette diversité dans un musée, et de croiser les disciplines. Car après tout, l’art, et la bande dessinée en fait partie, est un reflet de la société dans laquelle il est créé, et ses goûts, ses questionnements, son imaginaire ou ses peurs peuvent se matérialiser sur n’importe quel support.

Après cette exposition ludique et inédite, prolongez votre visite en allant voir le dragon de Calais en bord de mer, et pourquoi pas, faire un tour sur son dos !

Créatures – Bestiaires fantastiques de la bande dessinée
Du 09 avril au 06 novembre 2022
Musée des Beaux-Arts de Calais

Visuels : 1- affiche de l’exposition / 2- Sorceline, Tome 2 © Glénat, 2019 – Douyé, Antista et Lowenael / 3- Alpi the Soul Sender, de Rona, éd. Ki-oon © 2018 by RONA/COAMIX Approved No. ZCW-147F / 4- Claire Fanjul, Sphère Utopia, Marqueur Posca sur sphère en bois massif de tilleul – Crédit photo Damien Thirion © Adagp Paris 2021 / 5- Dreams Factory, La Neige et l’Acier (Tome 1), de Jérôme Hamon, Suheb Zako et Lena Sayaphoum © Éditions Soleil, 2018 – Hamon, Suheb Zako et Sayaphoum

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Agenda de la semaine du 19 avril
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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