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Barthélémy Antoine Loeff : « J’ai un rapport assez fusionnel avec le grand Nord »

Barthélémy Antoine Loeff : « J’ai un rapport assez fusionnel avec le grand Nord »

05 février 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le cadre de l’exposition Champs Libres qui se tient en ce moment et jusqu’au 18 juillet au Maif Social Club, 37 rue de Turenne, nous avons fondu pour le glacier en pleine expansion de Barthélémy Antoine Loeff. Rencontre.

Pouvez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Barthélémy Antoine Loeff, je suis plasticien, je travaille sur des enjeux technologiques et écologiques depuis un petit bout de temps. Mes œuvres ont en commun de maintenir en vie artificiellement des processus qui sont en train de mourir ou de disparaître.

En face de vous se trouve Lisp of tree de Olga Kisseleva, qui est une re-création de la forêt amazonienne; est-ce que vous  aussi,   par votre oeuvre, vous essayez à la fois d’alerter et de faire en sorte que les choses s’arrêtent de s’arrêter ?

Bien entendu, on ne va pas réparer le climat comme cela. Ici, le glacier est une vanité. L’esthétique rappelle les vanités et le dispositif appelle à l’éternel. Le glacier représente quelque chose maintenu en vie artificiellement, qu’on veut préserver. Il y a cette idée de faire croitre un embryon de glacier à l’intérieur d’un environnement contrôlé : c’est un microclimat créé à l’intérieur d’une cloche en verre, qui réagit à un autre microclimat, la présence d’êtres humains à l’extérieur. Ce glacier grandit avec une goutte d’eau qui tombe toutes les 30 minutes, pour venir l’alimenter, comme sous perfusion.

L’idée de l’installation, c’est aussi de parler du temps qu’il a fallu pour que le système de la cryosphère actuel existe. Il s’est conçu sur des millions d’années, cela a créé l’équilibre qu’on connaît aujourd’hui, qui correspond à un climat tempéré, vivable. La cryosphère est un thermostat fabuleux, elle est en partie nos poumons. Il a fallu des millions d’années pour que cette cryosphère soit créée, tandis qu’il aura suffit d’un siècle environ pour que le premier glacier s’éteigne officiellement à cause des dérèglements climatiques. « Officiellement » car il y a une plaque commémorative qui a été posée au pied du glacier Okjökull, en Islande : il a disparu en 2014. Cela représente un point de bascule (Tipping Point) dans les consciences.

Et donc, votre oeuvre est un hommage à ce glacier disparu ?

Il y a un peu de cette idée-là, oui. Il y a un peu cette envie de rendre hommage à un glacier disparu.

À la fois un hommage et une résurrection ?

Et une résurrection, peut être. Même si je ne peux pas prédire ce qui va se passer. Nous savons juste qu’actuellement nos glaciers vont tous disparaître d’ici 200 ans et que d’ici un siècle ils auront perdu 80% de leur masse…

Vous avez commencé en disant que votre champ de recherche était l’écologie, mais est-ce que vous avez toujours travaillé la glace? 

Cela fait longtemps que je travaille sur la cryosphère. J’ai un rapport assez fusionnel avec le grand Nord, avec l’Islande, avec ce qui est insulaire, ce qui est aride d’humains, à la fois immense et fragile. Explorer aujourd’hui les questions liées à la cryosphère, c’est parler d’un certain nombre de problèmes géopolitiques. L’or blanc que représentent les glaciers est aussi l’or bleu de demain, l’eau… Si nos glaciers disparaissent, ce sont des milliards de personnes qui vont se retrouver en position de stress hydrique. La responsabilité de conserver ce qui nous reste de notre cryosphère est énorme.

Vous présentez donc un glacier qui est sous cloche, comment ça marche ?

C’est la magie ! 

Cela j’en suis convaincue ! Mais, plaisanterie mise à part, pourquoi un seul ?

Justement parce que c’est une vanité. Un seul renvoie aussi à la rareté… Alors, comment ça fonctionne ? Il y a un mini système froid qui permet de générer du -17°C au niveau de la base du glacier, et avant que vous me posiez la question : oui cela consomme de l’électricité, j’en suis conscient. J’ai souhaité limiter la consommation électrique au maximum; cela crée un l’équilibre au sein du dispositif qui est précaire, fragile, comme le climat actuel !

Cela ne chauffe pas ?

Si, ça chauffe de l’autre côté, forcément. Mais cela représente à peu près 80 watts en terme de consommation électrique, ce qui est un peu plus qu’un ordinateur portable allumé (pour donner une idée de l’échelle). Tout le monde a à peu près la même question : est-ce que ce n’est pas absurde de parler d’un problème écologique en consommant de l’électricité ?

Je me suis arrêtée devant, sans penser à cela. J’étais juste saisie par la beauté.

Dans six mois l’embryon de glacier aura complètement changé de forme. La glace va un peu fondre, se modeler. le glacier va certainement bouger et s’arrondir je pense. C’est la première fois que je présente cette pièce; je ne sais pas ce qui va se passer dans six mois ! Elle a commencé à se créer il y a un mois et demi dans mon atelier.

Donc là elle a un mois et demi ?

Plus ou moins. La glace se greffe sur une base. Une vingtaine de gouttes ont dû tomber depuis le montage de l’exposition. Le glacier va s’étendre un peu en hauteur mais pas de façon démentielle. Quoi que, ça reste organique et je suis ne suis pas à l’abri d’une surprise. Comme je le disais tout à l’heure, l’intérieur de la cloche est un environnement très précaire. Le froid se propage à l’intérieur de la glace naturellement mais il y a un moment où le dispositif va atteindre un pic, c’est-à-dire qu’il ne va pas pouvoir monter au-delà d’une certaine hauteur. Lorsqu’on s’éloigne de la base du glacier, la température devient positive, un peu comme dans la nature.

 A suivre donc !

 À suivre, exactement !

Visuel : © Edouard Richard / MAIF

L’exposition Champs Libres est à voir au Maif Social Club jusqu’au 18 juillet.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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