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Falaise à la MC93, une plongée surréaliste

Falaise à la MC93, une plongée surréaliste

05 février 2020 | PAR Zoé David Rigot

Après Bestias et , la compagnie Baro d’evel continue avec Falaise sa recherche théâtrale, où se mêlent cirque, danse, chant et poésie dans une création tout à fait surréaliste.

En entrant dans la grande salle Oleg Efremov de la MC93 à Bobigny, nous sommes tout d’abord saisit par de la musique électronique qui fait vibrer l’espace par à-coups. Après une vague d’un son enveloppant, le silence – on entend seulement le public qui s’installe. Un grand rideau de velours bleu cache la scène… à ses pieds, un homme fait des allers et venues d’un pas d’apesanteur entre cour et jardin, il ralentit quand il atteint le centre de la scène, puis accélère. Concentré, il observe le public.

Lorsque le rideau se lève, un décor étonnant se découvre. C’est grandiose et froid, étrange, quelque peu sinistre… des falaises ? Un château ? Puis le spectacle commence. À aucun moment le spectateur ne pourra s’attendre à ce qui viendra ensuite – un enchaînement de scénettes toutes plus incongrues et surprenantes les unes que les autres nous emballent. Certaines sont terribles et tiraillées de tension, elles peuvent faire venir un frisson émut au spectateur qui, quelques instants plus tard, ne pourra pas retenir un éclat de rire. Le jeu des comédiens et comédiennes – qui sont tous et toutes aussi musicien·nes et acrobates – nous amène dans l’absurdité des situations humaines. Le spectacle se construit, puis se déconstruit, pour se reconstruire, sans cesse. Lorsqu’une situation advient, chacun·e des acteurs et actrices réagira à sa façon, le spectateur est alors prit dans le jeu de la surprise et de la rencontre…

Nous sommes emmenés dans des univers différents, mais cauchemardesques – comme si nous atterrissions en pleine élaboration d’un poème surréaliste : élaboration hasardeuse, pleine de hantise, dans l’attente d’une rencontre qui advient alors que le poème se dit. « What are the dreams ? What are the dreams for ? » déclame et chante une comédienne qui semble chercher une fissure de lumière sur la paroi sombre de la falaise. Les comédiens et comédiennes se cherchent, se sondent et se risquent, comme pour tenter d’atteindre une pulsation commune… Un cheval blanc fait son apparition, un ange qui passe dans le silence. Tout s’arrête, quelques pigeons battent des ailes et volent autour des hommes, comme pour les confronter à leur condition que le cheval majestueux a dessiné pour eux.

Un univers à la Roger Ballen qui s’anime, mais qui peut aussi rappeler celui de Jan Svankmajer… comme s’il baignait aussi dans les recoins les plus sombres de L’écume des jours de Boris Vian, mêlés aux murs de la chambre de La métamorphose. Les langues aussi font des acrobaties – on parle anglais, espagnol, imaginaire, on grogne – et deux des personnes en scène chantent d’une voix d’opéra qui élève la performance dans l’éther pour quelques instants explosifs.

Le travail du corps de chacun, les sauts et les chorégraphies modulent aussi l’espace dont la matière et les vides seront exploités. On vole, on danse, on joue. Quand c’est fini, on est plein de questions. Ce spectacle se savoure simplement sans obligatoirement chercher un sens, c’est une poésie brute et pure – comme on peut contrôler ses rêves, ce qui est imprédictible et un peu inquiétant – ou comme lorsqu’on compose un cadavre exquis.

La compagnie Baro d’evel est présente au MC93 jusqu’au 6 février ! Pour les plus curieux·euses et les expérimentateurs·euses, c’est à ne pas manquer.

Plus d’infos et réservations ici.

 

 

Visuels : Falaise © Franc?ois Passerini

Infos pratiques

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