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Au musée des Beaux Arts de Bordeaux, Dorignac prend sa revanche

Au musée des Beaux Arts de Bordeaux, Dorignac prend sa revanche

20 mai 2017 | PAR Camille Bardin

Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux présente jusqu’au 17 septembre 2017 le travail éclectique de l’artiste français Georges Dorignac (1879-1925). Grâce à la sélection d’une centaine d’oeuvres, le musée entend faire découvrir toutes les facettes d’un artiste que l’Histoire de l’Art a trop longtemps laissé dans l’oubli.

Georges Dorignac est un cas d’école. Surdoué, il intègre dés l’âge de 13 ans l’école des Beaux-Arts de Bordeaux. Célèbre de son vivant il participe activement à la vie artistique parisienne du début du XXe siècle, enthousiasmant artistes, critiques et collectionneurs. Compagnon de Modigliani et Soutine à la Ruche (une cité d’artistes du quartier de Montparnasse à Paris où vit et travaille Dorignac à partir de 1910, ndlr), il participe de nombreuses fois au Salon des indépendants, au Salon d’Automne du Grand Palais ainsi qu’au Salon du Luxembourg. Mais après sa disparition en 1925, ses oeuvres ayant peu été achetées par des musées publics il tombe dans l’oubli, vivant qu’au travers des collections privées. Trop peu d’expositions ont donc été consacrées à cet inconnu célèbre. Si la galerie Marcel Bernheim a proposé trois ans après la mort de l’artiste une retrospective de son travail, la dernière exposition monographique de l’artiste remonte à celle de La Piscine-musée d’Art et d’Industrie André Diligent de Roubaix — co-produite avec le Musée des Beaux-Arts de Bordeaux — en mars dernier. C’est donc pour rendre justice à Georges Dorignac que le musée des Beaux-Arts de Bordeaux a décidé de consacrer, le temps d’un été, son espace à l’artiste. Trois étages pour découvrir « le trait sculpté » de l’artiste et comprendre son évolution.

Dimension sculpturale

Les premières toiles de Georges Dorignac, de 1902 à 1910 sont encore très inspirées des impressionnistes du siècle passé. Les couleurs sont variées, l’artistes propose tantôt des peintures pointillistes, tantôt des portraits des membres de sa famille. C’est à partir de 1911, alors âgé de 30 ans qu’il révèle réellement toute son identité. Dorignac délaisse la peinture à l’huile pour la sanguine et le fusain. Le papier devient alors pour lui ce que la glaise est au sculpteur. Il ira d’ailleurs parfois même jusqu’à déchirer les feuilles sur lesquelles il dessine. Mais si les dessins de Dorignac tendent autant vers la sculpture c’est sans doute qu’il a travaillé toutes les nuances du noir pour sortir de la bi-dimension. Pendant cette période « au noir », il travaille tantôt au fusain, parfois à la gomme arabique, d’autres à l’encre de Chine. Dorignac — tel un sculpteur — mélange les matières pour créer ses portraits. Certains nus caressent presque le monochrome, si bien que comme dans l’obscurité, l’oeil du visiteur est soumis à un temps d’adaptation pour découvrir les corps apparaitre.

Dessiner la condition humaine

Avec cette sombre palette, Dorignac dessine particulièrement des nu(e)s et des travailleurs. Ces derniers il les représentera trois ans. Ces dessins sont, si ce n’est des représentations du corps au travail, des allégories de la condition humaine. Les muscles sont taillés, les visages isolés et le contexte inconnu. Mais contrairement à des artistes comme Jean-Francois Millet, dont il a été familiarisé au travail en sillonnant les allées du Louvre, Dorignac refuse toute emprunte social. L’objectif n’étant pas de souligner la classe de ses personnages mais simplement leur action, leur état. Si certaines postures sont presque animales elles restent pour autant teintées d’un réalisme digne des toiles de Courbet.

« un sentiment décoratif »

Au premier étage, c’est un Dorignac décorateur qu’il est donné de découvrir. Au début de la seconde guerre mondiale, l’artiste élabore en effet divers projets décoratifs. Les médiums utilisés se multiplient : céramique, tapisserie, vitrail. Et on comprend alors toute l’étendue des connaissances de l’artiste qui se réfère aux arts primitifs, à la sculpture romane ou encore à la tradition khmer. Malheureusement, aucun de ces projets n’a concrètement vu le jour. Si Dorignac se rêvait décorant un mur du Muséum d’Histoire Naturelle du Jardin des Plantes de Paris, jamais il ne recevra de commande de l’état.

Il est temps de donner à Georges Dorignac toute l’attention qu’il mérite. Le Musée des Beaux-Arts de Bordeaux l’a compris et c’est avec cette exposition riche et pédagogique qu’il met intelligemment en lumière le travail de l’artiste bordelais.

Visuels : © Bordeaux, musée des Beaux-Arts

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