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1914-1918 : Les Rencontres d’Arles se remémorent la Grande Guerre en trois expositions

1914-1918 : Les Rencontres d’Arles se remémorent la Grande Guerre en trois expositions

18 juillet 2014 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 20 septembre, les Rencontres d’Arles se rappellent la Première Guerre, à travers trois expositions concentrées dans la nef de la sublime Eglise des frères prêcheurs. Parmi les photographes, un metteur en scène d’époque, Léon Gimpel, un tout grand, Raymond Depardon et un peu tous, avec un diaporama mixte et exhaustif de monuments aux morts. Sobre, passionnant et poignant : un partenariat avec la mission du centenaire, qui est un incontournable du Festival de photo.

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On entre dans le cocon rafraîchissant de l’Eglise des frères prêcheurs pour tomber sur quelques grands formats sur fond bleu glacé de Raymond Depardon. Le réalisateur de Journal de France a saisi certaines places de villages dans la solennité solitaire de leurs monuments aux morts. Le résultat est solennel, et l’on a envie de faire une minute de silence.

Et l’émotion grandit encore quand on passe à l’ombre, où sont projetées des photos des près de 5 000 monuments aux morts, alors que quasiment toutes les 36 000 communes de France avaient commandé le leur pour pleurer les 1 350 000 soldats français morts à la guerre. Le projet a été dirigé par Raymond Depardon, qui a envoyé un appel aux villes et villages du pays et demandé une photo du monuments aux morts de la Première Guerre, par un professionnel ou un amateur. Il a aussi donné certaines directives pour harmoniser le résultat. Projetés dans un silence habité, ces images de 36 000 monuments montrent à la fois le caractère massif et commun d’un deuil presque encore palpable, mais aussi la diversité des réactions à ce deuil : de la simple stèle témoignant d’un deuil funéraire au coq nationaliste, en passant par le poilu patriotique ou des variations sur le thème catholique de la Pieta, tous les types de monuments aux morts, dont parle l’historien Antoine Prost dans son article célèbre des Lieux de mémoire, s’incarnent. Une certaine réalité de la France émane de cette terrible collection.

Enfin, après avoir embrassé dans sa matière et ses symboles la Grande Guerre des Français, la troisième exposition de la chapelle propose de réfléchir à la grande Histoire par la petite. Et quelle Histoire! En 1915, le reporter Léon Gimpel a eu l’idée de mettre à contribution les gamins de la rue Greneta. Avec l’aide des mamans pour leur faire des costumes, il les fait poser sur le trottoir comme des soldats sur le front. Même s’il n’y pas de morts dans cette reconstitution, le résultat est d’autant plus choquant pour le public du 21ème siècle qu’on imagine bien le degré de patriotisme qu’il reflète et la fausse bonhomie originelle de ce jeu de petits soldats grandeur nature. Des photos à la fois rares (car le verre est difficile à transporter, et les pigments fragiles) et hypnotisantes.

En trois expositions à la fois exhaustives et morcelées d’époque et très présentes, de guerre et de deuil, la fresque sur « 1914-1918 » aux rencontres d’Arles couvre bien des aspects de la commémoration de la Première Guerre.

photos : Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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