Arts

Eisenstein mis à l’honneur au Centre Pompidou de Metz

Eisenstein mis à l’honneur au Centre Pompidou de Metz

27 septembre 2019 | PAR Pierre-Lou Quillard

Du 28 septembre au 24 février 2020, le Centre Pompidou Metz rend hommage à Sergueï Eisenstein (1898-1948) sous la Grande Nef, réalisateur de génie qui fit les plus grandes heures du cinéma soviétique des années 20. Un homme en extase devant la force des images, du montage et leur portée révolutionnaire… Reportage.

1.©Pierre-Lou Quillard  /2. ©Sergueï Eisenstein, La Grève, 1925 / Adagp Paris / 3. ©Man Ray, S.M. Eisenstein, vers 1933 / Adagp Paris© / 4. Alexander Rodchenko, Affiche pour le Cuirassé Potemkine, 1926 / Adagp Paris /5,6,7,8 : ©Pierre-Lou Quillard

 

C’est une King Kong monumentale qui nous accueille sous la charpente alvéolée du Centre Pompidou-Metz. Le monstre aux yeux luisants doit faire près de 15 mètres de haut. A l’occasion de l’exposition Opéra Monde en Galerie 3 est présenté ce décor de L’Affaire Makropoulos  (2007) qui est aussi le plus imposant jamais réalisé par les ateliers de l’Opéra de Paris.

Mais c’est un autre monstre sacré du 7ème art que nous sommes venus admirer. L’exposition Sergueï Eisenstein, L’Œil Extatique revient sur le parcours du cinéaste à la croisée des arts : décorateur et metteur en scène de théâtre, dessinateur, réalisateur, innovateur, collectionneur, théoricien et historien de cinéma… Visionnaire, cet artiste total a inventé un nouveau langage visuel basé sur une esthétique du montage.

Le Centre Pompidou Metz avait à cœur depuis sa création, il y a 9 ans déjà, de consacrer une exposition sur cet artiste légendaire à la croisée des arts. Une exposition qui a vocation à « montrer comment il s’inscrit dans une histoire mondiale des arts, passée et contemporaine » pour Ada Ackerman, commissaire de l’exposition et chercheuse au CNRS.

 

Un temple du montage

Cette exposition se veut être une grande machine de montage, une « fabrique des images einsteiniennes » qui a été conçue comme telle par ses commissaires dans la recherche « d’une adéquation entre la forme et le contenu » pour Philippe Alain-Michaud, conservateur de films au Centre Pompidou. Dès l’entrée, un triptyque d’extraits connus des films de l’artiste est monté en parallèle. De manière aléatoire naissent des échos en raison de motifs récurrents dans l’œuvre de l’artiste : foules, visages en souffrance, ferveur populaire et ombres inquiétantes se reflètent presque sur le sol métallique de la Grande Nef. Cet espace a été spécialement choisi pour cette exposition en raison de sa grande hauteur sous plafond (près de 20 mètres) ce qui a permis au scénographe de réaliser un observatoire au centre de l’exposition, tour d’échafaudages et d’écrans faisant référence au projet architectural et cinématographique avorté de la « Glass House ». Eisenstein voulait tourner un film dans un building de verre à l’architecture moderne et se servir des jeux de transparence pour créer un « cinéma de l’apesanteur ».

 

L’art révolutionnaire.

Reconnu mondialement de son vivant, des deux côtés de l’Atlantique, il a travaillé aussi bien pour le cinéma bolchévique au service de la grandeur de la Nation soviétique qu’au service de la machine à rêve hollywoodienne de l’oncle Sam en passant par des collaborations en Europe de l’Ouest, avec toujours comme guide la portée révolutionnaire de son message cinématographique. L’exposition raconte aussi bien l’intérêt du jeune Eisenstein en vacances avec ses parents en Europe de l’Ouest, pour la Révolution Française ou la Commune de Paris que pour la révolution mexicaine en passant par sa passion pour la révolution bolchévique de 1917 qu’il a vécu depuis Saint-Pétersbourg. Avec La Grève (1924), Le Cuirassier Potemkine (1925), Octobre (1927), ou encore La Ligne Générale (1929), Eisenstein fut écrivain du roman national soviétique moderne. C’est le premier réalisateur à oser faire jouer à un acteur le rôle de Lénine dans Octobre, ce qui n’a d’ailleurs pas été du goût du parti. Ainsi, l’exposition revient aussi sur ce hiatus entre la grande liberté du cinéaste qui dispose de moyens colossaux et le film de propagande purement idéologique. Un Eisenstein souvent trop subversif pour le régime qui l’a censuré à plusieurs reprises.

Mais sa révolution se fait surtout sur la pellicule et sur la table de montage. A un Dziga Vertov, père de la théorie du « ciné-œil » connue de tous cinéphiles, qui l’accuse de plagier son cinéma, Eisenstein rétorque qu’il fait du « ciné-poing ». Recherche formelle de l’esthétique plutôt que de l’exactitude et de la véracité historique… Eisenstein cherche dans tout image l’expressivité, la force de la douleur et la ferveur de l’engouement révolutionnaire à l’instar des scènes du massacre des escaliers d’Odessa dans Le Cuirassier Potemkine (1925). Le visage d’une femme éborgnée semble hurler de douleur.

 

L’imaginaire d’un érudit.

Eisenstein cultive un grand intérêt pour la culture populaire et s’en inspire : le Fantômas de Leroux, les visages grotesques des caricatures de Daumier, les vignettes satyriques de Vallotton… Le cinéaste qui parlait couramment plusieurs langues (dont le français) et qui fréquentait les milieux intellectuels européens connaît aussi très bien les classiques et s’en nourrit : Le Bernin, Véronèse, Michel-Ange, Delacroix, le Tintoret… Des prêts de nombreux musées russes et français qui jalonnent le parcours du spectateur en faisant écho aux photogrammes et aux images vidéo-projetées.

Le cinéaste s’inspire également des estampes japonaises, des icônes byzantines, de l’iconographie médiévale pour son Alexandre Nevski (1938) qui est acclamé à sa sortie en 1938 et lui assure un retour en grâce auprès du gouvernement stalinien qui lui confie la réalisation d’un film historique sur Ivan le terrible (1944-46), unificateur de la nation aux yeux du régime. Des univers culturels et plastiques variés qui se retrouvent enfin dans ses écrits théoriques, facette de l’homme à laquelle s’attache la dernière salle de l’exposition.

 

« Ce n’était pas facile de démembrer Eisenstein pour mieux le remembrer » résume Ada Ackerman en fin d’exposition. Un Eisenstein décortiqué en plusieurs thématiques qui suivent néanmoins un parcours chronologique… le pari semble relevé.

 

Retrouvez toutes les informations pratiques sur le site du Centre Pompidou-Metz.

 

LE CENTRE POMPIDOU-METZ

1, parvis des

Droits-de-l’Homme

57000 Metz

 

+33 (0)3 87 15 39 39

[email protected]

centrepompidou-metz.fr

 

HORAIRES D’OUVERTURE

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VEN. | SAM. I DIM. : 10:00 – 19:00

 

TARIFS EXPOSITIONS

Tarif individuels : 7 € / 10 € / 12 € selon le nombre d’espaces

d’exposition ouverts

Tarif groupes (à partir de 20 personnes) : 5,50 €, 8 €, 10 €

selon le nombre d’espaces d’exposition ouverts. 

 

VISUELS : 

© Image en avant : affiche de l’exposition L’Œil extatique. Eisenstein, un cinéaste à la croisée des arts

Galerie : 1.©Pierre-Lou Quillard  /2. ©Sergueï Eisenstein, La Grève, 1925 / Adagp Paris / 3. ©Man Ray, S.M. Eisenstein, vers 1933 / Adagp Paris© / 4. Alexander Rodchenko, Affiche pour le Cuirassé Potemkine, 1926 / Adagp Paris /5,6,7,8 : ©Pierre-Lou Quillard

 

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Pierre-Lou Quillard

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