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L’Art d’apprendre et l’art d’enseigner

L’Art d’apprendre et l’art d’enseigner

10 mars 2022 | PAR Laetitia Larralde

Le Centre Pompidou-Metz nous entraîne avec son exposition L’Art d’apprendre dans une myriade d’alternatives à l’enseignement traditionnel. Autant de pistes à suivre pour réinventer l’école d’aujourd’hui.

Les questions de l’enseignement, de la pédagogie et de l’apprentissage sont revenues sur le devant de la scène avec les confinements et la fermeture des lieux d’enseignement. Le système pédagogique a dû être adapté, avec la mise en avant de la technologie et un recul de la dimension sociale de l’école. Avec L’Art d’apprendre, le Centre Pompidou-Metz propose de mettre en lien notre époque et les années 1960-70, années charnières pendant lesquelles des propositions alternatives à l’enseignement classique sont nées.

Tant d’un point de vue artistique que général, les années 1960-70 marquent la réforme du monde de l’éducation, le modèle académique n’étant plus adapté à son époque. La révolte de mai 68 montre que cela ne s’est pas fait sans douleur, mais le bouillonnement créatif qui l’a accompagné a été intense, comme en attestent les nombreuses affiches créées par les étudiants des Beaux-Arts. Les artistes eux-mêmes s’emparent de la question de l’apprentissage artistique. Parfois professeurs, maîtres d’atelier ou étudiants, les notions de comment apprendre à créer, comment transmettre un savoir-faire ou encore de qui peut devenir un artiste sont au centre de leur réflexion.

Dans ces années-là, de nouvelles formes artistiques conceptuelles telles que la performance ou les happenings apparaissent, en lien avec des courants de pensée mettant en avant le pacifisme, l’écologie ou le féminisme, et le développement de nouvelles technologies de communication. L’époque fourmille de créativité et les utopies naissent. Les artistes de Fluxus tels que Robert Filliou, John Cage ou Joseph Beuys sont particulièrement impliqués dans la mise au point d’un apprentissage totalement décloisonné, où chacun peut apprendre et transmettre son savoir, hissant la créativité au niveau de véritable art de vivre. La vie devient une performance qui relie les personnes qui se transmettent un savoir, et enseigner et apprendre sont des formes d’art.

Comme le montrent les titres des différentes sections de l’exposition, illustrées par les infographies de Nayel Zeaiter, tous des verbes d’action, l’idée de « gavage intellectuel » est obsolète et la participation active, par le jeu, l’expérimentation ou encore l’auto-apprentissage sont mis en avant. Le terrain d’aventures de Jean-Marc Brodhag, espaces libres où les enfants peuvent construire et détruire à volonté ou encore les voyages d’art de Richard Demarco qui reconnectent les étudiants à la nature et à l’histoire sont deux exemples de connexion du corps à son environnement et de recentrage sur la spiritualité et le savoir-faire manuel.

Certains artistes, tels Nam June Paik, ont imaginé très tôt la possibilité de créer un réseau mondial de partage des connaissances, où un musicien japonais pouvait enregistrer un cours sur VHS et ainsi former un élève en Europe par exemple. Aujourd’hui, internet a concrétisé cette utopie, mais nous soumet en même temps à un flot d’images et d’informations incommensurable, comme l’illustre la vidéo de Camille Henrot. La pandémie nous a également montré les limites de l’apprentissage à distance : la dimension sociale est essentielle, tant pour l’émulation collective que pour l’ouverture donnée par l’expérience et les connaissances des autres élèves.

Les artistes prônent donc une remise en cause globale du système d’éducation, un déblocage des imaginaires qui formerait des esprits libres et critiques, pleinement maîtres de leur apprentissage. Ils imaginent une propagation horizontale des savoirs, égalitaire et adaptée à chacun. Afin de mettre en pratique ces idées et chercher ce que pourrait être l’école de demain, le Centre Pompidou-Metz a mis en place une salle de classe à la fin de l’exposition, avec un mobilier modulable créé par la designeuse Stéphanie Marin. Trois classes de CM1-CM2 de la région vont venir huit fois pendant 3 mois faire cours dans cette salle qu’ils pourront moduler selon leurs besoins et le projet qu’ils vont mener. Chiara Parisi, Directrice du Centre Pompidou-Metz, souhaite par la suite mettre en place une structure pérenne d’école rattachée au Centre.

L’art d’apprendre nous montre que l’apprentissage devrait un jeu qui ne nous quitte jamais tout au long de notre vie, un art de vivre où la créativité permettrait à tout un chacun de garder un esprit ouvert et curieux. Car jouer et apprendre, ce n’est pas que pour les enfants.

L’art d’apprendre – Une école des créateurs
Du 05 février au 29 août 2022
Centre Pompidou-Metz

Visuels : 1- smarin, Ecoletopie, 2021 © smarin / 2- Nayel ZEAITER, L’art d’apprendre, 2021- Impression numérique sur papier – Production Centre Pompidou-Metz © Nayel Zeaiter, Adagp, Paris, 2021 / 3- Vue de l’exposition L’Art d’apprendre. Une école des créateurs – Dan Peterman, Civilian Defense, 2007 / Eindhoven, Van Abbemuseum, 2921 © Dan Peterman – Riccardo Dalisi, Panneau 1, Panneau 2 et Panneau 3 de l’ensemble «?Animation et séminaire du quartier Traiano, Naples, Italie?», 1971–1975 / Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne © Riccardo Dalisi – Jean-Marc Brodhag, Le Terrain d’aventures du Sablon, Metz, [1977–1980] © Jean-Marc Brodhag © Centre Pompidou-Metz / Photo Marc Domage / 2022 / Exposition L’Art d’apprendre. Une école des créateurs / 4- Jonathas de Andrade, Educação para adultos, 2010 – Collection de l’artiste – Courtesy Galeria vermelho, São Paulo / 5- Atelier de sérigraphie, arts plastiques, université Paris 8 — Vincennes – Assez !, 1971 – Lettre ouverte à Madame Binoche, maire du 18e, 1972 – Nixon, Vietnam, 1972 – Martinique, mai 1848, 1972 – Lycéens étudiants contre la sélection de classe, 1973 – Solidarité, Sonacotra, Montreuil, 1976 – Calendrier 1977 pour les foyers Sonacotra en grève, 1976 – Jean-Louis Boissier, Impression en sérigraphie d’une affiche pour les foyers Sonacotra en grève, 1976 et Affiche Vincennes « ou le désir d’apprendre », 1979 – Paris, collection Jean-Louis Boissier et Liliane Terrier © Centre Pompidou-Metz / Photo Marc Domage / 2022 / Exposition L’Art d’apprendre. Une école des créateurs

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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