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Éloges de la matière à la Paris Design Week

Éloges de la matière à la Paris Design Week

04 septembre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 12 septembre, la Paris Design Week fête ses 10 ans dans trois quartiers iconiques de Paris : Opéra/Concorde/Étoile, Les Halles/Le Marais et Saint-Germain-des-Près. Le festival se déroule en étroite collaboration avec Maison&Objet qui se tient lui jusqu’au 18, uniquement en ligne. La rédaction s’est baladée dans le Marais, rencontrant sans cesse la question du lien entre l’artiste et l’artisan. 

La matière, rien que la matière

La question de la matière brute semble être le fil conducteur de cette édition. Le parcours choisi, celui du Marais, trouble peut être cette affirmation. Car se trouve là un festival dans le festival : la Paris design week factory, jusqu’au 8 septembre.  Il s’agit de trois espaces. L’Espace Commines , et les deux galeries Joseph. 

A l’espace Commines, les coups de foudre ne manquent pas. Il faut se jeter dans cet espace clair où il est possible de voir l’évolution de 25 artistes révélés par Maison&Objet Paris. Par exemple, l’équilibre est au cœur du travail de Maxime Lis qui présente un fauteuil à bascule, objet « doudou » par excellence ici remis en place avec des plaques de verre comme un aquarium.  B52 est une oeuvre d’art dans laquelle on a envie de plonger. 

Mais c’est surtout à la Galerie Joseph, coté Turenne, que nous nous attardons. C’est là que se trouve le futur puisque les travaux de sortie des plus prestigieuses écoles sont présentés. 

Du côté de l’Ensci, nous rencontrons Lou Durand et son « Club Sandwich », un radiateur et isolants muraux en chanvre pour l’amélioration du confort énergétique. Aucun branchement, juste une idée pour celle qui travaille dans le textile : le chanvre peut entrer dans les maisons. Brillant. 

A l’étage, on croise les étudiants pas encore diplômés des Arts déco.  On rencontre Paul Lossent devant sa maquette qui a tout d’une maison de poupée très meublée. Il s’agit en réalité d’un bateau, d’une barge pour être exact. Il explique : « Xochi (prononcer « so-che ») est une serre expérimentale d’« aquaponie, mot- valise assemblant l’aquaculture » ou permaculture et l’« hydroponie », la culture de végétaux hors-sol. Xochi associe ainsi plantes, poissons, champignons et insectes pour reconstituer un écosystème agricole mais avec moins de plastique ». En gros tout se fait sur la barge, de l’insecte au poisson, tout le monde bosse et l’agriculture peut entrer en ville par les eaux. 

Tout à côté Simon Chaouat  et Souleimen Midouni ont un « MEGA » projet : aller chercher l’argile à l’état brut sur les chantiers et le transformer jusqu’à un objet du quotidien.  Faire entrer le design dans un lieu détruit, l’idée est démente.

Noblesse des matières 

A l’espace Commines, nous découvrons un buffet signé de Julien Vermeulen. Son métier : plumassier. Et là où s’attend à trouver des vêtements, nous sommes face à un meuble années 30 aux portes en plumes rases Ebène de Macassar – Sycomore ondé – Laiton – Plumes – Feuilles d’or. Un chef d’oeuvre. 

Aux Archives, Pierre Gonalon fait le show et il a le niveau.  « Directeur artistique de l’éditeur historique de design italien Paradisoterrestre, il dessine aussi pour de nombreux clients transalpins, Ceramica Bardelli, Masiero » mais aussi Lalique. Canapés pop’, tapis aux palettes acidulées, fauteuil en marbre et autres miroirs se nichent parfaitement dans les salles déjà chargées de l’Hotel de Soubise dont les murs sont ornés de bleu et de sculptures, rien que ça ! Les pièces de Gonalon, en collaboration ou non sont un manifeste pour l’aménagement d’intérieur.

Transformer

Nous finissons ce parcours tout près de là où il a commencé, dans un lieu où nous vous ordonnons de prendre le temps. La cour de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, bijou en soit accueille deux tendances : la recup et le bois, séparées par quelques marches.

En bas, nous tombons en amour face aux pneus de Altin Huseyin et Borach Gregoire. Nous voyons deux enormes pneus qui se trouvent être des chambres à air de tracteur. Elles « sont peu coûteuses et résistantes. Toutefois, avec l’émergence de la technologie tubeless, elles sont condamnées à disparaître. »

Ce qui fonctionne c’est bien sûr le décalage de cette présence industrielle au cœur d’une cour classée.  La rondeur de l’objet et sa masse le rend très attirant, comme un canapé.

Nous finissons notre focus Marais avec la présence de Arbocentre qui s’unit à France Bois Forêt (FBF) pour présenter une collection de créations. Ici bien sûr, le bois est roi ! Ce qui est intéressant c’est de voir la diversité des propositions qui va d’une draisienne signée Noir vif aux tuteurs pour faire grimper les plantes pensés intelligemment et en beauté par Sylvain Hardy. Lui applique une découpe du bois particulière qui offre des motifs très graphiques.

Tous ont une conscience écologique très poussée et appliquée à leurs créations. Choix des transporteurs, choix des fournisseurs, tout est là pour un minimum d’impact pour la planète. 

Avec la planète mais aussi avec le patrimoine.

C’est le cas des tables à composer Arcades désignées par Marine Hunot en lien avec les … arcades du château de Sainte Colombe.  Le plateau est net et les pieds en acier découpés au laser tout autant. Une table qui s’étend à l’infini pour des grands dîners d’amis!  

Dîner mais aussi travailler, ça c’est le credo de Kataba qui propose du mobilier en série, essentiellement de bureau.  Ici, tout est pensé avant tout par l’éthique. La marque « s’engage ainsi à offrir une gamme de mobiliers respectueuse de la terre et des hommes, une gamme exemplaire et engagée. » Et en plus.. c’est beau ! Les lignes sont pures et sont une invitation au travail. 

Il est temps de s’arrêter ( n’hésitez pas à passer boire un café au Griffon en face des Archives, le lieu vaut le détour !). La Paris Design Week se déploie jusqu’au 12 avec un programme dantesque. Ateliers, vernissages.. La capitale va vivre au rythme de ces 200 artistes pendant une semaine.

Tout le programme est ici.

Visuels : ABN

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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