Arts
Les mots n’ont plus de sens, la couleur n’a plus de matière, Cy Twombly est mort

Les mots n’ont plus de sens, la couleur n’a plus de matière, Cy Twombly est mort

06 juillet 2011 | PAR Bérénice Clerc


L’œuvre de Cy Twombly se développe en marge des courants dominants de l’art américain  et se tisse en de multiples facettes toujours renouvelées.

Le langage est vain pour décrire la puissance de son travail, la force de sa trace. Ni illustratrice, ni uniquement abstraite, sa peinture revêt un caractère multiple et unique à la fois. Traces sur du papier, diversité des techniques et des enjeux, surfaces blanches, chiffres, schémas, Croix, traces de doigts, mots jetés, barrés,transcendés, boucles, hachures, noms de héros antiques, de poètes, de dieux …la couleur huileuse croise le crayon, les doigts dessinent des notes colorées dans une musique poétique où le spectateur entre en scène et fait parti du collage.  La toile peut rester quasi blanche se heurter au vide, à la perte en un éclat de couleur, une trainée de peinture, le sens d’un mot ou d’un titre. Jamais son âge, sa notoriété ou sa médiatisation ne l’ont empêché de se renouveler.

La gravité agit sur sa peinture l’énergie d’un geste ample permettent aux couleurs d’atteindre une intensité incomparable.
Depuis quelques années sur des toiles ou des planches de plusieurs mètres de long, des roses ou des pivoines hors d’échelle en de grands mouvements d’enroulement inondent l’espace de couleur. Des vers d’Emily Dickinson ou de Ingeborg Bachmann accompagnent ces motifs dans un rejet de la maîtrise. Ses sculptures blanches, monuments souvenir simples et émouvantes sont un autre axe de son œuvre poétique. L’ être frémit jusqu’au fond de l âme, feint la maladresse, tombe, se relève, existe, s’annule avec innocence enfantine et simple. Cy Twombly était l’un des derniers dieux vivant de l’art, solitaire passionné, érudit dans sa maison perdue de Gaeta, dans la campagne entre Rome et Naples, il s’exprimait seulement par l’art mystère musical abstrait.

Depuis soixante ans, Twombly photographiait en même temps qu’il peignait, son ultime autoportrait en image  » Le temps retrouvé » est en ce moment en Avignon dans la collection Yvon Lambert, jusqu’au 30 octobre, il devait venir en septembre… La matière n’ a plus de sens ni de nom. Les poètes, les dieux, les anciens, la peinture, la musique se rassemblent chez Edwin Parker Twombly surnommé Cy par son père. Depuis sa Virginie natale jusqu’à l’Italie, qu’il aimait tant, il parcourt le siècle d’un art élégant et bouleversant, est l’ami de Jasper Johns, de Robert Rauschenberg, John Cage, Merce Cunningham, réussit des études classiques et dépasse toutes les limites de la création.

Sa trace, ses teintes, sa matière, sa poésie resteront présentes pour des siècles et des siècles, son inspiration porte et portera d’autres artistes.

Un roc s’est brisé hier à Rome.

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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