Théâtre

« La Seconde surprise de l’amour » versus « Douleur exquise », Sophie Calle rencontre Marivaux à Villeneuve en Scène

« La Seconde surprise de l’amour » versus « Douleur exquise », Sophie Calle rencontre Marivaux à Villeneuve en Scène

06 juillet 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Du IN, gardez Warlikowski, du OFF, le goût pour les textes classiques revisités, secouez, mélangez… et vous obtenez une délicieuse  » Seconde surprise de l’amour » sur la superbe colline des Mourgues à Villeneuve en Scène.

Reprenons. Du roi de la scéno polonaise, la metteuse en scène Alexandra Tobelaim et le scénographe Olivier Thomas s’approprient intelligemment les cages vitrées et la guitare rock. Les comédiens jouent dans les cubes empilés, composés d’une salle de bain, d’une chambre, d’une bibliothèque… le tout ponctué d’un escalier central. Ils sortent de leur antres, pour se confronter à leurs tourments amoureux. Dans un parallèle osé mais juste, Sophie Calle les enferme alors que Marivaux les fait sortir à l’extérieur de la maison.

En confrontant La douleur exquise de Sophie Calle à la Seconde surprise de l’amour de Marivaux, le décryptage du culte de la souffrance amoureuse devient une entreprise rafraîchissante. Dans cet imbroglio shakespearien, nous rencontrons une marquise amoureuse d’un chevalier exaltant leur douleur commune suite à la perte, pour chacun, de l’être aimé. Le domestique de l’un, et la servante de l’autre, jouent de drôles de tours à leurs maîtres. Voila que Lisette parle à Lubin d’un amour de la marquise pour le compte, Lubin en parle au Chevalier qui a son tour raconte toute l’histoire au « lettreux » Hortensius. Pour le moment, la marquise croit vouloir se complaire dans son veuvage à l’aide d’une relation amicale avec le chevalier, mais voila que ce dernier serait jaloux…

La direction des comédiens offre un jeu vif, drôle et limpide. Le duo Lisette/Marquise opère à merveille dans des trouvailles fantastiques, tel ce comique de répétition suscité par la chute la noble dame vêtue d’une mini-robe à baleines. Tordant.

L’alternance du jeu entre scènes intérieures et extérieures permet aux comédiens de ne jamais quitter le plateau. Quand ils ne sont pas devant la structure en verre, ils miment leurs émois dans leurs appartements. Voila notre chevalier prompt au suicide un sac sur la tête ou la servante aux hautes chaussettes noyant son désespoir dans la buanderie.

Les trouvailles de mises en scène teintées d’une modernisation subtile du texte permettent d’entendre d’une oreille neuve le texte de Marivaux. Il est étonnant de voir à quel point les mots de Sophie Calle résonnent avec la pièce. Les mêmes sentiments, portés par une langue différente. L’alliance des deux permet un allégement des structures fort appréciable.

La scénographie très contemporaine permet l’écoute et la redécouverte de ce texte aux phrases succulentes. Nous retiendrons de Madame la Marquise qui va définitivement très bien « je ne veux pas me marier, mais je ne veux point qu’on me refuse », et du fantastique Lubin « la paix règne d’un air fâché ».

Les délires sont ici à la fête et les fous-rire nombreux, ne vous privez pas de cette Seconde surprise de l’amour fort réjouissante.

Visuel : (c) Gabrielle Voinot

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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