Arts

Couleurs vives entre les guerres au Musée Marmottan

29 octobre 2009 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le discret et charmant Musée Marmottan Monet présente jusqu’au 20 février 2010 cinquante chef-œuvres d’artistes expressionnistes et fauves, issues des collections du musée Von der Heydt de Wuppertal, offrant un panorama de l’évolution de l’art moderne, de l’expressionnisme à la Nouvelle Objectivité (Die Neue Sachlichkeit).

L’exposition « Fauves et expressionnistes de Van Dongen à Otto Dix, chef d’œuvre du musée Von Der Heydt » entoure la 1er Guerre mondiale en choisissant de faire un focus sur les principaux mouvements qui marquèrent l’avènement de l’art moderne en Allemagne avant la Première Guerre mondiale : les expressionnistes du groupe Die Brücke fondé à Dresde en 1905 – Kirchner, Heckel, Schmidt-Rottluff… – et ceux de la NKVM, Nouvelle Association des artistes de Munich, mouvement qui donnera naissance en 1911 au Blaue Reiter – Kandinsky, Jawlensky, Marc, Macke et Münter.

Si le texte de présentation de l’exposition nous propose de rencontrer ces deux courants majeurs de l’art allemand au début du XXe siècle jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale on s’attend à un déroulé chronologique des toiles. Une fois descendu l’escalier qui mène à l’exposition, on se retrouve dans une grande salle ronde où on va là où la couleur nous aimante. Point de sens de la visite, point de chronologie, ce qui lie ces artistes c’est l’utilisation de la couleur pour délimiter la réalité tout en la déplaçant.

Et pourtant, si la chronologie n’est pas le choix, elle éclate comme le bleu des cheveux du superbe nu féminin de Kees Van Dongen (1906), dont la jeune fille est insolente tellement elle est désirable. La couleur éclate toujours, mais déjà moins forte, dans le violet du manteau des « femmes dans la rue de Ernst Ludwig Kirchner (1914).

kirchner-femmes-dans-la-rue-1914-c-von-der-heydt-museum-wuppertal

Dans une autre courbe de la salle, nous quittons radicalement la légèreté et l’insolence. Otto Dix nous emmène dans une fête particulière en 1922. Le tableau s’appelle « La Beauté » et tranche avec la période expressionniste dans un certain réalisme. Otto Dix se représente, visage maladif dans une fête, où discute un couple amoureux, rie un musicien noir, et danse une jeune femme. Dans cette pièce, Otto Dix serre un téléphone dans une main comme si c’était une arme pour dire la désillusion du monde. Le décalage entre ce personnage trop blanc, trop sec et les insouciants derrière nous dit que s’en est fini des cheveux bleus éclatants de la jolie fille nue de Kees Van Dogen.

On monte un petit escalier, bien plus étroit que le précédent, pour arriver dans une minuscule salle, carrée, noire, qui présente essentiellement des lithographies et des gravures d’après Guerre. Ici les visages sont anguleux et les sujets disent la société. Petite salle et grande émotion face aux œuvres d’Erik Heckel, que se soient les autoportraits ou le portrait d’Otto Muller , à chaque fois, le trait marque les angles, la dureté, les désenchantements d’après Guerre .

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Les toiles viennent du musée Von der Heydt, qui a montré les expressionnistes dès 1910 et qui a été spolié par le régime nazi. C’est dire si les liens entre art et histoire atteignent un paroxysme dans cette magnifique exposition.

Fauves et expressionistes de Van Dongen à Otto Dix, chef d’œuvre sur musée Von Der Heydt, Musée Marmottan Monet, du 28 octobre 2009 au 29 fevrier 2010 , de 11h00 – 18h00 jusqu’à 21 h le mardi, fermé le lundi et les 25 décembre et 1er janvier. 2 rue Louis Boilly, Paris 16 e , M° Muette ou RER Boulainvilliers. Tarif plein 9€ , tarif réduit 5€ .

Touts les visuels : (c)Von der Heydt Museum/Wuppertal

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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