Arts

Charlotte Rampling, une icône fascinante à la Maison Européenne de la Photographie

04 juillet 2012 | PAR Raphael Clairefond

Charlotte Rampling ? L’actrice ? Que diable vient-elle faire à la Maison Européenne de la Photo ? Photographe, muse, commissaire d’expo ? Un peu tout cela à la fois. Après la très belle (et très sensuelle) série de photos de Laetitia Casta par Dominique Isserman, c’est donc une autre icône, et accessoirement un autre fantasme masculin mondialement célèbre, qui investit l’institution parisienne.

Cette carte blanche proposée à celle qui nous aura fait frissonner chez Visconti, Woody Allen, Sidney Lumet et tant d’autres (Ozon, Lelouch, Cantet…en France) se présente sous la forme de trois parties : des portraits de la star par une tripotée de grands photographes (Cecil Beaton, Bettina Rheims, Helmut Newton, Alice Springs, Paolo Roversi, Peter Lindberg…), une série d’autoportraits d’autres maîtres de l’image fixe, piochés parmi les fonds de la MEP (Larry Clark, Ralph Gibson, Robert Mapplethorpe, Duane Michals…promis, après on arrête le name dropping) et enfin les photos intimes de Charlotte Rampling, réalisées à l’argentique et soigneusement compilées dans des albums présentés sur plusieurs écrans.

 

Cette dernière partie n’est hélas pas la plus captivante. L’actrice s’y révèle être une amatrice éclairée, capable de produire de « belles images », bien composées, bien éclairées, parfois touchantes, mais en aucun cas, l’ensemble ne semble faire œuvre. Elle photographie ses enfants, ses voyages, comme n’importe quel quidam et on ne peut s’empêcher de se dire que toutes ces photos n’auraient jamais pu se faufiler jusque-ici sans le sésame qui ouvre les portes les plus prestigieuses : un nom célèbre. Leur présentation en diaporama sur des écrans plats n’arrange rien à l’affaire et notre curiosité s’étiole à vue d’oeil.

 

On s’attarde plus longtemps en revanche sur la série de portraits d’elle qui ouvre l’exposition. D’abord parce que elle a le mérite de mettre en exergue le style de chaque photographe au premier coup d’oeil, comme des toiles de maître reprenant le même sujet à travers les siècles. Et puis tout simplement parce que Charlotte Rampling est incroyablement belle, à tous les âges. A chaque nouveau portrait, on retrouve ce même regard profond, grave et assuré, qui vous hypnotise au milieu d’un visage aux traits taillés dans le marbre. Des années 70 à aujourd’hui, elle incarne la femme forte, dominatrice, indépendante, sûre d’elle, en un mot : moderne. Une vraie femme Barbara Gould qui ne se départirait pas de cette célèbre mine austère. Le noir et blanc qui dominent la série siéent parfaitement à la gravité de son regard. Elle a l’assurance des reines qui contemplent le monde du haut de leur trône.

 

 

Mais contrairement à la reine de Blanche-Neige, Rampling ne demande pas à son miroir (et encore moins à son photographe) de lui dire qu’elle reste la plus belle. La silhouette s’affaisse et les rides se creusent. Et alors ? Pas de quoi faire sourciller l’actrice qui continue à poser nue comme aux premiers jours, se laissant immortaliser, vêtue d’un boa de fourrure et d’une petite culotte rouge, écrasée par la lumière blafarde de Juergen Teller. La grande bourgeoise aux jambes interminables qui posait en manteau de fourrure pour Helmut Newton n’est plus qu’un lointain souvenir mais elle assume son âge, l’expose au grand jour, et les ruines de cette impériale beauté n’en sont que plus émouvantes.

 

 

Cette « déchéance » pleine de classe est également mise en scène par Pierre et Gilles dans un portrait spécialement commandé par l’exposition. L’actrice y est mise en scène sous la neige dans un décor de carton-pâte en femme perdue d’un certaine âge. Le visage triste, assise sur ses valises, cette sorte de « vieille fille aux allumettes » a l’air d’attendre en vain le prochain train ou le cheval d’un improbable prince charmant.

 

 

La dernière série, celle des autoportraits de photographes laisse plus dubitatif. Chaque photo prise individuellement vaut évidemment la peine. Chacun aura ses préférences, mais l’ensemble est trop léger et hétéroclite pour produire une synthèse véritablement intéressante et originale sur l’art de l’autoportrait qui mériterait une exposition à lui tout seul. Charlotte Rampling a-t-elle fait ce choix pour signifier que, d’une certaine manière, chaque portrait exposé d’elle était également une forme d’autoportrait ? Possible, mais associé à ses photos personnelles, le tout donne l’impression d’un remplissage maladroit et bancal qui ne sert aucune des trois parties de l’exposition… Dommage car l’idée de rendre hommage à cette icône de cinéma était séduisante sur le papier.

 

 

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