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Cécile Debray : “¡Viva Villa! c’est  un partenariat  exemplaire de ce qu’est la force publique”

Cécile Debray : “¡Viva Villa! c’est un partenariat exemplaire de ce qu’est la force publique”

12 October 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival des résidences d’artistes ¡Viva Villa! retrouve la Collection Lambert à Avignon pour sa 5ème édition du 24 octobre 2020 au 10 janvier 2021. Le lancement aura lieu en même temps que la version automnale du Festival d’Avignon, les 24 et 25 octobre. Rencontre avec la commissaire de cette édition, Cécile Debray, également directrice du musée de l’Orangerie.

Tout d’abord, quel est le lien entre le musée de l’Orangerie, que vous dirigez, et ces trois villas, prestigieuses résidences d’artistes ?

Aucun !

(rires) Mais alors quelle est votre fonction en fait dans « ¡Viva Villa! » ?

Je suis commissaire invitée. Je pense qu’il était souhaité que ce soit une personnalité à l’extérieur de ces institutions qui puisse faire le lien entre les trois lieux. J’ai une longue expérience de commissaire, donc j’imagine que c’est pour ça qu’on m’a demandé de faire ce travail, que j’assume depuis plusieurs années, pour la Villa Médicis, la Casa de Velázquez et la Villa Kujoyama.

Comment est né « ¡Viva Villa! » ?

Le festival a été créé par les trois directeurs en poste à l’époque, en 2015, Muriel Mayette-Holtz, la directrice de la Villa Médicis, Michel Bertrand de la Casa de Velazquez et Christian Merlhiot de la Villa Kujoyama. Dans la lettre de mission du ministère de la Culture de la nouvelle directrice de la Villa Medicis, lui était demandé de donner à voir, en France, le travail de cette résidence à l’étranger. Il s’agit de trois parmi les plus prestigieuses résidences artistiques à l’étranger. Évidemment, ce sont à la fois des objets de fascination, parce qu’elles sont lointaines et qu’on ne sait pas trop ce qui s’y passe. Elles sont prestigieuses – de nombreux artistes renommés sont passés par ces lieux. Pourtant, le principe de la résidence artistique est un modèle qu’il faut à chaque fois défendre, ce sont des lieux qui fonctionnent avec de l’argent public. Il est donc important de rappeler aux citoyens à quoi servent ces résidences.

Est-ce que c’est un festival de fin de résidence ou pas ? Je n’ai pas ce sentiment.

Non, ce n’est effectivement pas une exposition de fin de résidence. On réunit trois résidences qui appartiennent à trois tutelles différentes : le ministère de la Culture, le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l’Enseignement et de la Recherche. « ¡Viva Villa! », à cet égard, relève d’un partenariat assez exemplaire de ce qu’est la force publique. Et puis, pas de fin de résidence, parce qu’il ne s’agit pas de montrer le travail qui a été réalisé pendant l’année de résidence, mais plutôt de mettre en valeur le travail de ces artistes à travers un dialogue entre chacun d’entre eux, entre chaque discipline, chaque lieu et de proposer ainsi un parcours. En tant que commissaire, je construis une exposition, avec un sujet, une narration, conçus à partir de leurs œuvres.
C’est un exercice qu’il faut envisager avec cette contrainte. Je visite les ateliers au sein des résidences, je rencontre les artistes et à partir de cette première rencontre, j’imagine un thème fédérateur qui puisse les relier. Ensuite, je construis un parcours pluridisciplinaire et général.

Et donc cette année le thème c’est « vies minuscules » ?

J’ai en effet emprunté le titre d’un roman de Pierre Michon qui permettait selon moi de mettre en évidence une tonalité générale autour d’une forme d’humanisme. J’ai été assez frappée par l’intérêt de ces artistes pour les questions du réel, de l’homme et de sa condition, pour le quotidien au plus près. L’exposition s’articule selon différentes focales, du plus loin au plus intime. Lorsque j’ai choisi cette thématique, l’épidémie n’était pas encore là…
Justement, vous répondez à ma question suivante, celle de cette résonance.
Oui, c’était étonnant et un peu effrayant. Le thème a pris un accent encore plus fort avec la pandémie. On a ajouté une section sur le confinement, pour inclure des œuvres de confinement. Cette période a été éprouvante pour nous tous et particulièrement pour les pensionnaires, isolés à l’étranger, incertains de l’avenir, notamment de ces expositions.

Le week-end d’ouverture va se passer pendant la semaine d’Art en Avignon, c’est-à-dire le Festival d’Avignon d’automne, c’est un hasard de calendrier bouleversé ou c’était prévu ? Est-ce que vous êtes en partenariat avec le Festival d’Avignon ?

Nous sommes en partenariat avec la collection Lambert pour la deuxième année. L’an dernier, le festival Viva Villa était organisé autour du thème de « la fin des forêts », sur la question de l’écologie et de l’anthropocène. Cette année, le festival d’Avignon, remanie son édition en une semaine d’Art, en revenant aux origines du festival d’Avignon, qui avait débuté en 1947 par un dialogue entre des spectacles et une exposition. Nous avons accepté l’invitation du festival d’Avignon de nous inscrire dans cette semaine d’Art en souhaitant que cette synergie amplifie l’audience de Viva Villa.

Ça veut dire qu’à la fois le week-end d’ouverture et l’exposition sont dans le programme de cette semaine d’Art et inversement ?

Oui. Nous inaugurons au même moment le 23 octobre et le week-end sera animé de performances annoncées dans le programme de la semaine d’Art. L’exposition sera un rendez-vous important pour la semaine d’Art. Elle est extrêmement foisonnante.

Est-ce que le thème « vies minuscules » va se retrouver aussi dans les spectacles ?

Le thème des « vies minuscules » est suffisamment large pour être interprété avec beaucoup de liberté.

Est-ce que c’était sur commande ? Notamment, le spectacle de Benjamin Bertrand qui aura lieu à la collection Lambert avant d’arriver aux Inaccoutumés cet automne à Paris?

L’idée de « vies minuscules », le thème de la condition humaine, intéressent beaucoup Benjamin Bertrand dont les chorégraphies ont à voir avec les questions d’altérité, de rapport à la nature.
La programmation en spectacle vivant cette année est plus réduite que les années précédentes, à cause des normes des conditions sanitaires. Citons le concert, rendez-vous importants des compositeurs des résidences, dont le œuvres seront jouées par l’ensemble Télémaque, au conservatoire d’Avignon, la performance d’Anne Le Troter, artiste formidable qui travaille sur le langage, la performance musicale et dansée joyeuse et inventive Deliciae du compositeur Jonathan Bell et de la plasticienne Leticia Pérez, l’activation de leur pièce photoscénique, de l’Ekumen par Aurélie Pétrel et Vincent Roumagnac…

Et, toute dernière question. Vous l’avez dit, l’exposition dure tout l’hiver. Est-ce qu’il y aura d’autres temps de rencontres à l’occasion de l’exposition? Ou, après le week-end d’ouverture, cela redevient une exposition « classique » ? Pour le coup, à l’Orangerie, vous avez une programmation à l’année qui déborde toujours du musée, avec une magnifique programmation en danse.

L’exposition montre des œuvres d’un peu plus d’une cinquantaine d’artistes. Elle comprend un cycle de films qui est monté en boucle dans l’auditorium, visible pendant toute la durée de l’exposition. Un catalogue a été publié pour accompagner le festival et son exposition qui dure un peu plus de trois mois. J’espère qu’ainsi le public pourra découvrir nombreux ce panorama vivant de la jeune création française.

Le festival des résidences d’artistes ¡Viva Villa! – à la Collection Lambert, Avignon du 24 octobre 2020 au 10 janvier 2021. Informations et réservations ici. Le weekend d’ouverture est gratuit.

Visuel : DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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