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Larmes antiques et poésie contemporaine à la Collection Lambert à Avignon

Larmes antiques et poésie contemporaine à la Collection Lambert à Avignon

05 mars 2019 | PAR Laetitia Larralde

La Collection Lambert nous propose avec sa nouvelle exposition sur Francesco Vezzoli une relecture des mythes antiques dans un dialogue entre plusieurs artistes contemporains, l’art classique et le public.

Le Lacrime dei poeti (les larmes des poètes) s’intéresse au rapport à l’Antiquité, plus particulièrement à l’art romain. Pour traiter le sujet, Francesco Vezzoli, co-commissaire de l’exposition avec Stéphane Ibars, a choisi de mettre en relation son travail avec trois des artistes présents dans la Collection Lambert. Cy Twombly, Giulio Paolini, Louise Lawler et lui partagent en effet une même démarche de dialogue avec l’idéal classique et d’intégration de ces éléments dans leur travail. Leur relation à l’art antique est double : elle tient autant de la célébration que de la rupture. Les artistes se tiennent à la frontière entre la nostalgie du passé et le désir de se l’approprier de façon contemporaine.

A ces questionnements communs, Franceso Vezzoli en ajoute un autre : le rapport entre son travail et de celui de ses prédécesseurs. Afin de répondre à ces remises en questions intimes, il imagine une scénographie où ses sculptures, au centre des salles, deviennent les spectateurs des œuvres exposées aux murs. Leur positionnement inhabituel, parfois tournées dos au public, le long d’un mur, ou face à une photographie, les place au même niveau que le public. Elles sont là à la fois pour regarder l’exposition et y participer, dans une position qui rappelle celle de Francesco Vezzoli, à la fois artiste et commissaire.

Cette scénographie n’est qu’un des procédés de l’artiste pour redonner vie aux sculptures antiques. Par ses manipulations, parfois brutales, de sculptures antiques achetées en salles des ventes, il cherche à retrouver la légèreté et la spontanéité d’une œuvre figée par le poids de l’histoire de l’art. Car dès qu’une œuvre est jugée digne d’entrer au musée, elle semble rompre son lien au monde, au geste créateur de l’artiste, pour devenir une sorte d’icône. Son lien à la vie se perd alors derrière l’importance de l’histoire de l’art, du poids financier, une distance s’instaure et l’œuvre issue d’une pulsion créatrice se transforme en image de ce qu’elle a été.

Francesco Vezzoli cherche à recréer un lien direct de la sculpture avec le monde contemporain. Il étudie les couleurs utilisées durant l’Antiquité pour recoloriser les bustes de la série True colors, transforme une tête en portrait noir et blanc de Joan Crawford, ou rajoute une sandale en fourrure à un pied fraîchement manucuré. Dans la lignée directe d’une pratique de la Renaissance, il réassemble des morceaux de sculptures de différentes époques, comme par exemple sa Nike Metafisica où il associe le corps de la déesse avec une tête en bronze inspirée des muses de Chirico. Les sculptures et les spectateurs peuvent alors créer un lien plus direct, un dialogue contemporain un brin irrévérencieux mais plein d’humour.

Le travail des quatre artistes de l’exposition réactive ce qui dans l’Antiquité et ses mythes fait encore écho aujourd’hui. Car si le monde change, les mythes demeurent. Ils se transforment, s’adaptent, les dieux et déesses prennent d’autres visages, mais représentent à la fois l’éternité et la légitimation du passé que beaucoup recherchent. La connaissance de ces mythes, du passé, est donc un moyen de prédire le futur. Mais connaitre le passé n’est pas nécessairement synonyme de le figer sur un piédestal. Nous pouvons entretenir avec lui un lien contemporain et immédiat, une relation intime et sensible, amicale et chahuteuse, comme nous le prouve si bien Francesco Vezzoli.

Francesco Vezzoli – Le Lacrime dei poeti
Du 2 mars au 10 juin 2019
Collection Lambert – Avignon

Visuels : 1- Francesco Vezzoli, Lo Sguardo di Adriano, 2018. Courtesy Galleria Franco Noero, Turin / 2, 3, 4 : vues de l’exposition Le Lacrime dei poeti, Cy Twombly, Francesco Vezzoli

Infos pratiques

Galerie Claire Corcia
Centre d’Art Caumont à Aix-En-Provence
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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