Architecture

Dreamlands, des terres de rêves à découvrir à Beaubourg

07 mai 2010 | PAR Margot Boutges

Dreamland est le nom d’un parc d’attractions inauguré sur le site de Coney island à New York en 1904 et dévasté par un incendie en 1911. Ce parc est largement tributaire des grandes expositions universelles de la fin du XIXe et du début du XXe siècle regorgeant de rêve et d’exotisme. Il donne son titre à l’exposition Dreamlands qui a commencé cette semaine au Centre Pompidou. Les parcs et grandes expositions universelles constituent de véritables incubateurs. Ils ont façonné une esthétique du spectaculaire que l’on cherche à appliquer au XXe siècle à des projets de villes réelles. La bulle du rêve doit exploser pour envahir le quotidien. Certains de ces espaces urbains ont vu le jour, d’autre sont restés à l’état de fantasmes inassouvis, esquisses oubliées dans les arcanes archivistiques… Ce sont ces visions en bataille que l’exposition nous invite à découvrir, nous plongeant dans des délires nés d’une seule vocation : aller toujours plus loin dans la quête idéale de l’urbanisme et de l’architecture du bonheur. Morceaux choisis d’un pur moment d’ivresse.

La Tour Eiffel, édifiée pour l’exposition universelle de 1989 délaisse l’utilitarisme au profit du spectaculaire. Parallèlement, les parcs d’attractions sont perçus comme l’idéal à atteindre auprès des foules et des artistes qui s’en inspirent. On découvre les fantasmagories surréalistes de Breton et de Léger en goguette au Luna Park de Paris et « le rêve de Vénus », pavillon à la façade ondoyante conçu par Dali pour le secteur forain de la foire internationale de New York. Un riche héritage pour des projets utopiques tel que le Fun palace, sorte de laboratoire de plaisir modulable à souhait conçu au début des années 1960 par Joan Littlewood et Cédric Price pour abriter en son sein tous les lieux de loisirs imaginables. Un projet ambitieux resté sans suite… si ce n’est au centre Pompidou où son architecture a servi de source d’inspiration pour le bâtiment.

On plonge dans le cœur névralgique de Las Vegas à l’esthétique kitch sublimée. Learning for Las Vegas, ouvrage de Denise Scott Brown et Robert Venturi (1972) qui ont  théorisé le modèle urbanistique de « la ville du péché » faisant de cette architecture ludique, commerciale et populaire un véritable modèle. On explore la cité du collage outrancier qui a convoqué toutes les métropoles les plus emblématiques de l’humanité dans son artère principale. Assis sur les dés en mousse qui jalonnent la pièce, faites-vos jeux en admirant les clichés aux couleurs explosives de Martin Parr : un vieux cowboy arpentant une allée de sphinx de carton pâte, une blonde platine vêtue d’un blouson de cuir à l’effigie de James Dean devant un avatar d’arc de triomphe… et autant de visions du réel colonisé par la fiction. On tombe ensuite dans les bras d’une New York en délire où festoient les gratte-ciel, au son d’une comédie musicale des années 1930 projetée sur grand écran et au rythme des automates conçus par Picasso pour le ballet Parade en 1917. La ville devient folle.

Si vous en sortez vivant, laissez vous happer par la  salle au titre benjaminien : Le monde à l’ère de sa reproduction.  On y interroge l’authenticité des espaces dans lesquels nous évoluons à l’heure de la mondialisation la plus totale. Confronté à la duplication ad nauseam de tous les monuments les plus célèbres, comment ne pas se sentir incarcéré dans un univers de modèles réduits, dans un monde saturé de références communes ? Où est l’original, où est la copie ? Et quel sens peut encore revêtir le voyage quand le dépaysement n’existe plus ? C’est là le propos de la gigantesque installation de Liu Wei, qui reconstitue des édifices célèbres… en os à mâcher pour chien ! Les clichés de Joachim Mogarra nous présentent une série d’édifices emblématiques réalisés avec les moyens du bord (Notre-Dame sculptée dans du fromage).  Kwong Chi Tseng et Manit Sriwanichpoom s’immortalisent devant des monuments iconiques, multipliant les poses et les mimiques caricaturales, livrant leur sourire railleur à l’objectif, heureux de créer du sublime par le biais d’images de dépliants touristiques. Des détournements ambitieux et formidablement drôles.

Le point d’orgue de l’exposition est peut être la présentation d’Epcot, ville conçue à la fin des années 1950 pour s’insérer dans le gigantesque complexe de Disney World. On reste scotché devant une vidéo fascinante présentant un Walt Disney fringant que l’on n’imaginait pas passionné d’urbanisme. Celui-ci nous explique dans les plus infimes détails le visage que revêtira Epcot, ville de demain et incarnation d’une utopie dont l’humanisme nous semble presque inhumain. Il passe en revue l’organisation d’une cité d’environ 20 000 habitants enfermés sous un dôme de verre (régulation du climat oblige) et où toutes les activités humaines sont cartographiées par des espaces reliés par un monorail. Ce parc d’attraction adapté à la vie quotidienne est un rêve monumental qui sera entériné par le décès de Walt le visionnaire en 1966. Disney World en livrera  un écho en 1990 à travers la ville de Floride Célébration. Mais les temps ont changé : c’est désormais l’esprit « Main Street » qui triomphe. Et le rejet de la métropole moderne au profit d’une architecture traditionnelle qui explore le passé de l’humanité à la manière des expositions universelles.

On explore enfin Dubaï, la cité des « mille et une villes », sorte de mirage jailli du désert composée d’images où se confondent rêve et virtuel.

Dreamlands est une exposition magnifique, ponctuée de musiques entrainantes et de jeux de lumière, aux discours multiples qui nous plongent dans l’univers du rêve urbanistique. Et qui nous amène finalement à vouloir envisager nous-mêmes le visage de notre ville idéale.

Informations pratiques :

Exposition Dreamlands  du 5 mai au 9 août 2010 au Centre Pompidou, de 11h00 – 21h00, jusqu’à 23 h le jeudi, fermé le mardi, Paris 4e, m° Rambuteau ou Hôtel de Ville, Tarif plein 12€ ou 10€ selon période / tarif réduit 9€ ou 8 € selon période, Tel : 01-44-78-12-33 .

Vidéo : 42nd Street – Lloyd Bacon (1933)

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Margot Boutges

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