Cinema

Une pièce et demie de Khrjanovski

07 mai 2010 | PAR Coline Crance

 Une pièce et demie est le premier long métrage d’Andreï Khrjanovski, cinéaste âgé de 69 ans   spécialiste et enseignant de cinéma d’animation. Avec : Alissa Freindlikh, Grigoriï Ditiatkovski, Svetlana Krioutchkova, Artiom Smola, Sergueï Yourski    durée : 2h 15

 Andreï Khrjanovski présente une version romancée de la vie du grand poète russe Joseph Brodsky, prix Nobel de littérature et mort en exil aux Etats Unis. Dans ce long métrage c’est bien d’exil qu’il s’agit. Andreï Khrjanovski en mêlant images d’archives , films d’animations inspirés des propres dessins du poète , et films de fiction , réalise un long-métrage d’une poésie et d’une inventivité rares en imaginant ce retour fantasmé en Russie du poète. Le spectateur est plongé dans un univers de couleurs et de sons qui transcende et met en exergue la poésie de Brodsky. Le film est rythmé et habité par la voix rocailleuse du poète et par ses frénétiques vers inspirés tout droit du jazz , musique qu’il admirait tant.

Andreï Brodsky saisit très bien la personnalité mélomane du poète en faisant de son film certes un petit bijou visuel mais d’autant plus percutant qu’il est lié avec une remarquable bande son. Face à ses différents montages d’archives, de sons, d’animations , Andreï Khrjanovski réussit à se libérer lui-même d’un sens premier qui serait  donner directement par l’image pour s’évader dans l’univers du poète. Certes le film est régi par les soubresauts de l’histoire, mais l’heure n’est plus à rendre des comptes. La retenue , le raidissement caractéristique de l’esthétisme de la poésie de Brodsky, guide le parti pris du cinéaste. Les trois acteurs principaux , le père et la mère du poète et Brodksy adulte , livrent eux mêmes une interprétation sobre et toute en retenue.

Poésie inspirée par un sentiment profond de solitude, insufflée par une profonde conscience de Dieu, maître de l’espace et du temps, Andreï Khrjanovski face à cette poésie débordante, arrive dans son film à la lier à la puissance évocatrice de l’image cinématographique. Suites d’images irréelles et choisies, Andreï Khrjanovski filme alors un Brodsky dans sa barque d’exil passant victorieux, les bras levés vers la ciel, la porte de Saint Pétersbourg pour aller se perdre dans son immensité blanche…

Un grand moment de poésie , un cinéma inventif, onirique, un film à voir , quand il sortira en France … Mais pour le moment, pour tous les amateurs du cinéma russe, ne manquez pas les mardis russes du cinéma Le Lincoln les deux premiers mardi du mois.

  Le cinéma Le Lincoln 20h. 14 rue Lincoln métro Georges V. Tarif plein : 9euros tarif réduit : 7euros

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Coline Crance

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