Arts

« Femmes, après coup » : Médecins du monde perce la bulle

23 avril 2010 | PAR Cecile David

Du 8 au 24 avril, Médecins du Monde nous invite au recueillement en exposant à l’Hôtel de ville de Paris une installation photographique et sonore dédiée aux femmes victimes de violence. Le spectateur pénètre dans un cocon où l’émotion a pris résidence.

Médecins du Monde expose aux regards des visiteurs 7 portraits tirés dans 7 pays différents, 7 histoires bouleversantes de part leur authenticité. 7, un chiffre symbolique pour une exposition qui dénonce la violence subie par un sexe encore « faible ». Après la violence, 7 femmes témoignent de leur expérience douloureuse. 7 femmes qui se dévoilent après les coups physiques, psychologiques ou socio-économiques qu’elles ont dû encaisser au gré de leur volonté. 7 portraits qui nous enferment en 4 temps dans une bulle de laquelle on ne ressort pas indemne. Médecins du monde ne veut pas nous choquer, mais bien nous informer.

– La performance de la comédienne Valérie Thomas constitue le premier temps. « Dix moi de chaire, Dix moi de chiffon » est un spectacle d’art vivant « pour porter témoignage, pour porter stigmate. » L’artiste ne se veut pas provocante. Elle nous immerge dans un monde qui dérange, un monde finalement pas si loin du nôtre dans lequel les « violences invisibles » sont toutes aussi marquantes que les « violences visibles ». 10 corps inertes exposés dans des sacs sont étendus sur un fil à l’entrée du parvis ; 10 poupées de chiffon sont présentées dans de vulgaires sac de provision. Un poste de télévision retransmet la représentation de Valérie Thomas. Derrière, un escalier. On entre à notre tour dans le sac, dans cet espace clos qui nous grignote.

– L’exposition des photographies extraites des reportages du photographe Lâm Duc Hiên est le pilier central de la visite, le second temps. Sur leurs épaules, des mannequins blancs sans visage portent les portraits de femmes bafouées, blessées, traumatisées. Un support neutre pour que brillent les sujets. A leurs pieds, des sacs sont attachés. Le mot « violence » figure sur ces « boulets » qu’elles devront traîner toute leur existence. Des panneaux sont là pour nous rappeler les formes que peuvent prendre ces violences : « La violence touche 15% à 70% des femmes selon les sites ». Disposés en cercle, les mannequins nous entrainent dans un tourbillon de témoignages. Difficile de s’y retrouver. On se perd dans les dédales de la violence sans pour autant trouver d’issue.

– Au fond de la pièce, un « espace intime en tulle », abri de fortune qui nous emmène d’une bulle à une autre où l’on se sent encore plus à l’étroit. Le spectateur découvre ici l’œuvre du photographe humanitaire Lâm Duc Hiên qui a accepté de collaborer pour la bonne cause avec Médecins du Monde. J’ai fait le « choix d’un cadrage serré pour éliminer l’environnement et saisir l’essentiel. » On se laisse submerger par les 7 témoignages poignants de ces femmes rencontrées aux 4 coins du monde.

– Une production sonore rend l’immersion totale. La voix de femmes brisées sort du silence. Voir c’est une chose, entendre en est une autre. Sur un fond de piano dont le tempo va crescendo, 7 récits nous sont contés par une narratrice simplement là pour traduire, pour « rendre compte. »La voix rauque de la comédienne aggrave le propos, renforce l’émotion.

Nicaragua, Guatemala, Haïti, République démocratique du Congo, Pakistan, Moldavie, France… On voyage de continent en continent mais on reste enfermés dans le même monde, celui de la violence. Médecins du monde nous enferme dans une pièce aux dimensions réduites pour recréer cette bulle dans laquelle Cynthia, Lisbeth, Oxanna, Narguis, Ngani, Rosa et Lunis vivaient quotidiennement. Quelles soient violées par des soldats ou par les frères de leur mari, battues par leur conjoint, contraintes au travail forcé, rongées par des conditions de travail précaire ou filles de la rue, Médecins du Monde tentent de les aider à briser le silence, à sortir de leur bulle au contour épais.

L’esthétique des clichés et l’organisation des lieux font de « Femmes, après coup » une exposition loin de tout pathos ou récits larmoyants. La création artistique propose plutôt qu’elle n’impose. Elle est là pour « informer », pour « témoigner » et non pour choquer.

« Femmes, après coup », une installation photographique à partir des reportages de Lâm Duc Hiên,organisée par Médecins du Monde en partenariat avec la Mairie de Paris et l’Agence Française de Développement (AFD), jusqu’au 24 avril, de 10h à 19h, Hôtel de ville de Paris, accès parvis-75014 Paris – Entrée libre

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Cecile David

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