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Zürich multiplie son offre artistique

Zürich multiplie son offre artistique

17 août 2019 | PAR Sabina Rotbart

A Zürich, l’art est omniprésent. A la gare où Nicki de Saint Phalle vous accueille, dans certains parcs, certains restaurants, et même à l’hôtel. Il est aussi présent au Pavillon Le Corbusier, juste rouvert, dans les 50 musées, les 100 galeries et jusqu’au quartier alternatif. Bref, l’art vibre dans la cité même quand les financiers sont aux bains !

Ville accueillante pour les artistes, berceau du mouvement dada, cité où Picasso et Chagall réglaient leur repas chez Kronenhalle d’une toile, Zürich renouvelle son offre artistique.

Cet été, le Pavillon Le Corbusier rouvre. Ses façades polychromes joyeuses comme un jouet d’enfant viennent juste d’être restaurées. On connaît mal en France cette maison-lieu d’exposition qui fut la dernière construction de l’architecte né à la Chaux-de-fonds. La réouverture, après plusieurs années, de ce site emblématique, s’est faite dans le contexte des interrogations soulevées par l’antisémitisme du créateur qui remettait en question le classement par l’Unesco de l’ensemble de ses oeuvres. Les responsables suisses ont demandé une étude sur le sujet à l’historien Jean-Louis-Cohen. Il reste encore à multiplier les recherches autour de ce qui était sans doute davantage qu’un opportunisme généralisé.

Perpétuelle question de l’œuvre et des choix éthiques de l’artiste, il n’en reste pas moins que l’idéologie de Jeanneret relève d’une optique totalitaire, un « plan dictateur » devant servir de cadre de vie aux masses populaires vécues comme nettement indociles, mais que son œuvre est une étape incontournable de l’architecture moderniste. Débats, ateliers et manifestations artistiques trouveront là une place de choix.

La maison-atelier échappe forcément à ce carcan collectiviste. Posée dans un parc somptueux qui borde le lac de Zürich, cette création ultime, sorte de testament architectural, commencée en 1964, présente un résumé de son vocabulaire. Le visiteur y retrouve donc le célébrissime Modulor (nombre d’or en rapport avec la taille d’un être humain), le béton brutaliste de Chandigarh, la rampe conçue comme un lien, le modèle des poignées de porte de l’immeuble du Fada à Marseille, et la construction préfabriquée encore impossible avant cela.C’est aussi le seul en verre et acier.

Chaque année une exposition thématique va animer l’endroit. Cette année, Mon univers présente les collections personnelles de l’architecte, des films, des objets fétiches. On comprend qu’un simple crabe trouvé à Long Island a servi de forme inspirante pour la toiture de la chapelle de Ronchamp. (www.pavillon-le-corbusier.ch. Höschgasse 8. Attention, le bâtiment, non chauffé, est ouvert de mai au 17 novembre).

Zürich, haut-lieu de la typographie
« Seul l’extérieur du Pavillon a été restauré « précise Christian Brändle qui préside aux destinées de ce lieu comme à celles du très beau musée du design voisin, le Museum für Gestaltung (www.museum-gestaltung.ch, Austellungsstrasse). Créé en 1875, ce musée passionnant recèle la plus belle collection européenne d’affiches, 500 000 pièces venues de l’Europe entière, vantant le circuit de Monza comme les voitures françaises des années soixante. Mais aussi une très riche collection de design étonnante pour un public français et particulièrement féconde dans le domaine de la typographie.

On découvre ainsi que la police de caractères utilisée dans le métro parisien, la fameuse Helvetica, célèbre dans le monde entier, a été créée ici par Max Miedinger, graphiste chargé en 1956 d’imaginer une nouvelle typographie. Zürich, les français l’ignorent souvent, est une ville de pointe pour le design, l’architecture et la photo (Burri s’est formé ici). Aussi, en septembre, durant un week-end, maisons particulières, églises, musées construits par des architectes célèbres sont ouverts à la visite(www.openhouse-zuerich.org. Bientôt le musée des beaux-arts et les bains de Baden vont être eux agrandi (pour le premier) et remodelé (pour le second).

Au musée Rietberg, une exposition sur le miroir dans l’art
Impossible de sillonner en un seul grand week-end les 50 musées de Zürich, mais à la belle saison le musée Rietberg, lové au milieu d’un parc délicieux (avec une petite cantine hautement recommandée pour ses gâteaux !), est une excellente option. Des jeunes pères en goguette, tous armés de nourrissons et de poussettes, s’y pressent. Ce lieu (www.rietberg.ch, Gablerstrasse 15), qui possède une des plus belles collections européennes d’arts premiers et d’art actuel, d’Afrique, Océanie, Amérique, Asie et Extrême-Orient, présente jusqu’au 22 septembre une exposition foisonnante sur thème du miroir dans l’art. Miroirs, reflet de l’être humain. Parmi l’offre presque trop riche, les auto -portraits au miroir réalisés entre 1920 et 1970 par des femmes photographes, Marianne Breslauer, Claude Cahun Sabine Weiss, Francesca Woodman… séduisent particulièrement, une mise à nu sans pitié de leur rapport au miroir.

Vous aimeriez voir Zürich West, le quartier alternatif de Zürich situé autour d’un immense viaduc où passent encore une masse de trains lourds de leurs marchandises ? A Zürich West, châteaux d’eau, hangars, minoteries, ancienne brasserie Loewenbrau, voisinent avec les boutiques branchées. Dans cet ancien quartier rouge, s’épanouissent désormais 80 boutiques de créateurs, ateliers, galeries. Ici, c’est le fief de Freitag, la célèbre firme de recyclage de bâches de camions, dont les sacs et bourses sont vendus dans le monde entier. Il faut grimper tout en haut du siège social de l’entreprise, des containers superposés, pour avoir une vue panoramique sur le quartier zébré par les rails du chemin de fer. C’est la meilleure façon de repérer les puces de Zürich !

Dans ce quartier ultra-bobo où se tient un week-end du design à la mi-mai (www.kreislaus345.ch), on cherchera l’atelier de couture branchée d’Anne Martine Perriard et on admirera les bijoux de fil d’argent crocheté main de Sascha Loren. Irrésistibles. Tout près, Sphères, un bar littéraire semble le bon endroit pour croiser les lettrés locaux. Seront-ils les mêmes qui se proposent de vous présenter gratuitement leur ville (free walk in Zürich)? Nous n’avons pas la réponse !

Zürich, une ville chère?
Certes elle sait l’être, terriblement. Mais pas toujours.
Elle peut se jouer version économe ou version luxe. Dans la version économique vous logerez dans le 25hours-hotel, (www.25hours-hotels.com, à partir de 100 euros la nuit, petit déjeuner géant inclus). Vous dévorerez des Bratwurst grillées et des röstis de pomme de terre ou des soupes un peu partout. A moins d’être végétarien. Dans ce cas, foncez dans le plus ancien restaurant vegan du monde, Hiltl, tout près de la gare centrale ou mieux, dans leur deuxième établissement niché chez un fleuriste ( très couru, venir en décalé, Blumen kramer, dans Talstrasse 62). A moins de fréquenter la cantine accessible à tous de la Haute école d’art (Hochschule der Kunste, toujours dans le quartier West)… Vous pourrez aussi sans vous ruiner aller se baigner dans les piscines sur la Limmat, les badis, ou faire du vélo le long de ses rives aménagées.

Mais l’économie permet aussi de se lâcher fort à propos. Au Razzia (www.razzia-zuerich.ch), restaurant situé dans ce qui était le plus grand cinéma de Zürich début XXème, post-hollywoodien, dj et vidéo hilarante inclus (des girafes trapézistes !). Ou à la Salle (www.lasalle-restaurant.ch), très fun aussi, situé dans une ancienne fabrique de barques. L’endroit accueille une antenne du théâtre municipal et un club de jazz réputé, the Mood).

Enfin, deux incontournables, engloutir un émincé de veau à la crème au Kronenhalle (www.Kronenhalle.ch) et aller prendre un cocktail au Park Hyatt (www.hyatt.com), l’hôtel le plus chic de la ville, mais surtout un véritable musée. Vous siroterez face à la dernière œuvre de Sol LeWitt et pourrez admirer dans les espaces publics 91 pièces des plus grands peintres et sculpteurs modernes et contemporains (Chillida, Hartung, Poliakoff..). Cerise sur le Park, la collection n’est pas figée, mais s’accroit sans cesse. Une œuvre autour du net vient d’y être installée.

Pour y aller : www.tgv-lyria.com, Zürich est à 4 h de Paris

La Zürich card, pour 24 ou 72 h, réductions dans les musées, transports urbains gratuits et funiculaire.

Informations sur www.zuerich.com

Sabina Rotbart

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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