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[Tour de Web] Le Grand Pardon

[Tour de Web] Le Grand Pardon

05 octobre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les Juifs viennent de sortir de 25 heures de jeûne à l’occasion de Yom Kippour, le jour du Pardon qui vient définitivement de les faire entrer dans le cycle de la nouvelle année. Mais le pardon, dépasse les cadres de cette fête et a fait ces derniers temps une arrivée massive dans les médias et sur la toile. Tour de web d’un concept bien occidental.

Le pardon, une arme politique

Si tu demandes pardon, je ne serai plus fâchée peut dire une mère à son jeune enfant, et entre les élus et les citoyens, les rôles s’inversent souvent, les parents sont étonnamment du côté des électeurs. Il y a peu René Marratier, le maire de La Faute-sur-Mer a dit vouloir « demander pardon » aux victimes de la tempête Xynthia. Il y a déjà 10 ans, Paul Valadier écrivait dans la Revue Projet « Il existe alors une influence indirecte, ou symbolique, du pardon sur la sphère de la justice ». Thomas Thevenoud, a dans un communiqué, demandé pardon : »Je comprends la déception et la colère de celles et ceux qui, militants du Parti socialiste, sympathisants de gauche, électeurs de Saône-et-Loire, m’ont fait confiance. Je leur présente mes excuses ». Mais… l’ex secrétaire de l’Elysée ravale vite sa salive :  » Si j’ai manqué à mes obligations fiscales, je n’ai jamais commis aucune infraction pénale ». Des excuses oui, mais fines.
Du côté des hommes politiques, ceux qui s’excusent le plus sont les plus hauts placés, mais ils le font entre les lignes. L’ancien et surement futur Président Nicolas Sarkozy, lors de l’ annonce de son retour en politique a déclaré avoir « des regrets » employant le très politique futur antérieur «  »j’aurais dû avoir l’idée d’un Schengen II plut tôt ». Et à François Hollande d’avouer « C’est pas facile »

Le pardon, un ordre

« Les musulmans doivent-ils s’excuser de l’existence des djihadistes? demande l’Express. On est tenter de rire en répondant non bien sur, et pourtant, les manifestations de ces derniers jours nous ont fait mentir. La réponse est oui. Des citoyens de religion et/ou de culture musulmane ont arboré un #notinmaname assez délirant visant à prouver qu’ils n’avaient rien à voir avec des serials killers. Charlie Hebdo s’en amuse, relayé par Le Figaro, en présentant un Mahomet jugé non conforme à l’islam par un islamiste. Dans un parallèle aussi choquant, on a aussi vu des manifestations en solidarité avec Israël cet été. L’acte était peu lisible, alors que l’antisémitisme flambe, pourquoi ne pas manifester contre les attaques qui ont fusé lors de manifestations qui prenaient pour prétexte  Gaza ? Ici, la solidarité avec un pays quel qu’il soit n’est pas du pardon mais de la justification. Cela montre qu’il est fréquent de prendre parti pour des faits qui ne vous attendent pas. En témoigne la multiplications d’actes virtuels comme les pétitions  du type All Out qui permettent de mobiliser rapidement mais aussi en surface pour des causes essentielles.

Il est bien là le nœud de la question du Pardon. Il s’agit de faire bien, de se dédouaner aussi. On se souvient des aveux de Bill Clinton, qui ayant menti au sujet de son infidélité, a été condamné à 25 000 dollars d’amende et à la suspension de son autorisation à plaider en tant qu’avocat dans l’Arkansas durant cinq ans. Dominique Strauss Kahn lui a aussi demandé pardon, le 29 août 2011, lors de sa visite au Fonds monétaire international à Washington. Selon Le Monde, il déclare qu’il souhaite « s’excuser » pour ceux qui ont souffert à cause de sa propre « erreur ».

En politique, puisque c’est là que le pardon opère, il intervient comme un soulagement suivi d’un laisser-passer. Demander le pardon c’est ici l’obtenir, passeport pour des élections à venir.

Visuel : capture d’écran http://iqra.ca/

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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