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Sobanova Dance Awards : le collectif Masdame a la cote

Sobanova Dance Awards : le collectif Masdame a la cote

13 juin 2022 | PAR Jane Sebbar

Vendredi soir dernier, le Carreau du Temple a accueilli la 6e édition des Sobanova Dance Awards. Une sélection de huit compagnies émergentes toutes aussi talentueuses les unes que les autres. Un voyage éblouissant, à la croisée de la danse classique, contemporaine, des arts urbains, visuels et dramatiques. 

Un brouhaha joyeux. Dans le public, des jeunes amateurs qui rêvent, des professionnels plus âgés qui rêvent aussi. Du hip-hop à gogo. Une trentaine de danseurs s’étirent sur scène. Un animateur volubile veut faire le show. “Eteignez vos objets lumineux qui séjournent à l’intérieur de vos poches et qui vous relient à l’absurdité du monde”. Les membres du jury défilent devant le public, aussi gracieux et modestes que la reine d’Angleterre … LET’S DANCE !

La nouvelle scène chorégraphique 

“So” comme Sophie Amri, “ba” comme Barbara van Huffel, deux passionnées de danse qui ont fondé les Sobanova Dance Awards il y a six ans. Chaque année, le concours offre une sélection de huit compagnies émergentes. Le but, c’est de soutenir les espoirs de la nouvelle scène chorégraphique. Les jeunes artistes sont invités à partager leur travail sur un grand plateau, devant un large public et en présence de professionnels (chorégraphes, programmateurs, directeurs de théâtre et de festival). Le lauréat du Grand Prix Sobanova bénéficie d’un financement et d’un accompagnement personnalisé de l’association sur la saison suivante. Chaque membre du jury décerne également son prix, proposant ainsi un accompagnement sur mesure au talent de son choix. 

Un voyage kaléidoscopique 

Un aperçu de la créativité et de l’hybridité d’une nouvelle génération d’artistes chorégraphes. Chacune des huit compagnies sélectionnées se réapproprie les codes de la danse classique et contemporaine pour en dépasser les limites. Un laser rouge dessine les contours des corps recroquevillés de Xuan Le et Elodie Allary plongés dans l’obscurité du plateau. Un travail plastique intriguant sur la matière et ses limites. Puis, la lumière découvre une Elodie Allary sur pointes et un Xuan Le en patins à roulettes. Le décalage est saisissant mais il fait sens. La technique rigoureuse de la danseuse étoile embrasse le pas ample et élastique du professionnel du freestyle et du slalom. Une mosaïque de tableaux qui peuvent s’imbriquer et qui proposent plusieurs déclinaisons du thème de la dualité de l’être. 

Les traces d’une époque 

Une nouvelle génération de danseurs qui s’emparent des problématiques de leur époque avec incandescence. Souvent la musique s’éteint et les artistes continuent de danser. Demeure alors le souffle effréné des danseurs. C’est la musique originelle qu’on entend, celle du corps. “Cellula” d’Anthony Despras naît d’un besoin d’extérioriser une rage post-COVID que personne n’arrive vraiment à définir. Onze danseurs, des hommes uniquement, tombent et se relèvent sans cesse sur le rythme de “Shades”, signé Dark Sky. “Tout devient désordonné, on s’embarque dans une folie, jusqu’à l’épuisement”. La jeune chorégraphe Juliana Kis, quant à elle, propose une réflexion sur la violence à l’égard des femmes et mise sur un manifeste pour l’égalité des genres. “Entrelacées”, c’est un quatuor de danseuses qui entrelacent leurs cheveux et qui s’entrelacent les unes avec les autres. Le motif de la tresse guide la chorégraphie du début à la fin, exploitant les potentialités et les absurdités de la féminité.

Le collectif Masdame a la cote 

La compagnie qui a retenu l’attention, autant celle du jury que celle du public, c’est le collectif Masdame fondé par Armande Senseverino et Gaël Germain. Deux danseurs-comédiens qui avancent ensemble sur le chemin de l’absurde. Leur première création “En pièce-jointe” a ravi le cœur des spectateurs de part son humour cinglant et sa polymorphie artistique. On assiste à un entretien d’embauche entre un employeur macho et une secrétaire hystérique. Les enjeux de pouvoir et de séduction sont dénoncés au travers d’une danse répétitive et dysfonctionnelle. Tout bug. Les danseurs se transforment en robots. Ils semblent inscrits dans un logiciel en pleine obsolescence programmée. Ce logiciel, c’est le monde du travail, c’est la société elle-même. 

« Vous avez encore de la musique en vous » 

Après délibération du jury, les apprentis chorégraphes se réunissent sur scène pour la remise des prix. Le collectif Masdame fait consensus. La décision a été difficile à prendre, mais le critère ultime était celui de la surprise. Armande Senseverino et Gaël Germain nous ont surpris. Ils nous ont montré que la danse est là même où on ne l’attend pas forcément. Tous les danseurs rejoignent leur chorégraphe. On les acclame. On fait des photos, plein de photos. La cérémonie se clôt par une sorte de spectacle de rue improvisé. Les artistes forment un cercle sur la scène, chacun son tour fait irruption au milieu du cercle et montre ce qu’il sait faire. Du breakdance, des cascades, des roulades … L’animateur agaçant qui nous a écorché les oreilles tout au long de la cérémonie ne peut s’empêcher d’avoir le mot de la fin : “Vous avez encore de la musique en vous. Donc vous n’êtes pas vieux”. Une jeunesse débordante d’idées qui nous communique un élan créateur et qui suspend le temps, seulement pour quelques heures. 

Visuel : © Amy Gibson 

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Jane Sebbar

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