Danse
« Forces de la nature », randonnée poétique avec Ivana Müller

« Forces de la nature », randonnée poétique avec Ivana Müller

13 juin 2022 | PAR Capucine De Montaudry

À l’occasion du festival Latitudes contemporaines, cinq protagonistes montent sur scène avec leur personnalité, leurs anecdotes et quelques morceaux de cordes. Avec Forces de la nature, Ivana Müller offre une excursion surprenante et drôle, d’une grande profondeur sous une apparente simplicité. 

Tout commence avec l’arrivée des personnages, trois hommes et deux femmes. Ils sont accrochés les uns aux autres avec des cordes et des mousquetons. Ils parlent de tout et de rien, de leurs opinions, se racontent des histoires. D’emblée, chacun laisse apparaître sa propre singularité. Plus ou moins rêveurs, cyniques, ironiques ou imposants, ils forment ensemble un équilibre que leurs mouvements sur scène traduisent. 

En parlant, ils déroulent des cordes de couleur qu’ils disposent en quadrillage sur le sol. Ils les nouent ensuite aux endroits où ils se croisent. Une barre est suspendue en l’air : lorsque l’un des personnages entreprendra d’y accrocher la structure posée au sol, une montagne de fils s’élèvera, hissée par une cordent qu’ils tireront tous ensemble. 

La montagne est un effet visuel mais aussi un élément central de la diégèse. Le spectateur comprend en effet qu’il s’agit d’un périple tandis qu’ils avancent et évoluent sur scène : brusquement, l’un deux pousse un cri et déclare qu’il ne peut continuer car il s’est fait mal. Avec leurs liens, ils forment un brancard car ils refusent de l’abandonner. Ils se faufilent dans la structure comme dans des grottes et des galeries souterraines. Peu à peu se dévoile le paysage d’un univers très symbolique où de simples fils de couleur forment une montagne, elle-même un lieu commun de la réflexion philosophique et spirituelle. 

« La pièce est une réflexion sur l’interdépendance et sur les mouvements de groupe, physiques et sociaux ou politiques » 

En à peine une heure, les protagonistes avancent, font corps ; ils créent un espace-temps où le mouvement est une nécessité. L’un d’eux nous fait part de ses conceptions sur l’immobilité. Pour lui, elle est symbole du dépérissement, de la corruption de l’être. Il faut toujours être en mouvement pour maintenir une forme de stabilité et l’évolution est nécessaire. Dans Forces de la nature, c’est un mouvement vital et bâtisseur. Nous atteignons le sommet de la montagne, celui pour lequel l’on risque parfois de se perdre. 

L’évolution des personnages est lente et laborieuse. Ils nous laissent savourer des répliques pleines d’humour. Ils sont toujours obligés de se situer les uns par rapport aux autres : en effet, leurs mouvements et leur conversation sont un jeu constant d’équilibres. Curieusement, il n’y a pas de rapports de force. Le soin porté à l’autre et le groupe sont une priorité, sans que cela annihile l’individualité de chacun. La communauté représentée par Ivana Müller est presque utopique.  Les deux personnages qui menacent de rompre ce lien le font par peur, mais sont vite réintégrés ; ils retrouvent leur place avec beaucoup de chaleur et de douceur. 

Ce spectacle est d’une grande humilité et d’une justesse attendrissante. Les forces de la nature, ce sont celles qui nous poussent à explorer et à gravir. Ce sont aussi celles qui se réinventent et s’équilibrent avec le groupe. Les cinq protagonistes se trouvent et se fondent dans leur environnement, ils font corps sur scène avec le monde qu’ils ont créé. 

Visuel : Forces de la nature, Ivana Müller, © Alix Boillot. 

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Capucine De Montaudry

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