Marché de l'art

L’AKAA 2019 clôture sa 4ème édition au Carreau du Temple !

L’AKAA 2019 clôture sa 4ème édition au Carreau du Temple !

13 novembre 2019 | PAR Chloé Coppalle

Depuis quatre ans, la foire d’art et de design contemporain africain, dit Also Known as Africa, ou AKAA Art Fair, ouvre ses portes aux galeries et artistes du monde entier pour mettre à l’honneur toute une scène artistique encore difficilement représentée par le marché de l’art. Un programme absolument incontournable qui cette année a porté le thème de la ville !

Côté photographie, ce week-end était chargé ! Médium central du Paris Photo 2019, il était aussi à l’honneur à l’AKAA ! Abordé d’entrée de jeu par la galerie Number 8, exclusivement en ligne et basée à Bruxelles, les quatre premiers photographes ont mis la barre très haut. La directrice de la galerie, Marie Gomis-Trezise était présente pour nous parler du projet : vouloir représenter une scène artistique jeune, pouvant travailler sous différents médiums, un esthétique abouti. Et les artistes présentés, Kyle Weeks, Djeneba Aduayam, David Uzochukwu et Mous Lamrabat ont su relevé ce défi. Univers visuel épuré, compositions stylisées faisant penser pour certaines à des photographies de mode, le stand valait franchement le détour. Dans un autre style, mais toujours avec style, le Guzo Art Projects fit découvrir Osborne Macharia ! Photographe kenyan autodidacte, il présenta un ensemble de clichés mettant en scène deux personnes âgées, un homme et une femme, dans des poses décalés. Lookés comme jamais, les deux modèles posent avec humour comme s’ils avaient vingt ans de mois, comme une sorte de « revival » ! Baskets, torse nu, tenant un skate derrière la tête, ou sur-maquillée, les images sont décalés, drôles et bien composées ! 

Mais surtout, tout comme à la FIAC 2019, la peinture était largement présente à l’AKAA 2019 ! Pour les amoureux du dessin, le jeune artiste Léonard Combier, chez Lara Sedbon et Boris Nzebo à la Galerie MAM ont marqué cette quatrième édition en exposant du trait, du tracés et encore du trait, le tout réalisés sur grand format ! La Ville surprise II de Boris Nzebo tranche avec des traits noirs et blancs réalisés par des coups de pinceaux précis contournant les figures, face aux peintures grands formats de Ngimki Bakambana Luve, Galerie Atiss Dakar située à côté de la Galerie MAM, qui au contraire, donnait toute sa forme à des couleurs affirmées ! Le travail de la couleur, c’était aussi celui de Tegene Kundi sur le stand du Guzo Art Projects. L’artiste travaille la couleur en la compartimentant en espaces carrés ou rectangulaires, par superposition. Une couche de rouge est peinte après avoir posé une couche de vert et ainsi de suite jusqu’à obtenir une matière colorée dense et dont le ton sera imprévu. En ce qui concerne les représentations abstraites, l’artiste Osi Audu était exposée par l’espace Sakhile&Me, dans un ensemble de toiles matérialisant la philosophie yoruba d’Ori Inu, caractérisant la « tête intérieure », avec des formes influencées par les coiffes d’Afrique de l’Ouest. La coiffe, habillant la tête, est symbolisée par des formes géométriques simplifiées pour parler de la conscience de soi et à soi. Plus le regard est posé sur les formes, plus elles semblent se détacher de la surface de la toile, les espaces intérieurs blancs des formes colorées qui semblent s’affronter dans l’œil. Dans un style plus figuratif, la galerie Angalia expose Tsham et son oeuvre La rencontre des cultures réalisée au stylo à bille, dans laquelle il représente une statue en bois face à un Balloon Dog rose de Jeff Koons. Cette oeuvre reprend la même composition que celle proposée par Man Ray pour la couverture de la revue 391, éditée par Francis Picabia, dans laquelle une statue baoulé de Côté d’Ivoire est placée face à une sculpture féminine occidentale classique, tenant une fleur. L’opposition des esthétiques et le questionnement des hiérarchies est repris par l’artiste congolais qui travaille beaucoup sur les codes établis par les grandes œuvres occidentales, comme il le fit déjà avec Les demoiselles d’Avignon, nommée Les demoiselles du Congo, en 2015.

Côté béninois, la série photographique « Voodoo » de Bruno Cattani, à l’espace VisionQuesT 4rosso, immortalise des moments appartenant aux rites vaudou effectués entre le Bénin et le Togo. Les images sont rehaussées par un cadre imprimé sur tissu, peut-être de la Wax, dont le choix des couleurs et des motifs mettent en valeur les compositions photographiées. Juste à côté, Julien Vignikin était représenté par la Galerie Vallois, spécialisée dans l’art contemporain béninois. Pour l’occasion, l’artiste né à Ouidah vivant en Bourgogne, exposa des sculptures murales réalisées avec des douves de tonneaux récupérées dans les domaines viticoles de la région pour créer un motif du masque. Mais l’oeuvre qui marqua l’événement fut Migrant II, dont les morceaux de cuir dessinant un visage sur des traces de peinture rouge et noir, soulève le thème de la ville sous son aspect le plus politiquement actuel.

Les questions politiques et sociétales font parties du travail de Julien Vignikin, abordant un autre thème récurrent dans le parcours de cette quatrième édition : le numérique. Dans la sculpture intitulée Le penseur – (i)monde, 2019, l’artiste parle cyniquement de la place du numérique au quotidien. Alors que des idées de tables connectées existent déjà chez certaines grandes entreprises, il réalise une table bancale, basculée d’un côté, recouverte d’éléments informatiques empêchant la moindre utilisation. Derrière le stand de la galerie Vallois, se tient Maurice Mbikayi, représenté par la Artcogallery, qui matérialise ce même malaise. Il réalisa des sculptures d’enfants recouverts de touches de clavier, ainsi que des costumes dans le même style, qu’il met ensuite en scène dans des grandes photographies sobres, où l’artiste, déguisé en bourreau, présente un portrait sombre des conséquences de ce numérique très présent.

Enfin, au niveau du design, les amateurs ne sont pas restés en reste, même s’il était bien minoritaire par rapport à la peinture ! La table en bois du designer Louis Bos était exposée à galerie venue des Pays-Bas, Nuweland. La surface de l’objet est recouvert de sortes de pyramides qui renvoient aux maisons Kasséna, région située entre le Burkina Faso et le Ghana. Les individus vivent dans des maisons représentant chaque étape de la vie : célibataire, marié, etc. Les façades sont recouvertes par des motifs géométriques rouges, noirs et blancs, que seules les femmes ont le droit de réaliser. Sur ces éléments géométriques recouvrant la surface de la table sont posées des tablettes de bois adaptées à ces creux. Les utilisateurs placent les tablettes où ils le veulent selon leur utilisation, permettant d’intervenir dans l’esthétique final du meuble. Les bois utilisés sont le dibétou, noyer, et l’iroko, entre autre. Toujours au Burkina, la Maison Intègre travaille avec trois ateliers situés à Ouagadougou, et expose notamment l’Echo Lamp de Brendan Ravenhill réalisée en 2019 à partir de bronze récupéré sur des lavabos et selon la technique à la cire perdue. L’esthétique sobre apporte une ambiance reposante et des finitions abouties.

Bien que certains travaux répondaient explicitement au sujet, la ville n’était pas le sujet porté par tous les espaces. Mais peu importe, car de belles découvertes marquèrent cette quatrième édition, tant sur la couleur, les recherches formelles ou les questionnements contemporains ! 

Visuel : en tête, affiche

– 193 Gallery, HAJJAJ Hassan, Asheber, 2014, Metallic Lambda on 3mm dibond
– AFIKARIS, NKOT Jean David, www.ghost of space__.com,100x100cm,é019
– Lara Sedbon – COMBIER, Léonard, Sans-titre, 1200×1740, @Leonard Combier
– VOICE Gallery, M’Barek Bouhchichi – Moroccan pattern #3, 2018 – acrylic on rubber
– VisionQuesT 4ross, CATTANI Bruno, Costume for a Gelede mask, 2019
– Bamako Art Gallery, DIALLO Cheick, Fauteuil Sansa, métal et fils de nylon, 80x80x80
– AFRICAN ARTY – GUIBINGA Yannis, The darkest color, 2017
– Guzo Art Project – KUNDI Tegene, Untitled 10, 2018, acrylic paint on canvas, 45x45cm
– Guzo Art Project – MACHARIA Osborne , Kabangu 4 of 4, 2019
– Galerie Vallois, VIGNIKIN Julien, Masque XXVI, 2019, douves de tonneaux et acrylique, 95x75x19cm
– Galerie Number 8 – ISHA Napari
–  B’zz Studio – TOBE Geraldine, Ma renaissance, canvas, fumée, acrylique, 150×100
– Sakhile&Me – AUDU Osi, Self-Portrait after Bakuba Mask, 2019
–  Artco Gallery – BOEHM Marion, PHOTO SAFARI, 2019, Collage, 2884mm
– AFRICAN ARTY – TOUAM Maya Ines
– Galerie Angalia – Tsham, La rencontre des cultures, 2018, stylo à bille sur papier canson, 84×120

The beautiful ones – les mémoires inachevées de Prince
La rédaction vous dévoile ses coups de coeur de l’AKAA 2019 !
Chloé Coppalle

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