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Les mots de Charb font toujours polémique

Les mots de Charb font toujours polémique

31 mars 2017 | PAR Laetitia Zicavo

Les paroles de Charb, rédacteur en chef de Charlie Hebdo tué lors des attentats début 2015, dérangent toujours semble-t-il. Son pamphlet Lettre aux escrocs de l’Islamophobie qui font le jeu des racistes avait été publié de façon posthume, trois mois après son assassinat. Son adaptation théâtrale a été récemment reportée par l’université Lille II, son président craignant des « risques de débordements« . Elle a également été refusée par deux salles au festival off d’Avignon, pour des raisons artistiques cette fois-ci. 

Déprogrammé à Lille

Une lecture spectacle du texte devait avoir lieu dans une salle de l’université de Lille, mardi dernier, et être suivi d’une discussion avec Marina Bret, DRH de Charlie Hebdo. Le président de Lille II, Xavier Vandendriessche, l’a fait déprogrammé, justifiant son choix auprès du journal La Voix du Nord :

« Ce n’est pas ma philosophie, ma philosophie c’est d’ouvrir les portes. Mais j’ai craint les débordements, le climat et l’ambiance sont si lourds. Je sais qu’on est un peu complice en agissant de la sorte et ça m’emmerde, mais j’ai préféré annuler ou plutôt reporter. Ce qui est une facilité de vocabulaire, même si qui peut dire quelle sera la situation en septembre ou octobre ? »

Une autre représentation prévue à Lille le 2 mai dans des locaux utilisés par la Ligue de Défense des Droits de l’Homme (LDH) s’est vu annulée par la branche locale de l’organisation, avant d’être reportée à un autre endroit. Un post facebook de la LDH Lille confirme le prêt d’une salle par le conseil régional.

Simplement pas retenu à Avignon

Le moins que l’on puisse dire c’est que cette annulation a créé un sentiment de gêne, d’autant plus qu’elle ne vient pas seule. La lecture des textes de Charb devait avoir lieu dans plusieurs villes dans le cadre du Off d’Avignon. Deux théâtres n’ont cependant pas retenu le spectacle dans leur programmation, pour des raisons artistiques. Le directeur de La Manufacture à Avignon se défend de toute accusation en expliquant à l’AFP que :

« Ce spectacle n’a pas été déprogrammé, il n’a tout simplement pas été retenu. Le dossier du spectacle était très succinct, trois pages, pas de vidéo, et nous n’avions pas de possibilité d’aller le voir. Nous avions des doutes sur la qualité artistique du spectacle […] On n’allait pas faire du Charlie pour faire du Charlie, pour le buzz« .

Des refus qui choquent Marika Bret et Gérald Dumont, le metteur en scène. Déjà présenté une quinzaine de fois en public, l’oeuvre n’avait jusqu’à présent rien suscité d’autre qu’un « vif intérêt« . Si le Festival d’Avignon ( IN) avait, en 2015, rendu hommage au journaliste décédé, avec l’invitation faite à Charlie Hebdo de participer aux Ateliers de la pensée, rien n’a été fait depuis pour raviver sa mémoire et ses paroles. Après un élan exceptionnel de solidarité nationale, les soutiens commencent donc à disparaître. Un nouveau défi pour le journal satirique qui ne cesse de faire polémique.

Visuel : © CC/Françoise C

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Laetitia Zicavo

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