Politique culturelle
Valentine Baudouin, Founder’s Future : « Il y a un véritable besoin de recommandation et d’accompagnement pour avoir accès à l’offre culturelle ». 

Valentine Baudouin, Founder’s Future : « Il y a un véritable besoin de recommandation et d’accompagnement pour avoir accès à l’offre culturelle ». 

04 juin 2020 | PAR Zeliechloe

Mi-avril 2020, a été lancé le Founder’s Future Act. Il s’agit d’une enveloppe globale d’un million d’euros pour financer, jusqu’à 75.000 euros, l’amorçage de projets à impact en période de COVID19, partout en France et jusqu’à la fin de l’année 2020. Cet « Act » fort s’adresse à tous les « doers » qui ont des projets pour faciliter, accélérer et multiplier des projets essentiels, en y incluant bien sûr la culture. Valentine Baudouin, associée de Founder’s future nous parle de la manière de financer la reconstruction.

Qu’est-ce qu’un venture studio ?

Un venture studio c’est la contraction de « venture capital » et de start-up studio. Nous faisons deux métiers chez Founder’s Future ;  financer l’investissement dans des jeunes entreprises pour les aider à se développer sur les premiers mois en étant le premier investisseur derrière les fondateurs. C’est ce qu’on appelle le venture capital. Pourquoi venture ? Parce qu’il y a vraiment la notion d’association, on devient plus un associé qu’un investisseur. Quant à la partie studio de notre métier, elle découle de notre positionnement : nous sommes un fond d’entrepreneurs qui aide les entrepreneurs et pour maintenir cette promesse, nous continuons à créer des sociétés. Le start-up studio, c’est quand l’idée vient de nous, ainsi que tout le développement des premières étapes. Et ensuite nous allons sur le marché pour trouver des co-fondateurs et c’est là où la boite prend son envol.

Depuis combien de temps Founder’s Future existe-t-il ? Qui sont les membres de l’équipe ?

La structure a été créée, il y a un peu plus de 2 ans et demi, par Marc Ménasé qui est un serial entrepreneur et un serial investisseur. À l’origine, c’était vraiment la concrétisation de son métier de Business Angel ; il le faisait de façon active, mais peut-être moins structurée qu’aujourd’hui. Il a voulu, à une étape de sa vie, professionnaliser sa démarche, et donc s’entourer d’une équipe qui comporte aujourd’hui six personnes. Ensemble, nous avons réalisé une trentaine d’investissements et un premier start-up studio : la marque de complément alimentaire sur abonnement qui s’appelle « Epycure« . 

Comment est née l’idée de Founder’s Futures Act ? 

En fait, Act existe déjà chez Founder’s futur, à travers un programme qui s’appelait Founders Future Start, du côté de l’activité « Venture capital ». En général, nous investissons dans des sociétés qui lèvent entre 500 000 euros et un million cinq, c’est-à-dire des sociétés qui sont peut-être au tout début de leur vie, mais aussi un peu matures. Et nous nous sommes rendu compte assez vite qu’en fait, il y avait beaucoup d’entrepreneurs qui n’avaient pas besoin de tant d’argent au début. Mais qu’ils pouvaient lancer l’activité avec des premiers tours allant de 150 000 à 300 000 euros, ce qu’on appelle souvent aussi la « Love money ». Nous ne pouvions pas nous intégrer à ces premiers tours avec notre activité classique de venture, alors qu’on avait souvent très envie de participer à l’aventure entrepreneuriale. Il nous a donc fallu une poche d’investissement très flexible. Et c’est comme cela que nous avons créé « Founders Future Start » pour de jeunes entreprises qui ont besoin de lever entre 150 mille et 300 mille euros, qui ont trouvé quelques Business Angels mais qui ont besoin encore d’un investisseur pour finir leur premier tour et surtout pour préparer celui d’après. C’est là que nous mettons jusqu’à 75 000 euros de façon très flexible.  

« Flexible » c’est à dire pas de dossier de deux mois à préparer avec business plan sur  5 ans ?

Justement non. Nous nous rencontrons, l’entreprise vient nous présenter son projet, on voit si y a un feeling. Au lieu de demander un business plan à 5 ans ou quoi que ce soit, ce qui est d’ailleurs de toute façon de la science-fiction, nous  nous demandons plutôt comment apporter de la valeur à cette jeune entreprise. Il y a une ou deux rencontres, et si le contact passe, nous investissons selon les termes de l’entrepreneur pour nous insérer dans un tour comme on l’aurait fait si on était un Business Angel. Et ensuite, nous nous mettons au travail pour que l’entreprise prospère.  

Et Flexible, veut aussi dire adapté à cette situation exceptionnel que nous traversons ?

Cette poche flexible nous est apparue comme une évidence quand il y a eu l’annonce du confinement. Les deux premières semaines, nous nous sommes concentrés sur nos entreprises, pris  le poumon de notre portefeuille, etc.  Et puis, nous avons vu fleurir des initiatives sur les réseaux sociaux et nous nous sommes dit que ces initiatives entrepreneuriales sont presque aussi importantes que les initiatives étatiques ou associatives. L’entrepreneuriat, c’est la vie qui bat. Et si les entrepreneurs ont besoin d’un petit coup de pouce financier rapide, comme on sait le faire avec « Start », il fallait adapter le programme. Et donc on a détouré FF Start pour en faire FF Act, qu’on a organisé en appels à projets. 

Les entreprises concernées doivent  créer des projets qui répondent à la crise du Covid …  Quelles sont les limites? 

Créer des projets ou les adapter. Tout ce qui sert à tenir, compte. Par exemple, nous avons reçu des projets de plusieurs entrepreneurs qui ont leur business un peu à l’arrêt pendant le Covid. Mais, avec cette enveloppe de 75 000 euros, ils pouvaient adapter ou développer un projet pour faire face au confinement. Par exemple, quelqu’un qui faisait de la formation en physique pouvait très rapidement développer une formation en ligne, ce qui permet de tenir. L’idée est de permettre un coup de pouce financier, soit pour des projets qui  luttent contre la pandémie, pour des initiatives qui égayent le quotidien des confinés ou qui préparent le monde d’après… Et cela a souvent eu lieu en adaptant un produit existant à la période qu’on traversait. 

Vous avez eu combien de demandes ? Combien d’entre elles avez-vous choisies ?

Nous avons reçu plus de 500 dossiers. Le projet est toujours ouvert, même si maintenant nous avons moins de demandes, car les entreprises sont revenues à leurs activités historiques. Nous avons fait une centaine d’interviews et nous sommes limités à intervenir là où nous pouvions avoir la promesse d’apporter une réelle valeur ajoutée, autre que financière, à l’entreprise. Nous avons également un réseau de parrains qui eux aussi vont donner de leur temps à ces entreprises pour soutenir finalement une dizaine d’investissements jusqu’à la fin de l’année.

Qui sont les parrains ?

Des chefs d’entreprise. Nous leur avons demandé s’ils avaient un peu de temps à accorder à des jeunes entreprises qui traversent une période difficile pendant le Covid ou au contraire, d’ailleurs, qui traversent de l’hyper-croissance pendant le Covid. Et ils se sont engagés à donner dix heures de leurs temps par mois à l’entrepreneur, pour les guider selon leurs expertises. Chaque parrain est donc adapté à l’entreprise. 

Et combien de projets culturels avez-vous reçus depuis l’appel « ACT »? 

Étonnamment très peu… C’est peut-être parce que nous avons communiqué dans les médias économiques… Mais nous nous attendions à en recevoir beaucoup plus que cela. Nous pensions que les grands thèmes seraient l’éducation, la santé, la culture…  La culture est un domaine que nous pensions très impacté et donc sur lequel il y aurait beaucoup de choses à faire… Nous avons eu quelques projets autour de la lecture, intéressants, mais pas purement liés au Covid. Cela dit l’appel est toujours ouvert !

Est-ce que vous voulez parler d’un ou deux projets qui vous semblaient particulièrement pertinents ?

Oui ! Notamment sur l’éducation. L’entrepreneuse est une ancienne prof de français qui a ensuite monté sa société qui s’appelle Plume. C’est une application utilisée par des professeurs dans des petites écoles, mais aussi par les parents chez eux et qui permet de faire des cours d’expression écrite guidés au travers d’une histoire que l’enfant va écrire. C’est vraiment de l’écriture supervisée… Elle a fondé ce projet en se disant que l’expression écrite se perd, les enfants savent moins bien écrire et, quand l’on sait moins bien écrire, l’on sait moins bien parler. Donc elle voulait faire quelque chose de ludique et en même temps d’assez scientifique. Elle connaissait déjà un assez fort succès avant le Covid, mais avec le confinement cela a été une explosion. L’offre est payante pour les écoles et puis, une fois que les écoles l’utilisent avec les enfants, les parents l’utilisent le soir pour les devoirs. Cela permet d’éduquer sous supervision des parents. Pour les petits enfants, c’était une manne pendant le confinement. Et nous avons vraiment eu un coup de cœur pour cette entrepreneuse.

L’autre projet important est Minute Pharma, qui permet aux officines de faire de la livraison de médicaments directement à domicile. Donc pareil, il y a eu une très forte croissance pendant le confinement. Nous avons aussi reçu pas mal de projets qui concernent le bien-être à domicile où peu de choses existaient. Et également beaucoup de projets de restauration et de livraison à domicile, mais c’est quelque chose qu’on fait déjà beaucoup par ailleurs. 

Est-ce que maintenant, le fait que l’on déconfine, même s’il y a toujours le risque d’une deuxième vague, change vos critères de sélection des projets ou sur le nombre de choix qui vous arrivent ?

Nos thématiques d’investissment sont plus large que Act. Nous investissons dans le futur de la banque et de l’assurance, le futur du bien-être et de la santé, le futur du retail, le futur du travail et  le futur du food & beverage. Un exemple incroyable d’entreprise de FF Start avant que FF Act soit lancé est Zenride. C’est un service qui permet aux entreprises d’instaurer le vélo de fonction. Les employés des nouvelles générations ne veulent plus de voiture, mais un vélo de fonction, ce qui coûte assez cher quand même… Zenride organise pour l’entreprise toutes les démarches pour insérer des nouvelles formes de mobilités dans les entreprises. 

Au vu des nombreux projets que vous voyez passer où se joue, pour vous, le futur de l’entrepreneuriat et notamment dans la culture ?  

Nous avons, par exemple, investi dans une société qui s’appelle Leeto. Un service qui permet aux comités d’entreprise de gérer tous les avantages des salariés. Il y a, là-dedans, une assez grosse poche culturelle. Les entreprises sont en attente de propositions, pour offrir aux salariés un plus grand panel que le panel qui existe. Il y a des grandes tendances de société qui nous semblent prépondérantes : la transparence, notamment dans l’alimentaire, la traçabilité, savoir ce que nous consommons exactement et l’expérience. Il y a un vrai axe « expérientiel » qui réunit plusieurs critères : le lien à la marque, les valeurs, la promesse… Il y a là un vrai besoin, qui a peut-être été un peu traité par certaines start-ups de la musique et la VR pour les musées. Mais moins pour le reste de la culture. Moins par la start-up de la culture et c’est vrai que nous en voyons moins pour la culture ; un peu en réalité virtuelle qui permet de créer des expériences au sein des musées. Il y a un véritable besoin de recommandation et d’accompagnement pour que le plus grand nombre puissent avoir accès à l’offre culturelle. 

Est-il possible de penser cet expérientiel en ligne ? Ou faut-il du « live » ?

Même si nous investissons principalement dans le digital, nous croyons beaucoup au physique. La preuve avec nos bureaux, que l’on appelle Future House, c’est vraiment un lieu avec un espace de coworking et un lieu de réception avec 50 rendez-vous par semaine en temps normal. Nous y organisons énormément de conférences et de formation. Dans un monde qui se digitalise de plus, il y a aussi un besoin de contact physique et de partage humain. Et c’est là-dedans que je mets l’expérientiel. Le streaming musical a explosé mais il reste toujours l’envie de vivre une expérience, d’aller voir un concert. Finalement l’un favorise l’autre. Nous croyons beaucoup en cette alliance des deux. Emmener peut-être par le digital, parce que cela te permet de découvrir des choses, puis les consommer de façon expérientielle et en physique. 

Founder’s Future Act est donc ouvert jusqu’à la fin de l’année.

Oui, l’appel reste ouvert jusqu’au 31 décembre. Et notre activité historique reste ouverte, encore plus tard que le 31 décembre ! Nous sommes prêts à accueillir, avec grand plaisir,  des start-ups de la culture. 

visuel : Portrait de Valentine Baudouin (c) Founder’s Future

 

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