Théâtre

Avignon OFF 2019 : « T-Rex, chronique d’une vie de bureau ordinaire », stupeurs et tremblements dans l’open space

Avignon OFF 2019 : « T-Rex, chronique d’une vie de bureau ordinaire », stupeurs et tremblements dans l’open space

08 juillet 2019 | PAR Magali Sautreuil

Si T-Rex est la chronique d’une vie de bureau ordinaire, le portrait que la pièce dresse du monde du travail devrait nous effrayer… Inhumain, cruel, injuste… ce dernier soumet ses employés à un stress croissant qui les pousse à bout, à l’image du protagoniste de l’histoire, qui sombre petit à petit vers le burn-out… Une comédie satirique dans laquelle nombre d’entre nous se reconnaîtront sûrement, à découvrir dans le cadre du festival OFF d’Avignon, au théâtre des Carmes.

 

 

Alexandre est cadre dans une banque. En tant que chargé de comptes settlement, il gère un portefeuille de clients assez importants. Travailleur, Alexandre est un salarié consciencieux, dont la vie est plutôt ordinaire… 

Mais un lundi, son quotidien va être bouleversé. En effet, suite au suicide de Pierre, son supérieur, Alexandre est temporairement promu chef d’équipe. Il a un mois pour faire ses preuves et mettre en place Easytrad, le nouveau logiciel sur lequel la banque travaille depuis longtemps et dont elle espère beaucoup. Opportunité professionnelle ou cadeau empoisonné, Alexandre va vite le découvrir à ses dépens.

Tiraillé entre les exigences de sa hiérarchie qui lui met la pression et l’inertie de son équipe qui le rend chèvre, il perd peu à peu le contrôle de la situation et de ses nerfs, surtout que, grâce aux nouveaux logiciels auxquels il a accès pour fliquer son équipe, il sait pertinemment qui lui ment et qui tire au flanc. Il sent aussi que, depuis sa promotion, les relations avec ses collègues ont changé… Ils sont plus distants… Gérer les egos des uns et des autres, ainsi que les problèmes techniques, lui demandent une énergie folle. Le stress le gagne, ce qui a des répercussions à la fois sur sa santé (insomnie, cauchemar, fatigue, cernes de panda, suicide collectif de cheveux, perte de poids, teint verdâtre, psoriasis sur la surface du crâne et du visage) et sur sa vie de couple avec Camille… Malgré cela, Alexandre n’est pas prêt à renoncer. Il souhaite coûte que coûte prouver à sa direction qu’il a les épaules pour ce poste. Mais tous ses sacrifices en valent-il vraiment la peine ? Doit-il ruiner sa vie et sa santé mentale et physique pour sa carrière ?

Le T-Rex qui hante ses nuits aurait dû l’alerter… Depuis qu’il a vu le film Jurassic Park de Steven Spielberg au cinéma, le roi des lézards tyrans est son pire cauchemar. Ce célèbre dinosaure semble être la matérialisation de ses angoisses. Dès la prise de ses nouvelles fonctions, il a ressurgi des entrailles de son enfance… Un signe de mauvais augure des plus explicites pour la suite des événements…

Sorti tout droit du Crétacé, le T-Rex ne semble pas avoir sa place dans notre monde « civilisé »… tout du moins, en apparence. En effet, si le côté sauvage et bestial de cette véritable machine à tuer contraste avec l’univers aseptisé et désincarné du travail, dans lequel évolue Alexandre, sa brutalité et sa cruauté, en revanche, font parfaitement écho à nos sociétés capitalistes, qui sacrifient l’humain sur l’autel de la finance…

Ce constat sans équivoque repose sur l’expérience d’Alexandre Oppecini, l’auteur de cette pièce, qui a travaillé pendant presque dix ans pour des banques. Comme le protagoniste de l’histoire, il a lui aussi exercé le métier de chargé de comptes settlement. Il a observé le mal-être grandissant des salariés, à qui leur hiérarchie demandait toujours plus avec toujours moins de moyens. Problèmes de santé, rancunes, frustrations, sentiment d’injustice, les griefs face à cet univers bureautique inhumain sont légion. C’est ainsi qu’il a imaginé une rencontre entre le T-Rex et le monde actuel du travail, « deux des plus grands prédateurs que la Terre ait jamais connu » (note d’intention de l’auteur). Qui des deux l’emportera à la fin ? Difficile de dire sans trop en dévoiler… Tapi dans un recoin de l’esprit d’Alexandre, il est inoffensif. Mais une fois éveillé, qui sait de quoi il serait capable…

N’allez cependant pas imaginer que le dinosaure est visible sur scène. Sa présence est seulement suggérée par une musique angoissante et une lumière verte. La pièce intègre ainsi subtilement une dimension fantasmée à un univers ordinaire, évoqué par le décor épuré et blanc, qui retranscrit à merveille l’atmosphère impersonnelle d’un open space.

La panique qui s’empare peu à peu d’Alexandre et le fait sombrer vers le burn-out est quant à elle bien réelle. Que restera-t-il de ce jeune cadre promis à une belle carrière, après avoir été broyé par les rouages infernaux du monde de la finance et la puissante mâchoire du T-Rex ?

Antoine Gouy, alias Alexandre, se démène cependant comme un beau diable pour garder la tête hors de l’eau. Malgré ses airs de petits garçons apeurés, il tente de montrer qu’il peut être autoritaire et gérer son équipe, mais son corps dit tout le contraire. Il transpire la panique… Une angoisse qu’il communique à tous ses subordonnés et qui attise l’appétit des prédateurs qu’il côtoie… Lorsque l’on sait qu’Antoine Gouy est seul en scène, on ne peut que saluer la performance de l’acteur.

T-Rex, chronique d’une vie de bureau ordinaire, comédie satirique d’Alexandre Oppecini, mis en scène par Marie Guibourt, présenté dans le cadre du festival off d’Avignon, au théâtre des Carmes, du 5 au 24 juillet 2019, à 16 h 50. Relâche les 11 et 18 juillet 2019. Durée : 1 h 20.

Retrouvez l’actualité de la compagnie Spirale sur son site Internet (ici) et sur sa page Facebook (ici).

Visuel : Affiche officielle 

 

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