Politique culturelle

Quel avenir pour Mains d’œuvres ?

Quel avenir pour Mains d’œuvres ?

13 octobre 2019 | PAR Julia Wahl

La manifestation de soutien à Mains d’œuvres, samedi, a réuni 400 personnes. Une mobilisation qui relance le suspens sur l’avenir de la friche culturelle de Saint-Ouen.

Petit rappel des faits

L’espace de Saint-Ouen est né en 2001, du désir de créer un lieu de culture alternatif, accueillant notamment les artistes par le biais de résidences. Salle de concert, « cantine », espaces d’expositions… l’association « Mains d’œuvres », qui le gère, semble tout mettre en place pour permettre aux artistes de rencontrer les habitants de cette ville populaire de Seine-Saint-Denis. La maire de l’époque, Jacqueline Rouillon-Dambreville, PCF, accueille cette initiative d’un œil favorable.

Seulement, les dernières municipales ont mené William Delannoy, UDI, aux commandes de cette vieille ville ouvrière. De quoi, bien sûr, modifier en profondeur la politique municipale. C’est ainsi que, en 2017, il décide de fermer les lieux, pour les transformer, assure-t-il, en annexe du conservatoire, désormais trop petit pour accueillir la hausse démographique, et refuse de renouveler le bail. L’association reste et ses activités se maintiennent. Après moult péripéties judiciaires (jugement, appel, proposition de médiation…), le maire envoie sans prévenir, mardi 8 octobre, la police débarrasser les lieux.

De nombreux soutiens

Une pétition de soutien a été lancée sur le net, recueillant déjà 500 000 signatures. Un soutien assez large se fait jour, sous forme de tribunes ou de déclarations de responsables politiques, comme Mathieu Hanotin, conseiller départemental PS, et, last but not least, Franck Riester, qui engage à une « médiation ».

Les déclarations de la majorité de ces soutiens rejettent l’argument du conservatoire, qui aurait pu ouvrir ses portes dans d’autres bâtiments de Saint-Ouen et qui, surtout, n’aurait pas été budgété. Si l’association ne payait plus de loyer à la mairie, il s’agissait d’une décision du tribunal administratif destinée à compenser la perte de subventions. Enfin, la rapidité des faits étonne : un jugement en appel devait intervenir le 3 décembre de cette année. Les membres de l’association et les artistes en résidence se pensaient donc, pour l’instant, à l’abri d’une fermeture.

Quel avenir pour les friches culturelles ?

Cet événement interpelle particulièrement à un moment où les friches culturelles et les « tiers-lieux » sont présentés comme les nouveaux espaces de création artistique. De façon purement symbolique, il semble poser la question de la cohabitation entre des lieux d’apprentissage volontiers académiques, les conservatoires, et d’autres misant davantage sur la coopération et la valorisation de la culture populaire.

Visuel : Affiche

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Julia Wahl
Après dix ans d'enseignement des lettres en lycée, je travaille actuellement à la compagnie de danse verticale Retouramont comme chargée de diffusion et de production. Auparavant, j'ai œuvré six mois à l'Action culturelle du Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette. Ces expériences m'ont permis et me permettent encore de développer mes compétences en gestion de projet, en relations publiques et production, de même que ma connaissance des réseaux du spectacle vivant. A côté des ces activités professionnelles, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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