Théâtre
Un vent (chaud) d’Australie souffle sur le théâtre de la Commune

Un vent (chaud) d’Australie souffle sur le théâtre de la Commune

13 octobre 2019 | PAR Anne Verdaguer

Drôle d’endroit pour une rencontre. D’un côté, le toujours aussi novateur Théâtre de la Commune niché à Aubervilliers, dans un environnement aux antipodes du bush australien… de l’autre, deux spectacles, l’un déjanté, l’autre épuré au maximum, présentés dans le cadre de la plateforme Australia Express. Deux visions contrastées d’un continent aux clichés tenaces, qui interrogent à la fois l’identité et la question de la représentation au théâtre. 

Premier choc avec un territoire aride et impitoyable avec « Terror Australis » de Leah Shelton, sorte de poupée barbie GI en talons et mini-short qui s’amuse des clichés féministes. Une performance cabaret glam, qualifiée d’anti-burlesque, où l’exubérance a toute sa place, en plein outback de série Z.

Si l’inspiration est clairement issue du cinéma de genre (tout le spectacle est d’ailleurs joué en playback), le propos lui explore les pires cauchemars d’une société en perte de repères. Une réflexion autour des stéréotypes masculins poussés à l’extrême, dans une série de scènes qui tutoient volontiers et gaiement la vulgarité. Cris d’auto-stoppeuse en détresse, kangourou battu à mort, ou bagarre avec un crocodile gonflable, en maillot à touffe apparente… rien ne nous sera épargné.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, Leah Shelton est une artiste complète qui domine son sujet, sait mettre la bonne distance et propose une approche performative intense, certes parfois déroutante, mais qui n’en reste pas moins pleine de sens, souvent là où on s’y attend le moins. Dans ce premier projet de cabaret expérimental en solo, elle dénonce un monde uniformisé à la culture populaire dominante, et nous montre une approche du théâtre qui ne s’impose aucune limite.

C’est tout le contraire, que nous propose le deuxième spectacle, « Intimacy » d’Adriano Cortese du Ranters Theatre, présenté dans le cadre du Festival d’Automne. Vision à l’opposée donc tant le dépouillement est poussé à l’extrême ainsi qu’une certaine idée d’un non-jeu (assumé). En reste l’impression d’assister à une conversation faite de petits riens entre deux personnages.

Des questions intimes émergent assez vite : d’une anecdote apparemment banale, surgit une confidence. Celui-ci ne voit plus son fils. Pourquoi? On ne le saura pas vraiment. Un autre se prend pour un oiseau et se produit devant une foule d’ inconnus. Un troisième personnage, une jeune femme, a du mal à dormir, et elle fait des rêves qui se mêlent à la réalité. Un autre fait des attaques d’angoisse et essaie d’apprendre à pleurer. Au fil des mots, surgissent des bribes de vie, et des personnages attachants qui se dévoilent par touches à la manière d’un puzzle.  

Ces témoignages récoltés pour de vrai par le metteur en scène et comédien Adriano Cortese sont restitués à l’état brut, sans aucun artifice, dans une représentation dénuée de contexte. Le co-créateur du Ranters Theatre défend d’ailleurs une approche qui explore les rituels du quotidien, en se soustrayant aux modes de jeu conventionnels. La question reste cependant posée : est-ce possible de faire du théâtre avec de la banalité? Du non évènement? Sans doute autant que de vouloir trop le remplir d’effets et d’artifices.

 

« Terror Australis » de et avec Leah Shelton et « Intimacy » conçu et mis en scène par Adriano Cortese du Ranters Theatre, au Théâtre de la Commune, du 10 au 13 Octobre 2019.

 

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