Politique culturelle

Louis Ferdinand Céline, un passé qui ne passe pas

Louis Ferdinand Céline, un passé qui ne passe pas

24 janvier 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’association des fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF), présidée par Serge Klarsfeld, s’est indignée mercredi dans un communiqué de voir l’anniversaire de la mort de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline inscrite sur la liste des célébrations nationales 2011. Fréderic Mitterrand est revenu sur cette décision en retirant la mention de l’auteur, mort il y a 50 ans, du « Voyage aux Bout de la Nuit » et de « Mort à crédit ».

Pourtant, loin d’être complaisante, la notice rédigée par Henri Godard, professeur émérite à la Sorbonne soulignait l’antisémitisme de Céline en écrivant: « Doit-on, peut-on célébrer Céline ? Les objections sont trop évidentes. Il a été l’homme d’un antisémitisme virulent (…) Mais il est aussi l’auteur d’une œuvre romanesque dont il est devenu commun de dire qu’avec celle de Proust elle domine le roman français de la première moitié du 20e siècle ».

La mémoire du régime Vichy fait l’objet de tensions depuis la fin de guerre. Passé gommé, réécrit, endossé…Si les discours sur le Vel d’Hiv assument depuis 1995 et plus clairement 1997 « les heures noires » de la France, d’autres éléments sont les signes d’un retour en arrière. Le dossier de presse du 70eme anniversaire de l’appel du Général De Gaulle le 18 juin 2010 ne mentionnait ni déportations, ni la collaboration. Le retrait de la figure d’un intellectuel antisémite des célébrations officielles intervient dans une politique mémorielle visant à défendre la figure de la France résistante mise à mal depuis 20 ans par l’obsession de la France Collabo.

Le Premier acte de Nicolas Sarkozy fraichement élu en mai 2007 est de placer les cérémonies protocolaires de sa journée d’investiture sous une pluie d’hommages à la Résistance. Après avoir ravivé la flamme du soldat inconnu et déposé des gerbes sous les statues de Georges Clémenceau et du Général de Gaulle, il s’est rendu au Monument de la Cascade du Bois de Boulogne pour y rendre un hommage à Guy Môquet. S’en suit l’obligation controversée de lire dans les école la lette du jeune résistant militant des jeunesses communistes. A la suite du meurtre d’un officier allemand par des communistes, le ministre de l’Intérieur du gouvernement Pétain le sélectionna avec une cinquantaine d’autres prisonniers communistes qu’il livra en otages aux occupants « pour éviter de laisser fusiller 50 bons Français ». Le 22 octobre 1941, ils sont tous abattus par les nazis à titre de représailles. Avant d’être fusillé Guy Môquet, âgé de 17 ans, écrivit une lettre d’adieu à ses parents aujourd’hui célèbre.

Assumer l’héritage de Ferdinand Céline c’est pour la France assumer que l’antisémitisme est une part de son histoire. Depuis l’émancipation des Juifs de France, ils sont citoyens et non plus communauté religieuse . Dans ce cadre, la haine  est une part identitaire du pays. En témoigne l’affaire Dreyfus et plus tard la France Juive de Drumont . Puis, viendront les statuts des Juifs de 1940 et 1941, et la Shoah, à laquelle la France participera.

Passé inassumable, malgré des temps de repos sonnant comme la fin des tensions. L’affaire Céline vient donner un message fort , celui d’un chef d’Etat, qui dans un cadre officiel , ne peut pas porter la double idendité française : Vichy est la France. La France a collaboré. La France à contribué au génocide des juifs en organisant la rafle du Vel d’Hiv sans ordre de l’occupant allemand. La France a aussi résisté, grandement, sauvant 75% de la communauté juive de France.

A mémoire schizophrénique, décisions culturelles ambigües. Alors que le texte était validé par le ministre de la culture, la décision de censure est intervenue dans une urgence coupant le souffle des principaux intéressés.

Vichy , un passé qui ne passe pas signait l’historien Henry Rousso en 1994. Un passé d’une actualité folle.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 réflexions au sujet de « Louis Ferdinand Céline, un passé qui ne passe pas »

Commentaire(s)

  • Je propose sur mon blog quelques lettres de Céline. Sans commentaires joints, juste pour se faire une idée soi-même.
    Cordialement.

    janvier 25, 2011 at 8 h 44 min

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