
Le modèle de l’Origine du monde de Courbet démasqué ?
Le sulfureux et mythique tableau du musée d’Orsay défraie de nouveau la chronique. Selon une enquête Paris Match, un amateur serait en possession d’un tableau du visage de la jeune femme ayant posé pour le “portrait”.
Contrairement à ce que l’on pensait, l’Origine du monde de Courbet, cette audacieuse contre-plongée sur un sexe de femme, n’est ni une étude anatomique très léchée, ni un tableau à part entière. En tout cas c’est ce qu’affirme un collectionneur d’art. Après une enquête de près de deux ans, faite d’analyses (couche picturale, taille et écartement des poils … du pinceau, la longueur des coups … de brosse touche, composition des couleurs, format et proportions de la toile, etc.) et de consultations d’experts comme Sylvie Brame ou Jean-Jacques Fernier, l’amateur affirme que le portrait en buste de la jeune femme rousse, acheté peu avant chez un antiquaire parisien est une partie découpée d’un grand tableau auquel aurait également appartenu l’Origine du monde.
Revenons au portrait, il s’agit d’une huile sur toile de 41 x 33 cm représentant une femme bouche entrouverte, le visage à la renverse avec le haut des épaules nues apparentes dans une attitude lascive. Acheté à peine 1 400€, il remarque en le retournant que figure le nom d’un marchand de couleurs et de châssis. Tel un enquêteur, il remonte la piste qui aboutit à Courbet ! Associer son tableau à ce grand maître est déjà une victoire en soit, mais le collectionneur avisé persévère dans ses recherches quand il remarque que les bords de la toile ont été découpés. Fort de son intuition, il finit par trouver des concordances avec l’oeuvre du musée d’Orsay.
Les experts s’étant penchés sur le dossier restent dubitatifs et pensent à un coup monté pour faire monter la cote de l’oeuvre. Joint par mail, Le Centre d’analyses et de recherche en art et archéologie déclare “n’avoir fait aucun rapprochement entre ces deux toiles lors du rapport analytique fourni au propriétaire. Les conclusions du rapports stipulaient : ” Tous les pigments analysés dans cette œuvre sont parfaitement contemporains de la deuxième moitié du XIXème siècle”.
Jean-Jacques Fernier, auteur du catalogue raisonné du peintre est pour sa part plutôt convaincu. Il établit même un rapport entre l’oeuvre reconstituée et un autre nu, très connu et toujours entier celui-là. À savoir La femme au perroquet conservé au Metropolitan Museum of Art de New York. La bataille des experts commence et Orsay, où l’oeuvre est exposée depuis 1995, reste prudent dans l’affaire.
Toutefois, une chose est sure, le modèle de La femme au perroquet et le portrait retrouvé serait Joanna Hiffernan, Jo pour les intimes, une belle irlandaise à la toison rousse que Courbet a beaucoup aimée et représentée. Aussi connue pour avoir été la compagne du peintre James Whistler proche de Courbet.
Les partisans de cette découverte peuvent avancer que l’Origine du monde, n’est pas signé. D’autre part, une étrange citation émanant de Jules Troubat un ami du peintre rapporte que suite à la visite de Khalil-Bey (diplomate ottoman connu pour être le premier possesseur de l’Origine du monde) à l’atelier de Courbet : “une série de tableaux et tableautins qui se cachent dans quelques musées secrets d’Europe ou d’Amérique.”
Jean-Jacques Fernier, qui prépare pour l’automne le troisième tome du Catalogue raisonné consacré a Courbet semble enclin à mentionner le portrait comme intimement lié à la toile d’Orsay. Si les analyses sont confirmées la chasse aux parties manquantes de l’oeuvre originale sera officiellement ouverte.
Visuels : Capture d’écran site Paris Match par SB+ musée d’Orsay© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski + New York, The Metropolitan Museum of Art
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