Politique culturelle

Le Maghreb des Films ne se tiendra pas à l’IMA

Le Maghreb des Films ne se tiendra pas à l’IMA

29 octobre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis 2009, le Maghreb des Films donne à voir à Paris et en banlieue la diversité du cinéma maghrébin dans son actualité et dans son histoire. Depuis 2011 des séances ont lieu, de façon naturelle à l‘Institut du Monde Arabe, mais cette année, l’IMA et Le Maghreb des Films n’ont pas trouvé de terrain d’entente.

Les 15 et 29 novembre devaient être projetés entre autres le Crépuscule des Ombres, qui est le dernier opus de Mohamed Lakhdar Hamina, première Palme d’Or  africaine en 1975, ainsi que le concert-hommage à Mahmoud Guénia, le plus grand maître de la musique Gnawa au Maroc, récemment disparu. Cette séance, film plus concert, devait se dérouler sous le parrainage de Mr. André Azoulay, Conseiller du Roi Mohammed VI et de l’Ambassadeur du Royaume du Maroc à Paris. Mais cela n’aura pas lieu.

Joint par téléphone, le directeur du festival Mouloud Mimoun, ne cache pas sa colère : « C’est un coup de poignard pour le festival« . Il nous explique que l’objectif de cette Association Loi 1901 est de « donner visibilité et reconnaissance aux cinématographies du Maghreb marginalisées par les écrans français« . Jusqu’à présent, le dialogue était facile avec Mohamed Metalsi, alors directeur des actions culturelles de l’Institut du Monde Arabe, très récemment nommé Doyen à l’Université Euro-méditerranéenne de Fès. L’accord était simple : « L’IMA mettait l’auditorium à notre disposition et en contrepartie, nous prenions en charge l’opérationnel« . Avec le changement d’interlocuteur, le ton, selon Mouloud Mimoun évolue : »En 2013 : l’IMA a nommé une responsable à l’Unité cinéma, Layane Chawaf, cette personne n’a eu de cesse depuis son arrivée de nous mettre des bâtons dans les roues en nous invitant à signer un accord de partenariat où elle possédait le final cut, cela veut dire que nous ne décidions plus du choix des films« . Le Maghreb des films a choisi de refuser cette proposition, l’IMA en a tiré une conséquence sèche en déprogrammant le festival. Pour Mouloud Mimoun « cette attitude de l’IMA est le témoin d’une dérive commerciale. l’IMA nous considère comme une entreprise et non comme un acteur culturel« .

Parler de déprogrammation semble ici abusif. Il semble plutôt que les conditions d’accueil ayant changé, les deux acteurs ne puissent plus travailler ensemble. La symbolique est néanmoins très forte car le Maghreb des films semble être en adéquation avec la programmation de l’IMA qui recevra le Festival du Film Franco-Arabe de Noisy-le-Sec en novembre 2015, le Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient en avril 2016 et le Festival Ciné-Palestine en mai 2016.

Joint par téléphone, le Secrétaire Général de L’IMA, David  Bruckert, déclare : « En réalité on a proposé au Maghreb des Films de programmer ensemble une série de films, car c’est un festival qui se passe dans d’autres lieux. Notre façon de travailler est de choisir les films ensemble. Le Maghreb des films est seul à décider. Nous avons regretté cette décision, donc, on a décidé de louer les espaces pour que le festival puisse faire ce qu’il voulait. jusqu’à présent on travaillait ensemble sur le contenu de la programmation, au point que la programmation est annexée à la Convention. »

David Bruckert ajoute : « Ils se sont permis d’annoncer une programmation qui n’avait pas été transmise à l’IMA. A partir de là, nous avons considéré que nos rapports étaient commerciaux« .

Concernant l’allégation qui viendrait dire le manque de considération que l’IMA porte au Maghreb, David Bruckert s’inscrit en faux : « Le Maghreb est ultra représenté à l’IMA« . Il multiplie les exemples de concerts et de projections. Récemment, l’IMA présentait la nouvelle scène égyptienne.

Il rappelle : « C’est absurde de nous faire le reproche d’un manque de visibilité. Il est faux de dire que le Maghreb n’est pas en odeur de sainteté à l’IMA. Comme toute institution culturelle, l’IMA a une volonté commerciale. Les recettes permettent de financer une prise de risque artistique. « L’IMA a une exigence artistique. Ce n’est pas la ligne de Jack Lang de brader la culture.« 

Visuel : ©Le Maghreb des Films

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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