Politique culturelle
La « liberté de la création artistique » enfin dans la loi

La « liberté de la création artistique » enfin dans la loi

06 octobre 2015 | PAR Kalindi Ramphul

Alors que l’oeuvre d’Anish Kapoor « Dirty Corner » vient d’être vandalisée pour la quatrième fois et qu’un maire FN fait censurer une affiche dans sa ville, la loi sur « la liberté de création artistique » vient enfin d’être adoptée. Le texte comporte 46 articles rédigés par la ministre et son cabinet, augmentés de 155 amendements issus de la commission des affaires culturelles.

Coup de théâtre à l’Assemblée Nationale, lundi dernier. Ni hurlements intempestifs ni chuchotements moqueurs mais un calme olympien et des décisions prises rapidement, alors que démarrait l’examen en première lecture du projet de loi relatif à la création artistique, à l’architecture et au patrimoine. L’article 1 stipulait pourtant : « La création artistique est libre» ! On aurait donc pu s’attendre à un flot de discussions houleuses, à des réactions outrancières de la part des détracteurs de l’art contemporain, mais de colère il n’y eut pas. Cet article fût même adopté en 30 minutes par un conglomérat de députés qui n’était qu’une vingtaine, tout au plus. Comme quoi, l’art peut faire des miracles! Car depuis des mois, les élus de droite et d’extrême droite n’ont eu de cesse de s’insurger contre la soi-disante sexualité outrancière que proposeraient certaines œuvres.

C’est Patrick Bloche (PS), qui était le rapporteur de la loi et avait pour mission de veiller à ce que l’article 1 soir irréprochable. Fleur Pèlerin  a d’ailleurs tenu à préciser : « c’est dans la sobriété que cet article tire sa force ». Que la ministre de la Culture et de la communication se rassure, plus sobre que « La création artistique est libre », il n’y a pas. Elle a, cependant, ajouté que : « La liberté de création n’est pas une liberté sans responsabilités ». Le ton est alors donné, être libre comporte des contraintes auxquelles même l’art doit se plier.

C’est en tout cas une Fleur Pèlerin qui part, la fleur au fusil, en guerre contre la censure et l’obscurantisme. Elle révèle, dès lors, son exaspération certaine et sa colère évidente quant aux cas suivants « un maire qui repeint une statue parce qu’elle ne lui plaît pas « , «  un autre qui censure des affiches de film car il les trouve contraires à la bienséance « une œuvre exposée au Château de Versailles qui se trouve vandalisée « .

Des députés de tous bords ont toutefois fait part de leurs doutes quant au bon fonctionnement de l’article 1. Si l’art est libre, n’est ce pas au moment de sa diffusion qu’il se retrouve souvent attaqué ? Un amendement a donc été ajouté, dans l’article 2, qui précise que cette politique s’engage à « garantir la liberté de diffusion artistique ». On imagine alors que des mesures seront prises contre de potentiels actes de dégradation de l’art. Et c’est tant mieux!

Visuels : ©DR

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Kalindi Ramphul

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