Politique culturelle
La baroque pulse autant que le Hip Hop au Lycée Théophile Gautier

La baroque pulse autant que le Hip Hop au Lycée Théophile Gautier

02 septembre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est l’histoire d’une rencontre entre deux mondes qui se croisent souvent dans le cercle des initiés et un troisième qui le sait pas. Quand Sandrine Labat, une prof de math folle de musique  a eu l’idée de faire entrer Le Concert de la Loge dans son établissement et d’y adjoindre la danse hip hop et des élèves de seconde du Lycée professionnel Théophile Gauthier, Place des Vosges, cela donne Hip baroque choc, une leçon d’éducation artistique parfaite. 

Il s’agit d’un projet qui existe depuis 4 ans dans ce lycée technique situé sur la belle place de Paris. Et de la beauté, cette histoire n’en manque pas. Il est question de faire fusionner les excellences. L’atelier de danse est mené par Sandrine Monar. La danseuse qu’on a souvent vu chez Robyn Orlin, Nasty ou Ibrahim Sissoko est actuellement en résidence aux Amandiers. Mais ce matin elle a quitté les talons de son solo Shoes me pour revêtir un bleu de travail. Et la tache n’est pas simple et le mieux est de montrer par l’exemple. Mais pour l’instant, elle laisse faire.

Tout commence par « La marche pour la Cérémonie des Turcs » dans le Bourgeois Gentilhomme de Lully jouée par le quatuor à cordes dont les musiciens sont issus du Concert de la Loge dirigé par Julien Chauvin.  La première étape est de demander aux adolescents si cette musique peut se danser. Eux sont septiques.

Une bonne recette

Pourtant, le public de danse le sait, cela fait longtemps que le hip hop est sorti de la rue pour se glisser sur les scène des théâtres et des opéras. Récemment Jann Gallois dansait sur un solo de batterie au Théâtre de la Ville, on peut citer Anderw Skeels qui orchestrait avec finesse dans  Finding Now, le croisement entre danse hip-hop et musiques baroques. Entre mille.

Bref c’est une recette qui marche bien mais encore faut-il savoir l’expliquer. Mais avant de parler, Sandrine Monar danse, dans un flow souple, ultra rapide, comme la musique baroque l’impose, avec quelques accents break.  Les gamins sont convaincus, oui, la musique classique se danse hip hop.

Ce matin, pour présenter le programme, un autre danseur est présent. Il s’agit de François Lamargot dont on avait adoré Reflets  en 2018 à Suresnes Cité Danse. Lui bosse avec la talentueuse Laura Scozzi et il est actuellement en pleine création à Chaillot pour une pièce à venir à l’automne 21. Lui fait le show, propose une version du hip hop plus figurative, volontairement.  Il s’intègre au quatuor, s’amuse d’équilibres sur une main. Balaise et drôle.

Et après ?

Maintenant, tout est dans la main des élèves. Ceux qui le souhaitent pourront suivre ces ateliers composés de trois stages de danse se déroulant sur le temps scolaire en octobre, en décembre et en mars.

Il est sûr que désormais ils savent comme le dit François que « le baroque ça groove », et comme le dit Sandrine qu' »il y a une pulse commune entre le hip hop et le baroque ». Pour la beauté encore, pour ouvrir encore plus l’écoute, les musiciens du Concert de la Loge jouent « La danse du grand calumet de paix exécutée par les sauvages » dans Les Indes galantes.

Sandrine Labat nous confie que les ateliers seront filmés « pour en garder la trace si jamais le spectacle ne peut pas avoir lieu ».  Les masques portés rigoureusement  par les élèves rappellent que l’avenir est très incertain. Mais, si tout va bien, ils monteront sur scène, en public, au Louvre, au printemps.

A noter, le projet est très soutenu, par la ville, l’Etat, la région mais aussi la fondation RATP, la Fondation Financière de l’échiquier et le CCN de Creteil.  Nous sommes là dans ce que le service public sait faire de mieux. Croiser les mondes, éduquer au regard et à la pratique, et surtout autoriser les élèves à  ouvrir grandes des portes supposées fermées. 

 

 

Visuel : ©ABN

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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