Politique culturelle

Inauguration de la Place de la Libération à Paris le 25 août

Inauguration de la Place de la Libération à Paris le 25 août

22 août 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Nous vous en parlions en avril. La place de l’Hôtel de Ville devient « Place de l’Hôtel de Ville – Esplanade de la Libération ». 

L’idée de rebaptiser le lieu et de rendre hommage aux résistants découle d’une demande du maire de Paris : Bertrand Delanoë. Celui-ci avait déjà fait part de son souhait de « rendre hommage aux résistants, aux Français libres, aux alliés et à tous les insurgés qui ont libéré Paris dans la nuit du 24 au 25 août 1944 ».

Par communiqué, la mairie rappelle  : « En cette année anniversaire de la mort de Jean Moulin et de la création du Conseil National de la Résistance, le parvis de l’Hôtel de Ville accueillera dimanche 25 août la cérémonie commémorative du 69e anniversaire de la Libération de Paris, en présence de Bertrand Delanoë, Kader Arif, Ministre délégué aux Anciens Combattants et Anne Hidalgo, première adjointe. A cette occasion, Bertrand Delanoë inaugurera la nouvelle dénomination « Place de l’Hôtel de Ville – Esplanade de la Libération », attribuée au parvis de l’Hôtel de Ville ».

Il ne sera pas inutile d’affirmer que cet acte place un jalon dans l’histoire que la France entretient avec sa mémoire. En effet l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale a toujours été un enjeu politique. Le statut de la France a oscillé depuis la fin de la guerre de victime à active en passant par complice.

Dans l’immédiat post Vichy, le Général De Gaulle joue la carte de l’exaltation  de la résistance. Il s’agit de faire oublier un passé très présent. Tout le XXe siècle a été le terrain  d’une révélation : non la France n’avait pas subit,  elle a collaboré, activement au Génocide des Juifs. Les grands procès des collaborateurs dans les années 1980 ( Barbie, Touvier et Papon)  et dans les années 1990-2000, la mise en place des « lieux de mémoire » comme  l’érection du Mur des noms au Mémorial de la Shoah ont fini par réconcilier les français avec leur histoire. Il était alors possible d’entendre, le 16 juillet dernier, au Vel d’Hiv, le président de la république dire clairement que cette rafle fut ; « crime commis en France par la France ».  Le temps d’une résistance saluée de façon nationale n’est plus, il s’agit de reconnaissance et de passé assumé.

Il est donc étonnant que cette place qui quelques mois avant la Libération recevait encore la foule acclamant le Maréchal Pétain soit nommée dans une terminologie qui nous ramène à l’après guerre. Le mot « libération » étant le mot absolu des années du Gouvernement provisoire.

Quel est le besoin aujourd’hui de mettre en avant le passé résistant de Paris ?

Il semblerait, comme le titrait il y a  longtemps déjà l’historien Herny Rousso, ce passé ne passe pas. Nous sommes ici face à une boucle.

Nous le notions du point du vue culturel avec la ré-émergence du mot « occupation » dans les expositions. 

L’été dernier, La superbe collection du strasbourgeois Jonas Netter  exposait à la Pinacothèque avec ses Modigliani, ses Soutine, ses Kikoine, et même ses Cezanne. Au détour d’un cartel on lit avec effroi : « Jonas Netter (NDLR juif) traversa l’occupation avec discrétion ». Plus récemment, la très sympathique monographie Django Reinhart emploie le même terme dans sa salle « Swing sous l’occupation (1940 – 1944) », et récemment au Palais Tokyo, l’exposition l’Art en Guerre mettait en avant une section « occupation et résistance ».

Le  mot « occupation » venant dédouaner la France de ses responsabilités, une France occupée est par définition passive. Son attente est celle d’une libération. Doit être libéré ce qui est occupé, pas ce qui collabore.

Paris libéré du joug nazi retrouve la république, le passage est éclair, il faut calmer les esprits. A quelques mois des élections, serait-il urgent d’offrir à Paris un lieu qui mette tout le monde d’accord ?

La mode est au vintage, cela n’est pas toujours de bon gout.

Visuel  (c) Olivier Gay-Mairie de Paris

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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