Politique culturelle
Charlie Hebdo, pour une fois, Miyazaki ne fait pas l’unanimité…

Charlie Hebdo, pour une fois, Miyazaki ne fait pas l’unanimité…

18 février 2015 | PAR Mathilde Dumazet

Dans une interview de Hayao Miyazaki sur TBS radio, la discussion s’est portée sur les attentats du 7 janvier contre Charlie Hebdo. Le célèbre réalisateur japonais a déclaré que pour lui « c’est une erreur de caricaturer ceux que les autres cultures vénèrent ». 

Le père des films d’animation comme le Voyage de Chihiro, qui figure parmi les plus reconnus du genre dans le monde (Oscar du meilleur film d’animation en 2003 et un Oscar d’honneur en 2014 pour le réalisateur), a suggéré qu’il serait bon d’arrêter de publier de telles caricatures (entre autres celles qui représentent le prophète).

Plusieurs choses nous étonnent. Tout d’abord, certains justifient l’avis du réalisateur en invoquant la « culture japonaise ». Celle-ci prône le respect mutuel et inclurait une interdiction implicite de froisser les sensibilités de chacun. Hayao Miyazaki a par la suite ajouté qu’il faudrait que les caricaturistes se concentrent principalement sur les politiciens de leur pays, en touchant le moins possible à ceux des autres pays, « car cela paraît suspect ». On pourrait donc froisser les politiques, mais pas les autres.

Quand on connaît la proportion de caricatures sur les politiques et sur les religions dans Charlie Hebdo, on peut affirmer que les premiers en prennent pour leur grade, et ce, parfois bien plus que les religions.

La déclaration du réalisateur est d’autant plus étonnante quand on connaît son attachement aux valeurs antinationalistes et pacifistes. Valeurs qu’il partage avec Charlie Hebdo et qu’il dénonce dans ses films (Le vent se lève est profondément antimilitariste) comme le fait Charlie Hebdo dans ses dessins. Miyazaki n’était pas allé recevoir son prix en 2003 aux Oscars, reprochant aux Etats-Unis leur intervention en Irak. Il ne critiquait alors pas les politiciens de son pays, mais ceux de Washington. Cela avait-t-il été considéré suspect ? Pas vraiment…

L’intervention radiophonique du réalisateur fait polémique. Beaucoup de voix se sont élevées sur le danger de publier de telles caricatures, mais au vu des prises de position passées du japonais, on peut s’étonner de tels propos. Car au fond, Charlie Hebdo comme Miyazaki, par leurs dessins, essayaient de faire passer le même message.

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