Politique culturelle

« Artivisme »: L’Art qui lève le voile sur les préjugés

« Artivisme »: L’Art qui lève le voile sur les préjugés

13 décembre 2013 | PAR Sonia Hamdi

« Prendre conscience, c’est transformer le voile qui recouvre la lumière en miroir » : c’est dans le sens de cette très juste maxime de Lao Tseu que semble œuvrer Sonia Merazga, une artiste française de 38 ans d’origine algérienne et de confession musulmane. À travers son « artivisme » – néologisme rendant compte d’une fusion entre « art » et « militantisme » –, elle dénonce depuis 2001 le « matraquage médiatique » subi par les musulman(e)s. Grâce à sa dernière performance, Femme voilée dans la boîte, réalisée à Paris dans trois quartiers de la capitale : Beaubourg (centre, touristique), Belleville (Nord-Est « populaire ») et La Motte-Picquet-Grenelle (Sud-Ouest « bourgeois ») se cache un but louable et complexe : changer le regard des gens en les interpellant sur le port du foulard islamique, cristallisation d’incompréhensions fantasmées et de préjugés solides fondant une « islamophobie galopante ».

Une performance entre dénonciation et ambiguïtés

Une boîte en verre. Transparente, elle lève le voile sur la souffrance d’une femme, couverte du foulard islamique, réfugiée (ou emprisonnée ?) à l’intérieur. Des passants la scrutent, médusés. Certains s’arrêtent, d’autres passent leur chemin, fuyant son regard : ce 12 octobre 2013, à Paris, Sonia, initialement dessinatrice en aménagement d’espace pour une entreprise à la Plaine Saint-Denis, s’est glissée dans la peau d’une femme voilée afin de dénoncer la détresse vécue par plusieurs d’entre elles.

Femme voilée dans la boîte raconte une histoire, des histoires : celles de ces êtres qui se voient pointés du doigt, au sens propre comme au sens figuré, par les médias, par la classe politique, par certaines franges de la société. « J’ai voulu symboliser l’enfermement de ces femmes voilées, à qui on retire le droit d’aller à l’école et au travail, des lieux justement de libération. Donc ça les enferme encore plus », confie-t-elle, le poing serré, à nos confrères de TV5 Monde.

Sa performance tend à faire prendre conscience de ce problème politique actuel à travers l’art, une passion qu’elle mêle activement à ses idéaux depuis 2001. Si elle a choisi une boîte, c’est pour dénoncer l’impasse dans laquelle se trouvent ces femmes. Seulement, certains ont mal compris ce choix artistique : la boîte l’enferme-t-elle comme le voile annihile la liberté de ces femmes, tels que certains le supposent ? « Les musulmans ont mal réagi face à la performance. Ils ont pensé que ça allait être mal interprété par le Français lambda, ils sont toujours dans le regard de l’autre », regrette-t-elle. Cette ambiguïté était « recherchée », selon ses propres termes : un choix risqué, mais qui a le mérite de poser la vraie question : celle de la liberté. « L’État n’a pas à intervenir dans ce choix personnel. Il le considère comme un acte politique alors que c’est juste un choix religieux », confie-t-elle, d’après le ressenti de son entourage. Si j’avais à coté de moi des musulmanes forcées de se voiler, je serais à leurs côtés car je défend la liberté individuelle », précise-t-elle néanmoins.

« L’artivisme », un art doublement pédagogique

Son art se veut éducatif pour deux sortes d’interlocuteurs. D’abord, pour la deuxième génération d’immigrés de confession musulmane, qui, selon elle, n’a pas été habituée à l’expression artistique : « J’ai envie qu’ils aient accès à cette forme d’expression car ils n’ont pas reçu de culture artistique. La plupart de nos parents étaient modestes et ont orienté leurs enfants vers des métiers de réussite, tels que la finance ou la justice. Aujourd’hui, il existe une bourgeoisie maghrébine en France. Mais le problème, c’est qu’ils n’ont pas eu accès à l’art car c’était considéré comme quelque chose d’inutile. Du coup, l’art ne leur parle quasiment pas », affirme-t-elle.

Mais également pour tous ceux qui ont une croyance différente, et qui ne sont pas forcément familiers avec la question du voile. Elle a été surprise par leurs réactions « plus positives » qu’elle ne l’imaginait. Certains ont en effet compris son œuvre et l’ont appréciée à sa juste valeur. Selon ses propres termes : « L’art doit interpeller, choquer. À travers cette œuvre, j’avais aussi envie de créer un dialogue ». Le pari est réussi, même si la route semble encore longue avant que les préjugés qui entourent la question du voile ne soient complètement levés.

Sonia Hamdi                                                                                                                                      

Visuel : © vimeo.com

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