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« We will not die in a civilized way », un photo-reportage sur les Guarani-Kaiowa de Caarapó au Brésil par Marcio Pimenta

« We will not die in a civilized way », un photo-reportage sur les Guarani-Kaiowa de Caarapó au Brésil par Marcio Pimenta

10 juin 2014 | PAR Laurent Deburge

Dans le concert des protestations contre de coût exorbitant de la coupe du monde de football organisée au Brésil, la voix des indigènes tente elle aussi de se faire entendre, parfois même à coups de flèches sur le Parlement de la capitale, Brasilia. C’est l’occasion de porter un regard photographique sur les conflits territoriaux et sur la situation sociale d’un peuple au nom célèbre, les Guarani.

Qu’est-ce que le retour ? Comment ré-habiter une terre dont on a été chassé, quand la manière même d’habiter s’est perdue, quand le sens de la terre s’est effacé ?
Les photos de Marcio Pimenta sur une communauté d’indiens Guarani-Kaiowa vivant à proximité de Dourados dans le Mato Grosso do Sul, au Brésil, reflètent le sentiment d’isolement et d’abandon d’une population qui vit le paradoxe d’être déracinée sur son propre sol, tout comme la joie d’avoir retrouvé une terre.

L’état du Mato Grosso do Sul est un lieu de conflits entre indigènes et grands fermiers, les fazendeiros. En 2013, la communauté Tey `Ikuena, de Caarapò, a été touchée par un fait divers sordide. Le 17 septembre, à la tombée de la nuit, un fazendeiro a assassiné un adolescent Guarani, Denilson Barbosa, qui était en train de pêcher dans une rivière traversant sa propriété. « La première balle a atteint son oreille. On l’a retrouvé allongé, raconte Marcio Pimenta, la moitié du corps dans le lit de la rivière et l’autre sur la rive. Son frère, qui l’accompagnait, parvint à s’échapper à travers les bois. »

Trois jours après, les indiens s’assemblèrent et s’emparèrent de la ferme. Le fermier qui avait tué l’enfant eut juste le temps de s’enfuir en emportant avec lui la plupart de ses biens. Une croix fut plantée un peu au-dessus du bord de la rivière. L’occupation de la ferme, territoire revendiqué depuis longtemps, est à présent tolérée par le gouvernement fédéral, sans qu’elle ait été légalisée.

C’est dans cette Fazenda réinvestie par les Guarani que Marcio Pimenta s’est rendu, un an après le drame, en février 2014. « J’ai visité la ferme, aujourd’hui occupée par les indiens. Elle est vide. Aucun meuble. Rien qu’un vélo abandonné, deux chiens errants dans les pièces. Les murs sont sales, portant des traces de mains et de pieds. »

En restant dans un état d’ouverture à tout ce qui pouvait se passer, sans idées préconçues, Marcio tente de s’insérer dans la communauté, et réalise un photoreportage poignant. « J’ai ressenti un grand sentiment d’abandon du gouvernement par rapport aux indigènes, même en considérant que le Brésil a le plus grand pourcentage de réserves indiennes du monde. »

Peuple indigène vivant au Paraguay, en Argentine, et au Brésil dans le Mato Grosso do Sul, les Guarani-Kaiowàs n’ont pas connu d’européens avant la fin des années 1800, à partir de quand ils furent chassés progressivement de leurs terres par les exploitations agricoles et les entreprises minières. Ils furent ensuite forcés de travailler, pour des salaires misérables, sur les mêmes terres que les latifundiaires leur avaient extorquées. Les Guarani-Kaiowa vivent sur un mode d’appartenance mutuelle avec la terre, dite « tekoha », qui signifie à la fois « village » et « mode de vie » traditionnel guarani, sans laquelle la vie n’a pas de sens. En 2008, 70 % des indiens assassinés au Brésil étaient Kaiowa, sans compter un grand nombre de suicidés.

Né à Sao Paulo 1975, Marcio Pimenta vit à Curitiba, et travaille dans toute l’Amérique du Sud.

Texte : Laurent Deburge et Juliette Rodriguez
Photos : Marcio Pimenta


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