Essais
Notre coeur bat à Wounded Knee – David Treuer écrit l’histoire des indiens

Notre coeur bat à Wounded Knee – David Treuer écrit l’histoire des indiens

15 février 2022 | PAR Orane Auriau

Ecrit par David Treuer et publié chez Albin Michel, Notre coeur bat à Wounded Knee : L’Amérique indienne de 1890 à aujourd’hui, nous livre l’histoire des indiens sous une nouvelle perspective. 

Une histoire plurielle

David Treuer, lui-même un indien Ojibwé originaire de la réserve de Leech Lake dans le Minnesota, renverse ici le récit de leur histoire, par leur point de vue. Il nous offre ainsi un regard plus positif et résilient, résolument tourné vers l’avenir. Une histoire riche tout autant que l’est l’ouvrage, qui dresse le portrait d’un peuple fort – sachant les dépeindre autrement que sous un angle tragique, comme cela est le cas de l’ouvrage de référence en la matière, Enterre mon coeur à Wounded Knee de Dee Brown, auquel le présent livre répond. Des ancêtres jusqu’aux nouvelles générations, David Treuer leur rend leur dignité. 

Ce contre-récit de l’histoire américaine qui rend compte de la cruauté et de l’avidité des colonisateurs, fut longtemps niée et contestée – en particulier durant la première partie du XXème siècle. Pourquoi nommer ce livre « Wounded Knee » ? Parce que ce lieu est devenu le symbole de leur persécution des indiens. Du massacre de plus de 150 Sioux Lakotas (parfois estimés à 300) à Wounded Knee Creek (Dakota du Sud), le 29 décembre 1890. Ses mercenaires? Le 7e régiment, venu venger la défaite du général Custer à la bataille de Little Bighorn. Vieillards, femmes, enfants, bébés furent pourchassés pour être massacrés. C’est par ailleurs sur cette histoire que s’ouvre le livre. 

« Je souhaite voir la vie indienne autrement que comme un simple legs de pertes et de souffrances  […]. » 

Une enquête riche

C’est tout à la fois un livre d’histoire, de reportage et de journalisme. On découvre un pays constitué de cultures indigènes riches et plurielles, à travers des récits de vies très diversifiés – rendant compte de la multiplicité des identités indiennes et de tribus-, liés par un sentiment de communauté intertribal. En relatant les histoires des « gens ordinaires », David Treuer sort des schémas narratifs habituels –  en y incluant aussi la sienne. Cet enchevêtrement de récits permet au lecteur de développer plus d’empathie, une possible identification à un peuple trop souvent perçu comme un simple enjeu politique.

« A l’époque des premiers contacts, vers 1500, la population indienne de l’Amérique du Nord s’élevait, selon les estimations sérieuses, à environ 5 millions. On comptait plus de 500 tribus distinctes disséminées sur tout le continent – depuis les Keys de Floride jusqu’aux îles Aléoutiennes. » 

Un récit au passé, au présent et au futur

Ce récit poussé et minutieux dans les détails, voire assez encyclopédique, n’épargne rien : les combats et les massacres, les traités violés, l’appropriation des terres. Les programmes d’assimilation forcée -dont celui des pensionnats-, les politiques abusives envers les peuples indigènes. Une histoire douloureuse qui s’est construite dans le sang, sur l’arrachement de leurs terres, de leur culture, les pertes et la destruction. Mais David Treuer marque une note positive quand il présente les dernières générations revenues à leurs racines, retrouvant une identité qui a néanmoins subsisté à travers le temps.

Hélas, ce passé violent a encore ses conséquences aujourd’hui. Un indien vit moins longtemps qu’un autre américain- sur la réserve de Pine Ridge dans le Dakota du sud, la moyenne d’espérance de vie ne dépasse pas les 50 ans. Dans les réserves où les conditions de vie peuvent être plus difficiles, on y compte plus de problèmes d’alcoolisme, de diabète. Il y a plus de chances d’abandonner ses études, de finir en prison. 

« Les Indiens ont survécu et sont davantage que des fantômes, davantage que les vestiges d’un peuple qui fut autrefois un peuple heureux. Nous avons survécu, de plus en plus investis dans le substrat américain et de plus en plus influencés par lui – de même que, de notre côté, nous faisons de notre mieux pour l’influencer. »

Visuel : Couverture du livre

David Treuer. © Hailey Lamon

Dinh Q. Lê, le tressage des souvenirs
L’agenda classique et lyrique de la semaine du 15 février
Orane Auriau

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture