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Passé et présent, virtuel et réel : la visite immersive de l’Hôtel de la marine

Passé et présent, virtuel et réel : la visite immersive de l’Hôtel de la marine

11 juin 2021 | PAR Camille Bois Martin

Ce samedi 12 juin, l’Hôtel de la marine ouvre ses portes aux visiteurs après presque quatre ans de travaux, et pour la première fois depuis Louis XVI.  Face à la place de la Concorde, le visiteur est transporté dans l’histoire du monument, quelque part entre le siècle des Lumières et notre époque contemporaine. 

Restaurations, occupations et fonctions : histoire d’un bâtiment 

Construit au milieu du XVIIIe siècle, l’hôtel a évolué selon les vocations de ses occupants ; destiné à devenir le Garde-Meuble de la couronne, il abrite l’intendant Fontanieu et sa famille, puis est ouvert en 1776 au public. Pendant la Révolution Française, nombre des trésors qui y étaient conservés sont pillés ; armes royales, joyaux… Le bâtiment garde encore aujourd’hui certaines traces de ces effractions comme des reliques de son histoire. Vers la fin du XVIIIe, le ministère de la Marine s’installe dans une partie de l’hôtel, avant de progressivement occuper l’entièreté des lieux en 1798 pour les 226 prochaines années. Cette occupation n’a pour autant pas fait abstraction des occupants du passé, et 70% du décor du siècle des Lumières a été conservé. 

Le projet de restauration lancé en 2017 répond au départ de la Marine en 2015 ; le bâtiment est alors remis à la gestion du Centre des monuments nationaux, pour répondre à sa nouvelle vocation de musée public. Grâce aux locations des 2e, 3e et 4e étages, les travaux ont été autofinancés par le CMN, à hauteur de 130 millions d’euros. 

À partir du 12 juin 2021, ce sera donc au tour des visiteurs d’envahir les lieux, participant à l’écriture de l’histoire du monument, dans une visite bien différente de notre expérience habituelle. 

Une visite immersive 

Le projet de restauration du monument est en effet à la fois ancré dans notre expérience présente mais est aussi à l’image des périodes qui l’ont traversé ; la scénographie, imaginée par l’architecte Mathilde Félix-Faure (de l’agence Moatti Rivière) transforme les lieux en une véritable pièce de théâtre dans laquelle le visiteur est acteur de sa visite, et se déplace d’une scène à une autre. Chaque visiteur sera accompagné dans sa visite d’un « Confident », casque sans fil conçu par la société RSF (et Noise Makers), et pour lequel le CMN a travaillé de concert avec Radio France afin de créer de véritables scènes de théâtre sonores, disponibles en 9 langues.

Ce parcours audio accompagne la visite des salles de l’Hôtel de la Marine, immergeant le visiteur dans un passé avec lequel il semble cohabiter ; en effet, la scénographie de chaque pièce répond à la volonté de Mathilde Félix-Faure de concevoir une expérience vivante, dans un musée fait de « petites scènes de théâtre dont la scène est la pièce elle-même« . Dans son casque, le visiteur entendra les voix des habitants des salons, et écoutera l’histoire des meubles qui s’y trouvent. Complétant cette immersion totale, le casque s’active automatiquement au grès de notre cheminement : d’une salle à une autre, des capteurs localisent le visiteur et lancent l’histoire correspondant à la salle visitée. Trois parcours seront disponibles — le parcours « Siècle des Lumières« , retraçant la vie quotidienne de l’intendant Fontanieu et sa famille ; le parcours « Voyage dans le temps » relatant les événements marquants de l’histoire du bâtiment ; et un parcours plus familial, impliquant la quête d’un diamant disparu.

Expérience à la fois virtuelle et réelle, le casque est également accompagné de nombreux autres dispositifs numériques qui racontent notre passé pour toujours mieux le situer dans notre présent : dans la salle à manger d’honneur (photographie ci-dessus), des écrans en rotation continue répètent les mouvements des danses qui y prenaient place lors des bals organisés quelques siècles plus tôt, tout en racontant les grands moments de la Place de la Concorde. 

               

Enfin, le mobilier et le décor de chaque pièce est à nouveau réfléchi comme une scène de théâtre, où chaque détail joue un rôle ; le bureau de l’Intendant est enseveli de livres, nous laissant l’impression que ce dernier vient tout juste de quitter la pièce. Une des salles à manger de ses appartements suppose cette même idée, les assiettes encore pleines des coquilles d’huîtres qui viennent d’être consommées, des bouteilles vides jonchant le sol… Reproduisant l’atmosphère enivrante du Déjeuner d’huîtres que Jean-François de Troy peint en 1735. Chaque pièce conserve ainsi son usage d’origine : pour l’administrateur de l’Hôtel de la Marine, Jocelyn Bouraly, il s’agit de replacer « le bon meuble au bon endroit« . Comme projeté dans l’histoire du monument, le visiteur fait face à un passé qui lui semble presque encore vivant, si ce n’est tout à fait réel. 

Intégration à l’espace urbain : la cour d’honneur

Loin de se concevoir comme un monument autarcique, la restauration de l’Hôtel de la Marine souhaite participer à son intégration au tissu urbain parisien ; si la visite des loggias sera accessible après avoir acheté un billet, la cour d’honneur du bâtiment sera, quant à elle, ouverte à tout promeneur depuis la rue Royale et la place de la Concorde. Un café et un restaurant s’installent de chaque côté de la cour, dont les pavés ont également été conçus comme part de la mise en scène du monument par l’architecte Mathilde Félix-Faure ; un tapis de lumière incrusté dans le sol de la place accompagne l’ondulation de ses courbes et fait appel, la nuit tombée, à l’imagination de son visiteur. 

La restauration de l’Hôtel de la Marine fait ainsi à la fois honneur au passé du monument qu’il retrace dans une visite immersive au sein de laquelle le visiteur est également acteur, réintégrant son expérience dans notre présent (numérique). 

Visuels : © Photographies de Camille Bois–Martin 

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Camille Bois Martin
Étudiante en Histoire de l'art à Paris IV

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