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Paris : Échec et mat pour la Tour Triangle ?

Paris : Échec et mat pour la Tour Triangle ?

19 novembre 2014 | PAR Stéphane Blemus

Pièce majeure du programme du Maire de Paris, la pharaonique « Tour Triangle » pourrait bien devenir un monument enterré avant même d’avoir été érigé. Un vote négatif capital du Conseil de Paris a fissuré, en ce lundi 17 novembre 2014, les fondations politiques fébriles de ce projet porté par Madame Hidalgo.

La « Tour Triangle », victime d’un échiquier politique morcelé à Paris

Les 17 et 18 novembre 2014, le Conseil de Paris était appelé à se prononcer sur le déclassement de la parcelle sur laquelle une tour d’une taille de 180 mètres, toute de glace vêtue, la « Tour Triangle », devait être construite. Par un vote négatif, la proposition a été rejetée par les élus municipaux.

Une coalition hétérodoxe contre la création de la Tour Triangle s’est formée progressivement. L’opposition du groupe écologiste d’EELV était connue de longue date, fidèle à sa critique constante des supposés « grands projets inutiles » (Philharmonie de Paris, réaménagement des Halles, projets de tours…). Plus étonnante fut la contradiction, plus récente, de la droite et du centre. L’UMP et l’UDI ont soutenu le projet durant des années, poussés par l’enthousiasme du monde économique de la capitale (Medef, CCI Paris Ile-de-France et Fédération Française du Bâtiment).

N’ayant plus la majorité absolue au Conseil de Paris depuis les élections municipales de mars 2014, le PS d’Anne Hidalgo et le PCF n’ont pas eu le nombre de voix suffisantes pour emporter la décision. Depuis son Hôtel de Ville, Anne Hidalgo avait pourtant renforcé ses mâchicoulis pour sauver la Tour. Ayant connaissance des vents contraires et des oscillations de positions du camp d’en face, la Maire de Paris avait fait le choix d’un recours au vote à bulletin secret. Objectif : désinhiber les timorés par le secret des urnes. Mais même cette manœuvre démocratique, libérateur de convictions, des contingences et des aliénations, n’a pas suffi.

Des irrégularités au cours de ce vote sont invoquées par la Maire de Paris, et la suite du projet pourrait dépendre de décisions judiciaires. Un cycle créateur a été rompu par la victoire de la politique politicienne. En temps de crise, Paris méritait mieux.

Le danger de la ville-musée pour Paris

Alors qu’elle n’était « que » première adjointe chargée de l’urbanisme sous la mandature de Bertrand Delanoë, Anne Hidalgo soutenait déjà l’émergence de la pyramide urbaine des architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron.

Devant être construite aux abords du Parc des Expositions de la porte de Versailles, la Tour Triangle aurait pour visée le renforcement du dynamisme des villes voisines de la capitale française. D’autant que ce patrimoine nouveau serait créé ex nihilo, sans sacrifier une esthétique historique locale. Un monument nouveau du « Grand Paris » pour sublimer un projet politique fort : créer un souffle par-delà les limites exigües du périphérique parisien.

Bâtir la Tour Triangle reviendrait à effacer l’échec du précédent Montparnasse (tour de 210 mètres inaugurée en 1973 et mal aimée depuis lors sans discontinuité) et de tracer des lignes nouvelles en direction de la périphérie urbaine, comme l’ont défendu nombre d’architectes ces derniers jours dans la presse, les Jean Nouvel et autres Christian de Portzamparc. Dans son plaidoyer pour la création de l’édifice, ce dernier soutient qu’une grande métropole comme Paris suit « un vaste calendrier métaphysique qui nous raconte la légende des époques, qui nous prouve que l’histoire multiple a eu lieu et qu’elle continuera. »

Dans cette perspective, Paris doit choisir entre s’inscrire en une ville-musée comme Venise ou une ville fière de son passé mais enracinée dans son époque. Cité à taille humaine, Paris ne fera pas le choix de devenir une nouvelle Londres, et ne construira sans doute pas autant de hauts sommets. Aussi, supprimer le projet de Tour Triangle ne serait pas qu’un simple point effacé dans l’espace parisien, fugace ellipse éjectée des cartes sans y avoir jamais figuré. Non, cette construction est comme le symbole de l’avenir souhaité pour la capitale de la France.

Tour d’ivoire, non ! Tour Triangle, oui !

Paris est une métropole mondiale et une des villes les plus visitées au monde parce qu’elle a su se réinventer à travers les siècles. Les abscisse et ordonnée du plan parisien ont été redéfinies par le baron Haussmann au XIXème siècle, et ont permis la transformation de la ville entre 1852 et 1870. Un siècle plus tard, la visibilité internationale du centre-ville a été renouvelée par les réalisations du Centre Beaubourg en 1977, ou encore de la Pyramide du Louvre en 1989.

Plus récemment encore, Frank Gehry a installé son voilier de verre au cœur du bois de Boulogne, et la Samaritaine prévoit une transfiguration de sa façade dans les années à venir. Le Parc des Expositions, au cœur duquel doit se dresser la Tour Triangle, sera profondément remodelé à échéance 2018.

Pourquoi refuser une pyramide du XXIème siècle pour le sud parisien ? En pleine crise, ce sommet conique de l’ère post-Haussmann recréerait un sens positif du risque. Au-dessus de l’horizon, les grands projets. Et avec une finalité bien concrète. Créer de l’emploi. Multiplier l’immobilier adapté au monde de demain, des nouvelles technologies et du développement durable. Ré-enchanter le rêve parisien.

Visuel © Herzog et de Meuron

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Stéphane Blemus

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