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Paris, 13 Novembre, la nuit.

Paris, 13 Novembre, la nuit.

15 novembre 2015 | PAR David Rofé-Sarfati

L’état d’urgence, qui résulte de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955, a été déclaré par décret pris en conseil des ministres, dès le samedi 14 novembre. Il confère aux autorités civiles des pouvoirs de police exceptionnels portant sur la réglementation de la circulation et du séjour des personnes, sur la fermeture des lieux ouverts au public et sur la réquisition des armes. Au-delà de douze jours, la prorogation de l’état d’urgence ne peut être autorisée que par la loi. Les rédactions ont reçu le communiqué, laconique et glaçant suivant : « Aujourd’hui samedi 14 novembre 2015, les établissements publics culturels accueillant du public en Ile-de-France seront fermés. »

Hier soir, les théâtres n’ont pas ouvert. Toute la journées, les annonces d’annulation ont déferlé sur nos mails et sur les réseaux sociaux. Le Monfort,les Théâtre de la Ville, Le Chatelet, Les Amandiers…

 

 

Le public, les comédiens, les troupes ont assurément cherché et trouvé autre chose à faire, ont suivi les nouvelles à la télé. Au théâtre, on applaudit tous ensemble, toutes nationalités confondues, laïc ou religieux, hétéro ou homo. Le plaisir se vit en communauté. Tout le monde ment, le comédien qui joue à être un autre, le spectateur qui joue à y croire. Louis Jouvet n’est pas Knock, Francis Huster n’est pas Sweig. Tout est autorisé, tous les irrespects sont possibles. Molière se  moque des médecins, des bigots ou des maris jaloux, Gogol, des aristocrates de province, Gontcharov de l’oblomovisme terrien. Tout le public rit et celui qui confondrait l’acteur avec son personnage, la chose avec sa représentation, serait pris pour un fou. Les seuls coups entendus sont les douze coups du régisseur suivi des trois coups, trois « go » des machinistes. Nous aimons les acteurs, les actrices, car ils peuvent par leurs rôles vivre plusieurs vies. Nous avons tous plusieurs vies à célébrer et il nous en manque, toujours. Chaque vie qui vient à disparaître nous manque. Elle nous manque d’autant qu’elle en contient plusieurs, toujours. Dans le ghetto de Varsovie, les Juifs luttaient pour leur survie, contre l’effondrement spirituel. Chaque soir le théâtre tenait représentation. Les pièces étaient comiques. Le public avait rendez vous avec les acteurs pour ensemble consacrer l’humanité. La barbarie corrompt facilement, contamine vite. Les victimes bravaient leurs bourreaux. Les théâtres parisiens ouvriront bientôt. Les applaudissements se feront entendre à nouveau. Les équipes reprendront le travail, les billetteries ouvriront, les troupes reprendront les répétitions, les représentations, la prospection du public. Pour célébrer la vie et notre façon de l’aimer.

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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