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Attentats de Paris : un week-end pris dans le tourbillon médiatique

Attentats de Paris : un week-end pris dans le tourbillon médiatique

17 novembre 2015 | PAR Christophe Dard

Si le monde de la culture est en deuil depuis vendredi soir, la sphère médiatique a connu un week-end hors du commun. Télés, radios, presse écrite, Internet… Tous les supports médiatiques ont relaté les événements, d’éditions spéciales en émissions spéciales avec leurs logos barrés de noir. Retour sur un week-end de crise… Pour le moment le CSA n’a pas relevé de manquement sur la couverture médiatique des attentats. 

 

Vendredi 13 novembre 2015. Il est 21h52. BFM TV parle d’une fusillade dans le 10ème arrondissement de Paris. Au même instant, sur l’autre chaîne d’information en continu, iTélé, les journalistes parlent des déflagrations au Stade de France et de l’exfiltration de François Hollande. Sans le savoir, les deux chaînes viennent, au même moment, de déclencher des heures d’éditions spéciales, jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au bout de l’horreur. Bientôt, les autres médias, télévisions, radios et presse écrite vont prendre le relais, sans oublier ce nouveau pouvoir d’information que sont les réseaux sociaux et qui ont pris tout leur sens ce week-end, notamment dans la recherches des disparus.

 

La télévision
Alors que BFM TV et iTélé attirent des millions de français dés vendredi soir (BFM TV est devenue la 3ème chaîne de France samedi derrière TF1 et France 2 et iTélé a atteint des records d’audience), TF1 retransmet vendredi soir le direct de sa chaîne d’info en continu LCI dés la fin de la rencontre France-Allemagne, jusqu’à très tard dans la nuit. Le même procédé est employé le samedi matin jusqu’à 11 heures. La première chaîne d’Europe poursuit son édition spéciale avec Gilles Bouleau, le présentateur du 20 heures du lundi au jeudi. Par la présence à l’antenne, un samedi matin, d’un visage familier de la semaine, l’idée est de délivrer un message de solidarité en lien avec la réaction qui suit le traumatisme des attentats. Tous les journalistes, de la semaine et du week-end, se mobilisent pour accompagner et informer le téléspectateur. La présence d’un visage qu’il a l’habitude de voir et d’entendre tend à le rassurer mais aussi à crédibiliser les informations données car les chaînes d’info sont désormais les plus sollicitées sur ce type d’information.
D’ailleurs, pour l’édition spéciale à 20h, le même Gilles Bouleau assure la présentation aux côtés de Anne-Claire Coudray, titulaire habituelle des éditions du week-end. A noter que la chaîne n’a pas diffusé la finale de Secret Story et Danse avec les stars prévues respectivement vendredi et samedi soir.
En revanche, dimanche, les journaux de 13h et 20h sont certes plus longs que d’habitude mais en rien comparables au temps d’antenne de la veille.

A France 2, une spéciale est diffusée de minuit à deux heures dans la nuit de vendredi à samedi. Le samedi matin, David Pujadas est à l’antenne de 6h30 à 13h puis Laurent Delahousse jusqu’à 14h45. Le soir, de 19h à 22h la chaîne propose une édition spéciale, de nouveau présentée par Laurent Delahousse, puis Laurent Ruquier présente une spéciale, On est solidaire, jusqu’à 0h15, en lieu et place de Ze Fiesta, le divertissement de Patrick Sébastien, et de On n’est pas couché.
L’émission spéciale de Laurent Ruquier a rassemblé 3,2 millions de téléspectateurs et 22,2% du public.
Le dimanche, comme sur TF1, le temps d’antenne chute mais les éditions spéciales de 13h et 20h sont plus longues.
A noter que France 3 a également proposé des éditions spéciales tout le long du week-end.

Canal+ et France 5 programment des émissions spéciales pour comprendre, autour d’invités, ce qui s’est passé et l’avenir. La chaîne cryptée propose un Grand Journal spécial de 19h à 21h le samedi, mais aussi des émissions du Supplément et de LEffet papillon alors que sur France 5 C dans l’air prend l’antenne le samedi de 18h à 19h. Médias le Mag est déprogrammé le lendemain.
M6 propose une spéciale attentat le samedi matin et également un reportage dans 66 Minutes hier après-midi sur la fusillade à La Belle Equipe vendredi soir et les minutes qui ont suivi le carnage, un reportage que le Ministère de l’intérieur ne voulait pas voir diffuser. 
Enfin, les chaînes de la TNT diffusent des documentaires en lien avec le terrorisme et les attentats alors que D8 et D17 proposent samedi, entre 19h et 21h, la diffusion de la chaîne d’info iTélé qui appartient à Canal+.

Les radios
Pour les radios, nous ne pouvons pas parler des radios musicales et thématiques puisque leur vocation informative est limitée. Parlons donc des radios généralistes. Et pour ces stations la couverture des événements a démarré de manière surréaliste. En moins de 10 minutes, entre 22h05 et 22h15 vendredi soir, Europe 1, RTL et RMC commentent le match France-Allemagne mais évoquent très vite les explosions du Stade de France puis les fusillades à Paris avant de basculer en édition spéciale toute la nuit de vendredi à samedi (sauf RTL qui propose de la musique et des flashs de 2h30 à 6h), puis tout le week-end (sauf une partie du dimanche après-midi et du dimanche soir sur RTL) jusqu’à aujourd’hui.

La situation devient alors inédite pour ces trois stations, à l’image du caractère exceptionnel des événements. Certes, les radios généralistes ont consacré des éditions spéciales en janvier après les attentats ou en 2001 après le 11 septembre mais c’était en semaine et cela n’avait pas duré plusieurs jours. Dans le cas des antennes de Radio France, cela est différent puisque France Info diffuse de l’information en continu. De fait, France Inter, avec des tranches d’information plus longues, et dans une moindre mesure France Culture, proposent des éditions spéciales mais une partie des programmes habituels sont diffusés.
En revanche, ce qui est commun à France Inter, RTL, Europe 1 et RMC est le recours aux stars de l’info de la semaine comme l’ont fait certaines chaînes de télévision. Sur France Inter Nicolas Demorand présente une édition spéciale de 18h à 21h le samedi dont Le Téléphone sonne qu’il anime du lundi au jeudi à 19h20. Sur Europe 1, Nicolas Poincaré, à la tête d’Europe Soir, est à l’antenne de minuit à 5 heures dans la nuit de vendredi à samedi tandis que Thomas Sotto, présentateur d’Europe Matin, prend l’antenne le samedi après-midi. RTL fait appel à Marc-Olivier Fogiel, qui anime RTL Soir, le vendredi de minuit à 2h30 et de nouveau le samedi, de 14h à 16h. RMC fait venir Jean-Jacques Bourdin la samedi matin, de 7h à 10h, et dans la foulée Alain Marschall, l’un des présentateurs des Grandes Gueules.
Les radios généralistes (à l’exception de France Inter ) deviennent les chaînes d’info en continu des ondes. Il n’y a plus de week-end, aucune émission de divertissement, de sport et de musique comme l’on entend habituellement le samedi et le dimanche sur ces antennes. Cette absence de repères et d’habitudes pour l’auditeur renforce le caractère incroyable de ces événements et le choc qui en découle car nous sommes déstabilisés et perdus. Mais par la présence des voix de la semaine, ces radios veulent faire comme la télévision, envoyer un message de solidarité. Tous les journalistes sont tous là pour se relayer, accompagner, informer, rassurer et crédibiliser.

La presse écrite
Bien entendu, la presse écrite a également abordé cette série d’attentats par des éditions spéciales.
Samedi 14 Novembre, au lendemain des fusillades à Paris et des explosions du Stade de France, le terme de guerre est à la une du Figaro et du Parisien. Libération titre « Carnages à Paris » et L’Equipe « L’horreur ».
Le lendemain, les journaux ont laissé passé le choc de la veille et sont dans le recueillement. Une couverture en noir et un bouquet de rose ornent la une de Libération. Le Figaro titre « Le chagrin et la colère », L’Equipe est « En deuil ». Aujourd’hui en France choisit « Résistons » et Le Journal du dimanche « La République face à la barbarie ».
Toutes les unes, aux titres courts et chocs, souvent résumés en un seul mot, choisissent le noir, le fleurs, les larmes ou des corps enveloppés, autant de significations concrètes, crues et violentes de la barbarie et de l’horreur.

Christophe Dard

J’écris ton nom
« Le Retour au désert » : Koltès et la Guerre d’Algérie vue de France… un 13 novembre 2015
Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture. Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

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